Gens du voyage: «La société est méchante avec nous!»
Suite à la mort du jeune gitan Luigi Duquenet à Saint-Aignan (Loir-et-cher), tué par un gendarme dans la nuit du 17 au 18 juillet 2010, certains gens du voyage ont dégradé, entre autres, la gendarmerie de la ville le dimanche 18 juillet. En réponse à ces actes de violence, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a organisé une réunion à l'Élysée mercredi 28 juillet afin d'évoquer "les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms". L'un des points débattus : l'expulsion de tous les campements en situation irrégulière. Depuis, des voix s'élèvent de divers collectifs, partis politiques, associations tsiganes et autres, qui crient à la stigmatisation et dénoncent l'amalgame créé par le gouvernement entre la population Roms, souvent étrangère, et les gens du voyage, en majorité Français. Qu'en est-il pour cette communauté dans l'agglomération dijonnaise ? Lundi 26 juillet 2010, dijOnscOpe a rencontré plusieurs familles habitant sur les deux aires officielles mises à disposition par le Grand Dijon : les "Quatre Poiriers" à Chevigny-Saint-Sauveur et la "Cité des Peupliers" à Dijon. Même constat partout : le drame de Saint-Aignan aurait pu avoir lieu ici, près de chez nous...
Myriam et son fils
Ils vivent depuis un an sur l’aire des « Quatre Poiriers », à Chevigny-Saint-Sauveur (21)
« J’ai peur des représailles donc je ne souhaite pas m’exprimer devant la caméra. On nous considère comme des Roms alors que nous sommes Français, nés à Dijon. On nous pose dans des coins, en général vers des déchetteries, pour ne gêner personne. Moi je suis partie de l’aire de Dijon, vers les facultés [ndlr : l’aire de la « Cité des Peupliers », appelée « Chemin des cailloux » par les gens du voyage], parce que les conditions de vie étaient trop difficiles : mauvaise hygiène, insécurité... Quand je suis arrivée ici, on m’a demandé 2€/jour uniquement pour le béton puisque l’entretien des lieux est à notre charge. On paye tout plus cher : on nous demande 15€/an pour garder notre courrier par exemple mais le pire, c’est l’électricité à 0,17€ le kWh d’électricité [ndlr : contre 0,11 en moyenne – voir les tarifs de base d’EDF ici]. En hiver, je dois payer presque 100€ par semaine ! Moi je suis d’accord qu’on nous fasse payer mais qu’on soit juste avec nous !
La société qui s’occupe de nous, L’Hacienda, celle qui gère les aires des gens du voyage, ne tond jamais le gazon, où alors jusqu’à la limite de la barrière ; regardez, là, c’est une petite aire de jeux pour les enfants ; vous la voyez ? Non ? C’est normal, les mauvaises herbes ont tout envahi et personne ne vient tondre. Des rats sortent régulièrement de la terre. Par contre, on vient chercher notre paiement tous les mardis, ça pas de problème. A cause des douches en plein air, on ne lave presque qu’au robinet en hiver. En vérité, on est pire ici que dans les HLM des Grésilles à Dijon ; niveau hygiène, c’est horrible ! Il n’y a que deux petits égouts, souvent bouchés par les eaux de pluie. Quand la société de nettoyage se moque de nous parce qu’on lave le sol en béton, et bien on lui répond : « Nous on vit dehors ! On doit le nettoyer le béton, c’est notre sol ! » Le pire, c’est qu’on est coincé ici parce que le portail est toujours fermé ; il faut trois heures avant que quelqu’un vienne nous ouvrir pour qu’on puisse sortir. Et si on avait une urgence ? Un problème de courant par exemple ? On peut nous laisser plusieurs heures comme ça.
On voudrait bien trouver un petit terrain à louer pour s’installer parce qu’on est sédentaires depuis plusieurs années On ne veut pas vivre en HLM car on n’a pas l’habitude de vivre entre quatre murs de béton ; on n’aime pas. On aimerait bien sinon être regroupés autour de petites constructions mais bon, faut pas rêver. On n’a jamais eu aucune réponse de la Mairie ou du Grand Dijon. D’ailleurs, Mme Fourot [ndlr : Colette Fourot, fonctionnaire du Grand Dijon chargée du dossier des gens du voyage sur l’agglomération], ne nous rappelle jamais ; on l’a jamais vue. J’ai l’impression que plus personne ne nous aide maintenant alors qu’avant, des gens de Dijon ou du Grand Dijon nous aidait pour remplir les papiers. C’est grave parce que plusieurs d’entre nous ne savent pas lire ni écrire. Suite aux évènements de Saint-Aignan et ce qu’a dit Sarkozy, je ne cautionne pas la violence mais je comprends que certains se rebellent. On nous prend pour des fous ; on fait de nous des boucs-émissaires. A Dijon aussi ça peut éclater car les gens du voyage en ont marre d’être aussi mal traités ! La société est méchante avec nous. »
Brigitte, Katie, Angélique, Adeline et leurs enfants
Elles vivent depuis un an sur l’aire de la « Cité des Peupliers », à Dijon
« Si on était à la place des gens de Saint-Aignan, on aurait fait la même chose. On n’est pas des bêtes. Ça pourrait tout à fait arriver à Dijon parce que les gens du voyage en ont marre ! On en a marre d’être mis à part : pas d’aires de jeu pour les enfants, qui courent sur le béton, pas de transports en commun, pas d’électricité depuis quatre heures et on attend toujours ! Et on a des enfants ? Pas grave, ils n’ont qu’à attendre aussi ! On est d’accord pour vivre dehors, on l’a choisi mais pourquoi est-ce qu’on se fait expulser de tous les côtés par la société ? Au supermarché, les gens nous regardent comme des sauvages ; à l’école, nos enfants sont mis à l’écart ; au travail, et bien on ne veut pas souvent de nous. En un an, on n’a jamais vu la personne du Grand Dijon ; on ne sait même pas à quoi elle ressemble ! On a appelé pourtant... Au même temps, on se sent surveillés en permanence par la Police et surtout, la BAC [ndlr : Brigade anti-criminalité, service de la Police nationale française].
Oui, ça nous arrive de squatter ici et là, en dehors des aires officielles car on n’a pas toujours les moyens de payer notre emplacement, plus l’eau, plus l’électricité... Certains ne supportent plus les rats, qui infestent tout ici ! C’est vrai que cette aire est la pire de toutes celles qu’on a vues ; regardez les égouts : ils sont trop loin en plus ! Si on a un retard de paiement, on ne nous accorde qu’un tout petit délai et ensuite, on nous coupe directement l’eau et l’électricité. On doit alors s’en aller, sachant que toutes les aires nous seront ensuite interdites car on est fichés. Le problème, c’est qu’on paye des impôts et tout : on est des gens comme les autres ! Avant, on avait une école sur le terrain mais ils sont venus la détruire car il y avait de l’amiante. Maintenant, les enfants vont à l’école si on trouve un moyen de transport ; sinon, ils n’y vont pas et ensuite, nous les parents, on se fait engueuler.
Vous voyez toutes ces personnes là-bas ? [ndlr : elles nous montrent le campement de fortune installé à quelques mètres de l’aire, de l’autre côté des talus]. Un grand-père est mort dans sa caravane aujourd’hui [ndlr : lundi 26 juillet 2010], et des gens arrivent pour le veiller et soutenir sa famille. C’est ça les gens du voyage : la solidarité. Et il faut se rendre compte d’une chose : c’est qu’on est de plus en plus nombreux et de plus en plus soudés. On avait tous la haine après cette histoire de Saint-Aignan, ça nous a fait très mal au cœur... »
Jojo, sa famille et ses amis
Il vit depuis quelques jours sur l’aire de fortune installée à côté du « Chemin des cailloux », à Dijon
« Un grand-père de 88 ans sera enterré jeudi [ndlr : jeudi 28 juillet 2010] ; il est mort sur ce terrain, dans sa caravane, comme il l’avait décidé. Des centaines de caravanes sont en train d’arriver de la France entière mais elles n’ont pas pu s’installer à côté, dans l’aire officielle, car d’autres vont arriver et nous sommes trop nombreux. Nous avons donc décidé de nous installer tous ici, autour de lui, mais il n’y a pas d’eau ni d’électricité. Le Grand Dijon nous demande 600€ pour cinq jours mais c’est beaucoup trop pour ceux qui viennent ici ! On vote, on travaille, on paye des impôts et pourtant, on nous jette de partout, on nous refuse partout l’hospitalité ! »
Propos recueillis le lundi 26 juillet 2010.


Tous les commentaires
Il faut chasser riquiqui et sa clique
Ce récit est dramatique, insupportable !!
Comment peut-on traiter des gens, NOS COMPATRIOTES, de cette façon-là ? Mais quel aveuglement, quelle haine, quelle méconnaissance des choses peuvent pousser les autorités d'un pays à agir ainsi ?
Ça devient intolérable à la longue!!! L'air que l'on respire devient étouffant oppréssant sur ce territoire !!!
Qui a parlé de pollution ?
Tiens ? Que fait l ' Eglise ? Aurait-elle renoué avec de bonnes vieilles habitudes ? Comment se fait-il que l'on entende aucune voix s'elever, autant chez les protestants que les catholiques ?
Que fait la Halde ?
Ce récit est dramatique, insupportable !!
Comment peut-on traiter des gens, NOS COMPATRIOTES, de cette façon-là ? Mais quel aveuglement, quelle haine, quelle méconnaissance des choses peuvent pousser les autorités d'un pays à agir ainsi ?
Ça devient intolérable à la longue!!! L'air que l'on respire devient étouffant oppréssant sur ce territoire !!!
Qui a parlé de pollution ?
Tiens ? Que fait l ' Eglise ? Aurait-elle renoué avec de bonnes vieilles habitudes ? Comment se fait-il que l'on entende aucune voix s'elever, autant chez les protestants que les catholiques ?
Que fait la Halde ?
Je veux bien m'indigner face aux injustices envers tous ceux jugés comme marginaux... Mais pourquoi devrions-nous absolument faire une différence de traitement entre les Roms et les nomades français ?
Sans doute faut-il lire entre les lignes...
Serait-ce parce qu'il y a un fait divers sordide mettant en scène des Roms et que notre président en mentionnant les "gens du voyage" laisse planer le doute comme quoi l'étranger porterait la poisse ?
Parce que sinon, c'est davantage le sort des nomades en général sur notre sol, toujours plus dégradé, qui laisserait à désirer, je me trompe ?
Ce qui se profile, derrière tout ça, notamment de faire payer l'énergie plus cher qu'aux gens habitant des logements en dur et fixes, semblerait être que le nomadisme est réprouvé en 2010 par les autorités, ça couvait déjà depuis un moment, mais si, pour l'heure ce n'est pas franchement interdit, c'est fortement découragé.