Le remplissage ou quel vide à combler ? Pistes
Cela pourrait commencer par des réfrigérateurs. Le mien, le vôtre, ceux des épiceries, boucheries, supermarchés, entrepôts, producteurs. Ou par des garde-manger, placards à provisions, resserres, silos, containers, et nos métaphoriques greniers à blé. Ou encore par les objets accumulés, qu’ils proviennent d’un héritage, de cadeaux ou d’achats, muets compagnons quotidiens dont la fonction finit par se réduire à celle d’être toujours là, à porté de la main, du regard, jusqu’à se faire oublier.
Ce serait une interrogation au croisement de nos déterminations individuelles et du bain culturel qui nous fait tout autant que nous le faisons, cette grande peur de manquer héritée de quelles privations, réelles, imaginées ? se conjuguant avec une peur du vide, de l’absence. Un regard qui pourrait aller du proche au lointain, de comment nous réagissons individuellement à la tentation de l’abondance, à la difficulté à renoncer à avoir, à comment l’organisation mondiale du commerce ne cesse de se perfectionner pour nous entraîner davantage dans le flux marchand, jusqu’à la simplification des moyens de paiement et la dématérialisation de l’acte d’achat. Sans oublier nos motivations profondes, peut-être les plus difficiles à connaître.
En parallèle, l’importance prise aujourd’hui dans nos vies non seulement par la télévision, le cinéma, mais aussi la radio, les flots d’images, de musiques, de paroles de toutes provenances, et, comme si nous n’en avions pas assez encore, les téléphones et la panoplie complète des « portables ». Le bruit comme un garde-fou, qui nous protégerait du vertige, accompagnant l’hypertrophie du regard et l’amenuisement de plus fines perceptions venues des autres sens. Quelles voix intérieures, quelles possibilités de pensée, d’action, sont condamnées par cette mort du silence ? Comment résister ?
