Jeu.
23
Oct

MEDIAPART

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Article d'édition

TABLEAU PARISIEN

 

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.

[…]

L'Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

           (Charles BAUDELAIRE)

 

Ce fut votre présence, MÈRE… Oh ! que NON ! Oh que NON ! Il nous faut parler vrai !

Ca a été en Ta présence, mère, que j’accomplis ce voyage… si dur... quoique…  en Ta présence… oui... De toi qui, à mes yeux enténébrés, me pourchassais, me torturais, me tenaillais : me harcelant, avec ta lourde plainte… Et par un trop de hantises. Comme si tu voulais à tout prix  t’agripper,  violemment ( : si cruellement ?) à mon cœur, à mon âme. Et pour me protéger. (Pour me défendre ?)

Or, ce n’était ni protection, ni défense, que je quêtais alors. C’était l’aventure. Et même, et sans rhétorique aucune : mon Aventure…

Le Temps étant passé… De son pas… Rebelle et mortifère… Le Temps… Certes… Le Temps rapide. Très rapide... Si  effrontément rapide, qu’il ne prendra même pas le temps d’haleter son Souffle si puissant, sur toutes ces années… les cueillant… L’une après l’autre… Mais également, sur toutes ces décennies… de pans entiers de vies... Et jusque sur ces Siècles de l’Histoire récente, qui bouleverseront cette Epoque Moyenâgeuse. Que toutes deux, nous connûmes, mère. Oui. Toi et moi. – Dans ces terres si âpres, du Sud de  l’Italie. Où nous naquîmes. Et où, nous avions vécus. Les traversant… ces Temps… cette Epoque… Moi, encore plus que Toi. Toi, t’étant  enfuie vite !, de ces lieux pernicieux !

Ô ! Temps–jadis !…

Lorsque, nous (te souviens–tu ?), nous nous promenions, la main dans la main, dans la libre campagne… En cette conca, en cette vallée si verte… bien que toute entourée de Montagnes, si âpres, si rocheuses ! Dénudées de toutes ombres… Lorsque toi, en silence,  tu m’écoutais parler…  autour de toutes ces choses… et de tous ces êtres ( : rien qu’imaginaires ?), aidée par ces récits qu’on me contait, et que mes yeux charmés ne se lassaient jamais de parcourir… Images…  Fabuleuses images… Extraites : créées seulement par des livres ?… Cela, lorsque je me posais encore, légère, au  cœur même de ce que l’on appelle, l’âge tendre…

Or, une fois, il arriva, à notre retour chez nous, depuis l’une de ces longues, si lentes promenades (à cause de ton cœur malade), que toi, t’ouvris à tantine, lui confiant t’être expressément tue,  vis–à–vis de moi. Pour tenter d’entendre, de comprendre, saisir, en me laissant dire,, j’allais chercher, d’où je les tirais, toutes ces paroles, tout ce grand causer, que je ne me lassais pas, jamais !, de faire librement fluer, de mes propres lèvres. (En ces temps d’aujourd’hui, l’on m’aurait faufilé de bien puissants remèdes !)

Là où, alors, à ces moments si anciens, je nichais déjà, et à jamais, dans mon cœur enfantin, une telle soif de contes, une telle foule innombrable de récits à conter, mais aussi à jouer, que – en toute honnêteté – je ne pouvais pas en garder la présence : muette ( : cachée ?), dans le fond de mon cœur. Ca aurait été trop lourd !

Néanmoins…

Oui. J’ai t’ai vue… je t’ai aperçue, mère… Oh, non ! Sous ces yeux qui nous lisent, il ne faut pas dire ainsi ! Il faut dire : je crus Te voir, je crus t’apercevoir… Lors d’un matin... très tôt…

C’était (ce fut ?), une sorte d’aube citadine, surgissant, dans sa pâleur extrême, depuis l’Est... Je Te vis, crus te voir, oui : courbée. (Toi, que je me remémore, et remémorerai toujours, si grande !). Oui, toi : toute courbée, bossue. Comme savaient se porter péniblement, et péniblement avancer, les petites vieilles du temps jadis ; petites et courbées, sur des sortes de canne.

Je ne pouvais pas bien te regarder, mère,  puisque tu me tournais le dos. Ou, peut–être, je ne te voyais, ni ne t’apercevais que de profil. Et tu étais toute recouverte, revêtue, d’un plein de lourds haillons.

Or, cela se passait à côté de chez moi.  Au coin de cette ancienne impasse, de cette petite rue, où je demeure, et j’aime demeurer…

Oui… Tu étais toute abritée en des haillons pourris…

Je pensai alors (mais ce n’était pas véritablement, moi, qui le pensais. C’était plutôt cette secrète volonté, oui, ce désir secret, qui me poussaient – tous deux –, qui m’induisaient  à  imaginer – non pas àinventer, mais à réellement imaginer !), je pensai donc, qu’assurément tu t’étais sortie de ces Girons clamant de voix infernales, que j’avais visités, et où tu, assurément tu t’étais précipitée : pour m’y rejoindre, et sauver.

Mais à ce moment–là, lorsque je t’aperçus, juste au coin de ma rue, nous étions éloignée, très éloignées, l’une l’autre. J’étais à mon balcon… Et, d’ailleurs, je n’avais même plus mes lunettes… ces lunettes que j’avais doucement déposées (afin de les lui offrir), juste aux côtés de cet SDF, auprès duquel je m’étais glissée… dans cette Nuit Noire… pour  m‘assoupir un peu… par un trop de fatigue...

Oui, mère. Je sortis… alors… au fin fond de la Nuit en ces ardus moments…   in quella Notte Nera…

Et à ce moment–là, à ce moment, j’entends, d’une si haute, si terrible, si  véridique, réelle Vérité, je me mis, m’engageai à traverser, et à retraverser cette ville, Paris !, en amoureuse passionnée… Cheminant sans crainte aucune, par ses rues et ses places… et encore… et encore… par tous ces  boulevards… parfois Inconnus – mais  que je désirais très  fort  parcourir à nouveau, lorsqu’ils étaient, lorsqu’ils apparaissaient ? ainsi : imbibés,  plongés, tissés de cet air autre. Un air, d’une couleur tout à fait sombre… et nocturne… qui rendait toutes choses véritablement, réellement uniques à voir ! Ou mieux, à contempler !

Or, tout cela arriva… Est arrivé…

Et je réussis, sans l’aide de personne, ni de plans, et sans métro, en marchant, en marchant… jusqu’à l’épuisement… réussis à revenir chez moi… Au travers de ces rues… au travers de ces places… et de tous ces boulevards… et de ces si secrets, mystérieux croisements… en un mot : au travers de tous ces lieux  (de ces vastes Espaces ?) s’étalant, sous mes yeux si attentifs et fiévreux, en des ombres et lueurs, tout à fait désertiques... Et sans aucune crainte… Senza paura alcuna….

 

 

 

 

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