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Le gendarme moqueur

Le gendarme sourit, s’amuse, puis rit franchement. Pendant plusieurs minutes. Il se tiendrait presque les côtes. Il n’y a pourtant rien de très amusant ces temps-ci. La Libye se soulève. Des citoyens libyens crèvent sous les balles du tyran. Et Monsieur H. risque une expulsion. C’est ce Monsieur H. qui fait tant rire le gendarme. Nous sommes le 10 mars 2011. Monsieur H. est en rétention et il passe pour la première fois devant le juge des libertés et de la détention. Je lui pose quelques questions pour préparer son audience, dans le couloir du bureau du juge, sous le regard des gendarmes qui ne ratent pas un de ses mots. Ce jour là, Monsieur H. a dit qu’il était libyen. Je lui pose des questions pour voir s’il peut prouver sa nationalité, bien qu’habituellement prouver sa nationalité amène directement à l’avion. Mais la Libye est en guerre. Et Monsieur H. le sait.

Le gendarme moqueur aussi le sait.


C’est d’ailleurs cela qui le fait rire. Il raille de toutes ses dents déployées le courage de Monsieur H. de se prétendre libyen pour tenter d’échapper à une expulsion vers le Maroc, pays dont il est plus vraisemblable aux yeux de tous qu’il en détient la nationalité. Le courage, oui ! Car il ne fait ni bon faire confiance aux consulats pour ne pas délivrer de laissez-passer lorsque l’on n’est pas un de ses ressortissants, ni même croire que l’administration française n’osera pas expulser un homme dans un pays en guerre. Monsieur H. a le courage d’oser. Il a l’espérance d’échapper à son expulsion. Et tous les moyens sont bons. Plutôt que de se mutiler, d’arrêter de se nourrir, de se taire ou de se révolter, il a simplement choisi ce jour là d’être libyen. La Libye plutôt que le Maroc. Le mensonge et le reniement de son identité plutôt qu’un retour aux origines de sa fuite.

Ce 10 mars 2011, la France a reconnu l’opposition libyenne comme le représentant légitime du peuple libyen ; par conséquent, plus aucun consulat en place n’était à même de délivrer un quelconque laissez-passer. Peu importe, la préfecture a fait payer à Monsieur H. sa provocation en le maintenant enfermé. Nul ne peut être maintenu en rétention si ce n’est pour procéder à l’expulsion. Si elle n’est pas possible et quelle qu’en soit la raison, le droit impose la libération. Mais la punition a été préférée à l’application du droit.

Monsieur H. a tenu bon. Il n’a pas cédé aux pressions de l’administration, aux questions de la police. Le quinzième jour, les grilles du centre se sont ouvertes pour lui.

Monsieur H. est un combattant.

 

Maryse Boulard, intervenante de La Cimade en centre de rétentio

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