FIFA: la Russie en 2018, le Qatar en 2022
La FIFA est une organisation sportive puissante puisqu'elle regroupe plus de pays que l'ONU. Elle se défend de faire de la politique et n'accepte d'ailleurs aucune ingérence de cet ordre. Mais les choix qu'elle fait concernant les pays organisateurs de la coupe du monde sont bien politiques. 
En effet, la fédération internationale de foot n'est pas longue à réagir dès qu'un Etat s'invite dans le fonctionnement d'une fédération nationale en suspendant au besoin l'adhésion de cette fédération nationale (Nigeria) ou en se montrant immédiatement menaçante dans ce sens (France). Comme la FIFA se montre rétive à toute implication dans la politique et l'économie mondiales, on peut être certain qu'elle réagirait très violemment à tout projet de taxe Tobin sur le foot international et ses dérivés (les jeux video Fifa) si la proposition était faite un jour. Malgré ces réticences, qui s'expliquent en partie par les récupérations sportives toujours possibles par certains régimes, la FIFA fait des choix qui sont de plus en plus politiques.
Evidemment, l'Angleterre et les Etats-Unis sont frustrés car ils étaient favoris - de qui? des medias? -, mais le choix s'est porté sur la Russie et le Qatar, d'une part parce qu'ils n'ont jamais organisé la coupe du monde à la différence des deux autres, d'autre part parce qu'ils appartiennent à des aires culturelles distinctes, surtout le Qatar. Les accusations de corruption contre ce vote auront le vent en poupe tant les perdants admettent mal que le choix se soit porté sur des pays qui ont le défaut, pour l'un, de n'avoir pas encore toutes les structures, pour l'autre, d'être un miniscule Etat. Or si Zidane a soutenu la candidature du Qatar, ce n'est sûrement pas pour sa richesse pétrolière mais bien parce qu'il représentera l'ensemble du monde arabe comme l'Afrique du Sud a représenté toute l'Afrique sub-saharienne cette année.
La FIFA fait des choix politiques et non seulement "footballistiques". Le Brésil qui organisera la coupe du monde en 2014 n'est pas le pays roi du football mais la puissance montante qui s'est jointe à l'Inde et à la Chine face aux puissances anciennes de la Triade. Evidemment, le fait de choisir la Russie pose des problèmes d'éthique politique comme celui de la Chine pour les Jeux Olympiques. Mais l'Organisation sportive se pense en dehors des régimes - pour autant, choisirait-elle aujourd'hui une dictature comme l'Argentine de 1978? -, préférant s'attacher aux populations et finalement préférant intégrer les Etats non démocratiques plutôt que de les renier. Sepp Blatter et ses collaborateurs semblent parier sur le long terme, l'impact du sport pouvant s'avérer finalement aussi important que celui de la culture dans l'évolution des mentalités.
Sans vouloir faire de morale politique, la FIFA donne pourtant des leçons sans parler: l'Afrique du Sud pour évoquer l'Apartheid, le Qatar pour montrer qu'il n'y a pas de choc des civilisations. En accueillant la coupe du monde, la Russie de Poutine ne deviendra pas démocratique mais sera sous les feux de la rampe et sera contrainte de donner une bonne image. Quant au Qatar, ce sont les téléspectateurs d'Al-Jazeera qui se sentiront intégrés dans un monde qui ne tournera pas en 2022 autour de l'Europe et surtout des Etats-Unis, qui ne sont pas plus un pays de football que le petit Etat arabe et qui, donc, ne méritaient pas plus l'organisation de cette coupe du monde.
