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M... au déterminisme social

Emission du lundi 13 juillet 2009


France Culture

 

Le grain à moudre

 

"Les classes moyennes vont- elles payer pour la crise ?"

 

Louis Chauvel. Sociologue

Camille Peugny. Sociologue

Véronique Langlois. Ecrivain

Edoardo Narduzzi, Professeur à Sciences-Po.


 

Je conseille l’écoute de l’émission du «Grain à moudre» de France culture datée du 13 juillet 2009. J’aimerai que nous puissions échanger sur son contenu qui de mon modeste point de vue vient illustrer le pouvoir démesuré qu’a pris dans les médias le déterminisme (http://www.cnrtl.fr/definition/d%C3%A9terminisme) sociologique auquel j’associerai volontier un certain déterminisme économique qui résiste à l'épreuve des faits.

Que cette émission soit programmée la veille de la commémoration du moment symbolique qu’a constitué la prise de la bastille est intéressant même si cela procède probablement du hasard.

Il me semblait que l’idéal républicain reposait initialement sur les notions de liberté et d’égalité. L’égalité des hommes étant envisagée comme le principe même d’une rupture avec l’ordre ancien. Cette rupture étant organisée à partir de la mise en oeuvre de lois communes à tous les citoyens.

Le déterminisme sociologique tel qu’il nous est défini comme la seule voie de compréhension des inégalités actuelles et futures nous prépare aux pires injustices, aux pires inégalités, à un retour rapide à cet ordre ancien que nous nous efforcions d’envisager le caractère révolu.

L’exemple, de l’Argentine tel qu'il est présenté comme horizon probable pour notre société est de ce point de vue saisissant !

Je n’entrerai pas ici dans le débat autour de l’opposition des points de vue sociologiques dominants (R. Boudon vs Pierre Bourdieu) mais je m’interroge tout de même sur l’importance prise par la considération de lois qui viendraient imprimer leur effets sur «les classes moyennes», «ces gens là», sur «le petit peuple» (dixit. Michel Rocard tentant d’expliquer sa conversion à la conception sarkozyste du pouvoir).

Le libre arbitre est comme absent, indésirable pour des sachants qui ne l'envisagent que pour eux-mêmes ou pour d'autres qui seraient à leur service et maintenus dans l'illusion d'en disposer. Même s'il est d'emblée sérieusement compromis par les effets de l’histoire familiale et personnelle sur le psychisme individuel (et groupal), il ne saurait être sacrifié sur l'autel d'un ordre sociologique et politique.

Le ton général de cette émission comme bon nombre d’autres émissions de France Culture tient en l’expression du point de vue de ceux qui savent et qui ne se comptent pas parmi ceux dont ils parlent.

Le ton est bonhomme, loin des effets désastreux des phénomènes dont ils s’efforcent de faire émerger la dimension scientifique.

Un invité considère ainsi qu’il manque encore un critère susceptible de rendre compte d’un risque important de réaction violente : l’existence d’une tension politique dans les sphères du pouvoir législatif, l’absence de majorité dominante. Ce qui l’amène à penser le risque à une échéance de trois ou quatre ans...

Cela voudrait dire que la masse pour reprendre l’expression très réductrice d’Eduardo Narduzzi est dans l’incapacité d’organiser une quelconque réaction. L’actualité lui donne raison mais on peut aussi penser que cette absence de réaction procède de l’intériorisation du schéma selon lequel il existe un déterminisme sociologique et un ensemble de lois éconmiques dont les victimes ne sont plus considérées comme des acteurs ; le rationalisme s’organisant à l’intérieur du cercle fermé des décideurs qui peuvent de temps à autres produire une catastrophe sans en supporter les effets les plus graves.

En bref, peut-on considérer que tout est cuit, que rien ne sert de penser, de se cultiver, d’échanger des idées, de penser à d’autres formes de régulations sociales et économiques ? Peut-on, doit-on par réalisme résigné (qui serait d’une certaine façon le produit du cynisme d’une élite dirigeante décomplexée) considérer qu’il est tout à fait acceptable que les catégories intermédiaires de la société s’apauvrissent.

Doit on accepter que leurs/nos enfants n’aient pour la plupart d’entre eux non seulement aucune perspective de réalisation dans le champ professionnel mais soient par là même privés des moyens économiques nécessaires à d’autres formes d’épanouissement dans une société dans laquelle tout est susceptible d’avoir une valeur marchande et faire l’objet d’une quantification monétaire ?

Doit-on pour certains d’entre nous considérer que nous ne disposons pour seul pouvoir que celui d’exprimer un point de vue dont ceux qui décident de notre sort n’ont absolument rien à faire ?

 

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