Espoir de projet et projet d'espoir
Le courrier de M. Aubry contenait une partie manuscrite retranscrite ici :
'" Je rêve comme vous d'un grand projet de la gauche unie pour redonner de l'espoir aux français. Je rêve comme vous de l'enthousiasme et de la fraternité retrouvés au sein de notre parti. Le temps est venu d'en faire des réalités. Vous m'avez élue pour porter ce changement. Avec vous tous je m'y engage avec détermination et confiance."
Le projet rêvé puis concrétisé doit redonner l'espoir aux français. L'enthousiasme et la fraternité dans le parti doivent devenir eux aussi une réalité.
Encore un avatar de ces décalages entre la représentation que le responsable politique peut avoir des attentes de ceux dont il est le seul du fait du système représentatif à pouvoir exprimer le point de vue. Il n'est pas question d'animer un quelconque espoir mais plutôt d'aller au-delà de ce qui n'est que la contrepartie de l'attente. Il convient de passer du besoin de perspective, de la nécessité d'envisager un après (temporel) aux souffrances vécues à des réponses concrètes. L'espoir ne vaut que pour l'attente qu'il permet de supporter mais il ne sied plus aux collectivités humaines qui disposent de la faculté de ne pas considérer la nécessité de prendre son mal en patience comme une réponse politique acceptable.
L'enthousiasme ne manque pas mais il cède souvent la place au découragement voire même au désespoir chez des adhérents et des militants renvoyés à la prise en compte de ce qui est considéré comme l'écart irréductible qui sépare les agents sociaux des acteurs politiques. Les uns ont droit aux rêves et à l'espoir, à manifester cet enthousiasme naïf qui donne l'illusion de la fraternité vécue lors des rassemblements partisans et les autres se réservent le droit d'apporter des réponses rhétoriques à une réalité économique et sociale représentée plus que vécue.
Mme Aubry, ce que je veux, ce sont des actes et pas un de ces projets plus ou moins voués à l'oubli le temps de l'espoir et de l'enthousiasme retrouvés passé. J'en ai assez de cette manie de capter l'air du temps et d'en convertir les concepts en éléments de discours. Non au projet, non à la fraternité, non à l'illusion partagée et aux rêves communs. Le rêve soit dit en passant est un élément strictement personnel de la vie psychique. Le mythe lui, trouve son matériel dans la traduction des rêves, dans le partage d'éléments devenus imaginaires. Le mythe, construction imaginaire vient nourrir la pensée et médiatiser le rapport de l'homme à la réalité en lui apportant un sens qui excède la seule dimension individuelle. laissons le rêve là où il se vit, à la lisière du sommeil et de la conscience. Ne nous laissons pas prendre au jeu du mythe de la promesse d'une réalité future qui réaliserait tout nos espoirs. Loin du préconscient freudien et de l'imaginaire, la réalité vécue nécessite des réponses concrètes parce que ni le rêve ni l'imaginaire ne constituent des moyens durablement capable de résister aux pulsions destructrices qui accompagnent le désespoir et la rencontre immédiate avec le réel...
