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The Corporation

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Ce film est extraordinaire. Comprendre que les "corporations" sont des personnes (qu'on ose qualifier de "morales" selon le droit de nos nations) et qu'elles ont les mêmes droits que les personnes physiques (nous) alors qu'elles n'en ont pas les contraintes (elles n'ont pas de sentiments, de morale, on ne peut pas les mettre en prison, si c'était de vraies personnes, ce seraient des psychopathes!) explique tant de choses. Ce film montre comment un amendement contre le racisme dans la constitution américaine a été exploité par les juristes pour constituer des trusts. Il montre enfin que personne n'est plus aux commandes: quelles que soient les bonnes intentions des cadres et patrons des entreprises ou des traders, ils doivent prendre les décisions que dicte la loi du jeu financier et économique. En fait, on pourrait dire que les entreprises sont, dans le cadre du jeu néolibéral, devenues des sortes d'êtres vivants susceptibles d'évolution par "sélection naturelle", des superorganismes qui, comme une fourmilière, prennent le contrôle des individus qui les constituent et les asservissent à leurs intérêts. Les crises du capitalisme peuvent, dans ce cadre, avoir deux sortes d'issues. Ou bien les humains (les personnes physiques) décideront de reprendre le contrôle, ou bien l'évolution de ces superorganismes reprendra, les rendant de plus en plus efficaces et alors...

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Merci Pierenry, J'avais raté la sortie de ce documentaire canadien (2004) et suis heureuse de le trouver ici. Ce film résume très bien les conditions dans lesquelles s'exerce la quête incessante du profit. A l'heure actuelle, de ce côté-ci de l'Atlantique, la croissance du bénéfice d'exploitation doit être le double de celle du chiffre d'affaires pour que la grande société se maintienne au rang des plus rentables. Pour y arriver en cette période de 'grande incertitude économique' , les dirigeants demandent à leurs équipes de fournir un effort supplémentaire. Cela passe par des produits et un service à la clientèle impeccables pour justifier des hausses de prix et suppléments en tous genres, la croissance des gains de productivité par le biais de coupes sombres à tous les postes opérationnels et fonctionnels, sans oublier les acquisitions-intégrations d'entreprises que l'on soumettra à une cure minceur implacable. Autrement dit, en tirant sur les ficelles des différents indicateurs clés de rendement pour atteindre coûte que coûte les objectifs 'satisfaisants' pour les actionnaires. Cela se dit en toutes lettres dans les énoncés de mission des grandes entreprises : To be the best by making the most money for our shareholders. L'on socialise les pertes et privatise les profits toujours de plus belle.

Le problème est le manque de sens humain des personnes physiques qui dirigent les sociétés, et non une psychologie des "personnes juridiques". Il suffit de voir l'avidité et la rapacité des dirigeants dans leurs demandes de rémunération , avec les mêmes caractéristiques pour les avocats, banquiers conseils agissant à titre personnel. Les "trusts" ne sont pas des sociétés, les hedge funds constitués sous forme de "limited partnerhsips", n'ont pas plus de moralité. Le problème est ce que l'on a dit de l'intelligence, la moralité d'un groupement est celui du plus immoral divisé par le nombre de personnes dans le groupement

Le problème fondamental dans tout groupement est qu'il y a une dissociation entre les pouvoirs de décision (de gestion) et les profits résultant de la décision. Les dirigeants pour rester au pouvoir vont chercher à maximiser les profits de façon à garder le pouvoir et la rémunération. Ils ne se sentent pas responsables parce qu'ils décident au nom des autres, les membres du groupement. Les membres du groupement par ailleurs se déchargent de la responsabilité des pouvoirs et décisions en se cachant derrière le fait qu'ils n'ont pas pris les décisions immorales. Cette dissociation n'est pas propre au capitalisme. Comme indiqué à un moment dans le documentaire, le problème est qu'aux Etats Unis la jurisprudence dominante a décidé que les dirigeants avaient comme obligation fondamentale et comme seule obligation de générer des profits pour les actionnaires, et qu'ils n'ont pas à tenir compte des intérêts des stakeholders (parties prenantes). Cette obligation n'est tempérée que par les obligations légales particulières imposées aux dirigeants. Cette jurisprudence n'est pas inhérente au capitalisme, mais reflète simplement l'opinion des juges à l'heure actuelle. Elle a été très critiquée à l'occasion des différents scandales. Par interventionisme législatif des obligations ont été imposées aux dirigeants, avec des sanctions potentiellement très lourdes (réclusion à perpétuité pour présentation de faux bilan) En droit français la notion d'intérêt social est destinée à donner une "boussole" aux dirigeants qui ne soit pas simplement l'intérêt des associés (figurant à l'article 1832 du code civil) mais qui tiennent compte des intérêts des "parties prenantes" (stakeholders) La doctrine de l'intérêt social correspond au mouvement concernant le renforcement du gouvernement d'entreprise. Le problème est que ce mouvement a été détourné en faveur de la notion américaine de "shareholder value", avec la bénédiction de l'AMF De même le mouvement en faveur du renforcement des droits des actionnaires, qui devait renforcer le rôle des administrateurs pour faire que les dirigeants agissent conformément à l'intérêt social, à été détourné en faveur des dirigeants et des actionnaires financiers, par l'action des associations d'actionnaires comme l'ADAM

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