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Samu social : Un peu de chaleur dans ce monde de brutes

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En cette période hivernale, les associations d’entraide aux plus démunis ont fort à faire. Ainsi le Samu Social, qui fournit chaque soir quelques victuailles à ceux qui n’ont rien ou presque. dijOnscOpe a suivi les bénévoles de cette association le temps d’une soirée. Rencontre avec ceux qui galèrent et ceux qui les aident…

 

Un soir ordinaire à Dijon


19h30, un mardi comme un autre à Dijon. Ce soir-là, les températures sont négatives et les rues verglacées dissuadent les promeneurs noctambules. Néanmoins, il en faudrait plus pour rebuter les bénévoles du Samu Social. Comme 365 jours par an, ils sont au rendez-vous à côté de l’office de tourisme de Dijon, entre la place Darcy et la gare SNCF, abrités des regards par quelques arbres. Claude est le référent de l’équipe ; cela fait quatre ans qu’il est bénévole. Il l’est devenu après un voyage en Inde, qui lui a donné l’envie d’aider les autres. Sa mission ? Repérer les plus démunis et veiller à ce que chacun puisse se ragaillardir. Le camion du Samu apporte pour quelques instants un peu de réconfort et surtout, de quoi se remplir le ventre : soupes, sandwichs ou café, des choses simples et pourtant indispensables pour les plus déshérités.

 

« Je suis dans la misère, comme beaucoup de monde »


Ces déshérités, Florence en fait partie. La quarantaine, bien habillée, les traits marqués par la fatigue, elle arrive peu après l’arrivée des bénévoles, à croire qu’elle les attendait depuis un moment. Et effectivement, le Samu social, c’est son quotidien : "Je viens tous les jours ou presque. Le Samu Social me permet de manger un peu et de discuter, il me permet de ne pas rester seule." Florence fréquente la structure depuis six mois, période à laquelle elle a plongé dans une situation précaire. Avec pudeur, elle se livre : "Je ne souhaite à personne d’avoir des difficultés aussi énormes ; ça m’est tombé dessus, je suis dans la misère maintenant, comme beaucoup de gens." En effet, ils sont nombreux à venir au camion, de 20 à 27 personnes chaque soir selon Claude. Georges, Katia et Pierre par exemple ; tout comme pour Florence, le Samu Social fait partie de leur quotidien, de leurs habitudes. Malgré ce qu’on pourrait croire, la plupart ne sont pas à la rue mais leur situation financière ne leur permet pas de s’acheter de quoi manger correctement.

 

Vaincre sa solitude, parler du monde


Au sein du camion, attablés autour d’une petite table, ils s’assoient pour avaler boissons chaudes et sandwichs. Les silences en disent longs sur une solitude parfois recherchée, parfois imposée, toujours omniprésente, notamment chez les personnes âgées : "Les jeunes sont généralement en groupes avec des chiens, explique Claude. Ils nous inquiètent moins que les personnes âgées, souvent seules et dont l’espérance de vie dans la rue est très limitée. Hélas, elles sont de plus en plus nombreuses." Une méfiance à notre égard, toute légitime, est de mise chez quelques uns. Katia par exemple ; lunettes teintées, capuche sur la tête, elle craint d’être prise en photo et nous lance de soupçonneux regards. On sent que venir ici n’a pas toujours été facile, qu’il lui a fallu, comme pour beaucoup, mettre de côté sa dignité. Peu à peu, l’atmosphère au sein du camion se réchauffe. Georges commente le dernier match de foot avec Francis. Katia s’interroge sur le sort de Berlusconi à la suite de son "agression à la statuette*"

 

Jeune et à la rue


Il est près de 22h quand arrive un trio de jeunes gens accompagnés d'un chien, gros sacs à dos. Peter, Dimitri et une jeune fille. Le visage poupin de cette dernière trahit son jeune âge : 15 ans ? Peut-être 16, pas beaucoup plus. Le désespoir pointe, malgré les paroles amusées de la fille sur l’état d’ébriété de son compagnon la veille au soir : « T’as vu tout ce que t’avais bu hier ! » Elle proclame haut et fort être enceinte... Claude va tenter de prendre conseil auprès de Peter, qui lui parait "sérieux". Il me fait part de ses doutes quant à l‘âge de la jeune fille : "Si elle est mineure, nous devons appeler la police mais elle nous affirme avoir 19 ans. Et lui demander ses papiers, ce n’est pas notre rôle et c’est prendre le risque de ne plus la revoir et donc d’empirer sa situation."

 

« Certains préfèrent dormir dehors par -15°C »


Pas toujours facile, cette confrontation à la misère ; il faut avoir la tête solidement ancrée sur les épaules pour prendre du recul : "Parfois, des familles démunies arrivent à Dijon par le train avec enfants et sans le sous. Elles sont complètement perdues", raconte Claude. Vincent, membre du Samu social, cuisinier de profession, explique que certains bénévoles n’ont pas fait la part des choses par le passé : "Il est parfois arrivé que des bénévoles, prenant les choses trop à cœur, ont accueilli chez eux des personnes démunies." Il faut reconnaître que plusieurs personnes sans domicile préfèrent les squats aux foyers surpeuplés, même par des températures glaciales. La crainte du foyer, liée à de mauvaises expériences (vol, agression, etc.), est parfois plus forte que tout : "C’est difficile de convaincre les gens d’aller dans les foyers, déplore Claude. Certains en ont une telle expérience qu’ils préfèrent dormir dans des squats même par -15°C."


22h, l’heure pour le camion du Samu Social de "partir en maraude", de faire sa tournée de repérage. Florence et les autres s’en retournent chez eux ou dans leurs abris de fortune. Ils reviendront demain...

 

Contact :


Pour signaler pour signaler toute personne risquant de dormir dehors, composez le 115.


Samu Social Dijon
8, rue Ribottées
21000 Dijon
03 80 73 35 48
[email protected]

 

*Le 13 décembre dernier, Sylvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien s’est fait agresser par un déséquilibré qui lui a jeté une statuette au visage.

 

 

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