Jeu.
18
Déc

MEDIAPART

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Article d'édition

Ô ! NONNA ! NONNA CAMILLA !

               Ô ! NONNA ! NONNA CAMILLA !

                                                                      

                                                                                          à M. G.

Robes en soie… longues jusqu’aux chevilles… noires ou bleues… à petites fleurs… à petits desseins… Et cette armoire… Cette armoire pleine à craquer de tous ces objets précieux que tu avais soustraits à Autrui, dans ton commerce solitaire d’usurière ! 2 armoires ! Pleines à craquer ! Dans cette pièce… à gauche du couloir… avant d’arriver dans le petit salon : fauteuils recouverts de housses à rayures… couleur crème… Et ces menues statuettes en porcelaine… des angelots ? Et puis aussi, ce phonographe… Toujours muet… Toutes ces richesses, que tu enfermais à double tour… À ton passage… Et, toutes ces clefs, ces clefs résonnantes de ton renouvelé Pouvoir, du rebâti pouvoir financier de ta famille… Rebâti par toi, et par toi toute seule ! Clefs résonnantes en ce gros trousseau, pendant  à ta ceintures…  et que tu trainais derrière toi ( : derrière toi ? oh, non !  avec toi), en avançant… de ton pas si lent… così strascicato… sul pavimento… où que tu ailles… où que tu te rendes…

Te souviens–tu, nonna Camlla, de ces petites figurines, de ces petites statues de crèche, que tu me montras un jour ? Brebis grises… dont la riche fourrure était sculptée sur leur dos… poil après poil… Brebis, beaucoup plus grandes et belles, que celles de ma crèche à moi ! Et tes Roi Mages ! Tous enturbannés ! Ors et bleus !

Tu me montras tous ces êtres, un matin. Les extrayant du premier tiroir (lui aussi cadenassé) de la commode. Qui se dressait dans ta chambre à coucher. Là où se levait également cette armoire si sévère, où (en cette nuit grosse d’épouvantes) se refléta la lumière lunaire… dans le parfum surgissant de ces fleurs fraîches, déposées sur ton lit de mort…

Tes trésors, grand–mère ! Accumulés, les uns après les autres ! Soustraits à Autrui ! Dont tu te réjouissais fort de l’accumulation, en ton espace… ( : de vie ? de mort ?). Trésors qui auraient dû remplacer ce grand Abîme, où ta famille avait laissé s’enfuir, échoir, toutes ses richesses… Mais que tu, grand–mère  – doucement, et de façon têtue – tu voulus, et allais rétablir. Toi. La malaimée…

Et j’ai vivement pensé à toi, lorsque j’ai vu sur l’écran, ce vieil usurier, qui, sortant de son boîtier, toutes ses richesses : précieuses et étincelantes, les admirait... Yeux scintillants ! Yeux si perçants !…  en les aimant ! et plus que tout être vivant !

Et je garderai à jamais, dans la cage de mon cœur, là où se dressent, ma volonté et cet ardu désir de vie, en s’y nichant, le souvenir ( : l’image ?) de ta surprenante venue : auprès de moi. Là où j’étais délaissée…

C’est ça. Je t’invoquai. J’invoquai ta présence. Dans la Nuit Noire… Pour que tu puisses m’aider !... Car, je te savais forte !

Et tu surgis – à mon appel… dans les ténèbres… Sous mes yeux troublés, mais figés sur toi… Te levant, ainsi, depuis cette haute, et si profonde Nuit des Temps… Est–ce que je vis, dis–moi, est–ce que je perçus ton visage ? Dis–moi encore et encore, réponds à ce cri muet que je te lance à travers les airs sombres de cette Nuit des  Nuits : – Avais–tu un visage à m’offrir dans ces Ténèbres drues, grand–mère ?

Je me souviens de la Grotte Immense, de la Noire Caverne, tutt’in cima alla Montagna que j’escaladai… En solitaire… Te cherchant ? Oh ! non ! Car je ne savais pas (alors), en escaladant cette Montagne si abrupte, que tu siégeais dans la Grotte Sombre. Certes : tout au bout du chemin aveugle. Dressée sur un haut siège… Une sorte de Trône Infernal. Et cela, afin de laisser choir tes ordres sur ces Damnés, qui t ‘encerclaient, et qui étaient prêts à satisfaire, tes moindres Ordres. Tes moindres Désirs.

Néanmoins, je ne pénétrai pas dans ta Grotte, toute seule.

L’ami de mon cœur  était avec moi.

On s’était rencontrés à l’entrée de la Caverne.

Et nous y pénétrâmes, tous deux. À ton silencieux Appel.

Et tu nous accueillis. Là. Dans ton Royaume.

Je ne saurais plus dire, ce que tu nous demandas ( : ce que tu nous énonças ?).

Il est passé, il s’est écoulé, un trop grand Espacement du Temps. Depuis…

Ce que je sais, ce dont il me paraît pouvoir me remémorer, c’est cette action… Mon action ? Mon Agissement, sans doute aucun…  Vis–à–vis de toi. (Ma parole agissante, peut–être ?) Une parole qui aurait su (/voulu ?), à mes yeux, reconduire tous ces villageois qui te haïssaient, et qui barricadèrent portes et fenêtres au lent et silencieux passage de tes obsèques, et cela en révolte contre toi : la sorcière, une parole, donc, qui aurait su/voulu, les reconduire à une plus véritable, à une plus humaine perception de toi.

De toi. La malaimée. À  l’âme, comment dire… mais oui : sauvage… et même, hirsute... mais encore… mais encore... sans pitié aucune…

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