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« Vivre libre dans une Allemagne sans murs »

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Caroline est une jeune Allemande de 23 ans, qui a posé sa valise d’étudiante à Dijon pour quelques mois. L’une de ses particularités ? Etre issue de l’ex-RDA. Pour les 20 ans de la chute du mur, dijOnscOpe est allé à sa rencontre pour recueillir ses impressions sur la RDA, les Allemands et l’Allemagne d’aujourd’hui. Témoignage d’une jeune fille ouverte à un monde sans murs...

 

Aucun regrets pour la RDA


"Je suis née à Halle près de Leipzig, à deux heures et demie de Berlin environ. Lorsque le mur de Berlin est tombé, j’avais trois ans. J’ai une image en tête de ce jour si particulier : je revois les murs entourant l’église de ma ville. On avait disposé des bougies tout autour. Mes parents avaient toujours vécu en RDA jusqu’en 1989. Ils pensent que c’est important que je réalise la chance que j’ai d’être libre et de vivre dans un pays démocratique. Ma mère me parle souvent de la RDA. Elle me raconte les étalages vides des magasins, les bâtiments gris et le peu de voitures. Elle me rappelle qu’il n’existait qu’une seule chaine de télévision diffusant de la propagande.
Mes parents ne regrettent pas cette époque. Mon père voulait être médecin mais il n’a pas eu le droit de finir ses études. Il avait écrit une lettre à sa tante dans laquelle il critiquait l’Etat. A cause de cela, il est convaincu que le régime l’a empêché de réussir ses examens. En effet, lors de ses épreuves il avait systématiquement des questions qui ne correspondaient pas à son niveau d’étude et auxquelles il ne pouvait répondre. Il est devenu infirmier.
Mes parents étaient très heureux de la chute du mur. Ma mère ne pouvait le croire. On est partis voir un cousin à Berlin dans les jours qui ont suivi. Chaque personne de RDA a eu droit à 100 marks [Au lendemain de l'ouverture des frontières, la RFA souhaitait encourager les citoyens de RDA à consommer en leur offrant 100 Marks (350 Francs)]. Ma mère m’a achetée des Lego.

 

Etre « Ossi » ou « Wessi »


Je ne vois plus de grosses différences entre les Allemands de l’est et ceux de l’ouest même si sans généraliser on ressent encore quelques petites distinctions. J’ai l’impression que dans la partie est-allemande, la solidarité est plus présente, et que les gens sont plus économes car ils ont été habitués à vivre avec moins de choses et à se débrouiller. Une autre différence qui me parait importante est qu’en RDA contrairement en RFA tout le monde travaillait. C’est pourquoi, cela me semble bizarre que les mères de certains de mes copains de l’ouest ne travaillent pas. En RFA, les mères qui travaillaient étaient perçues de manière négative. On les voyait comme n’accordant pas assez de temps à leurs enfants. Les femmes de l’est étaient plus autonomes et avaient plus de responsabilités. Aujourd’hui à l’est comme à l’ouest, les filles veulent travailler.

 

Un sujet sensible


Il y a un sujet sur lequel les gens de l’est sont très sensibles. Les Allemands de l’ouest ont tendance à dire que ceux de l’est ont gagné plein d’argent grâce à l’ouest mais ce n’est pas vrai. En effet, l’ex RFA a donné des subventions à l’ex RDA pour reconstruire les bâtiments mais beaucoup d’Allemands de l’ouest en ont profité pour acheter des constructions et les louer.
La RDA avait une économie planifiée et traditionnelle , il était donc nécessaire que l’ouest apporte son aide pour supporter l’économie est-allemande. Aujourd’hui encore, l’Allemagne de l’est souffre du peu d’industries, la pauvreté est plus importante dans cette partie de l’Allemagne. C’est normal, il faut du temps pour que les choses s’équilibrent entre les deux parties allemandes.

 

Pas toujours facile de regarder en arrière...


J’étudie à Leipzig, une grande université qui reçoit des étudiants de partout. Entre jeunes, on parle beaucoup de cette époque est-ouest. On en rigole. Les blagues sur les « Ossi » et « Wessi » sont nombreuses, par exemple : « Tu ne peux pas savoir ça, car tu es Wessi ! » Cela ressemble un peu aux blagues françaises sur les Belges. Ce sont des clichés qui restent.
Quand les Allemands regardent leur histoire, ce n’est pas toujours facile. Il est dur de dire « Je suis fier de mon pays » pour un Allemand. Nous avons une histoire sombre. Heureusement les choses changent et les nouvelles générations souhaitent créer un esprit allemand autour de valeurs comme la musique, la littérature etc. Les Français sont fiers de leur pays, patriotiques ; cela plait aux allemands, ils trouvent ça « sympa ».

 

« Je préfère la nouvelle Allemagne »


Aujourd’hui, beaucoup de mes amis disent que c’est cool d’être Allemands, d’être libre et de vivre dans une démocratie. L’Allemagne est bien mieux qu’il y a 20 ans. Même s’il y a beaucoup de chômage, les gens vivent généralement bien. Je trouve moi aussi que c’est une chance de vivre dans un pays démocratique et libéral. Je peux voyager et choisir ce que je veux faire de ma vie, ce qui me semble être la liberté la plus importante. Cela me fait parfois bizarre d’être née dans un Etat qui n’existe plus, sur mon certificat il est encore marqué « RDA » ; je préfère la nouvelle Allemagne, c’est une certitude.

 

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