Presse et pouvoir, voir derrière les images
En ouverture de la soirée le «Off des états généraux de la presse», organisée par Mediapart et Reporters sans frontières lundi 24 novembre au Théâtre de la Colline à Paris, fut projetée cette sélection d'archives de l'Ina (Institut national de l'audiovisuel). De la IIIe République à la conf' de presse de Nicolas Sarkozy en janvier 2008, de Léon Zitrone à Alain Duhamel en passant par Yves Mourousi, petite revue d'un journalisme toléré pour simplement capter le pouvoir. 18 minutes décapantes.
Montage: Karim Benzidani, regardeavue.com

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Merci. Reportage à l'image de la vie, rires et larmes. Mais la fin ? C'est toujours la mort... Courage, Antoine et les autres, courage, vous n'êtes pas seuls. Il y a de tristes spectacteurs qui portent, par ces quelques mots, tout vos espoirs...
Quel délice, ce choix d'archives et le montage avec votre commentaire, cher Antoine Perraud. À l'ère du "tout numérique", la panne qui permet la distance critique a réveillé quelques souvenirs d'une époque où les "sujets" du journal télévisé étaient tournés sur pellicule. Il faut imaginer, dans une même journée, parfois une seule matinée, le tournage, le passage au labo pour développer, la pellicule à peine sèche arrivant au montage, qui se faisait directement sur l'original, la peur de la rayure, des traits de crayon gras qui débordent, les collures qui devaient demeurer invisibles (en 1958, le scotch de montage n'existant pas encore, elles étaient faites à la colle, après grattage de l'émulsion d'un côté et du support de l'autre ; impossible de rajouter des images si on avait coupé trop court), puis le mixage et enfin le projecteur double bande où le film arrivait au tout dernier moment, calé en un tournemain par des projectionnistes virtuoses. Et paff ! La bande son décrochant ou cassant au moment du lancement. Et ils ont réussi à la réparer et à resynchroniser le son avec l'image sans arrêter la projection. Un exploit…
Mais comment savez-vous tout cela, chère Anne Guérin-Castell ? Voici, pour aller dans votre sens, un commentaire sur images de Michel Droit à propos de Michel Debré tout juste nommé Premier Ministre en janvier 1959. On se croirait à une soirée diapos ! http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAF90006808 ° Vous me direz que l'enregistrement vite fait de mon commentaire à même l'ordinateur (d'où la réverbération) et la coupe malencontreuse parce que trop tôt intervenue dans la vidéo de Thierry Le Luron, aboutit à un résultat parfois piteux, près de cinquante ans plus tard et sans l'excuse de la technique... Bien à vous cordialement,
Ah oui, ce commentaire de Michel Droit, en direct, incroyable d'impréparation… Il n'a pas visionné le montage des photos avant l'émission. Chacune reste longtemps à l'écran alors qu'il n'a pas grand-chose à dire, il se rattrape comme il peut quand il découvre qu'on ne voit pas un, mais deux tableaux d'Olivier Debré.
Sinon, c'est seulement en 1982 que, en France, la vidéo (U-matic puis Betacam) a commencé à remplacer le film pour les actualités. J'ai donc eu le temps d'avoir quelques petites aventures de montage, d'autant plus mémorables que, comme je venais du cinéma, il me fallut un peu de temps pour comprendre la différence avec le montage de fictions ou de documentaires.
La coupe dans le son ? Je l'ai vite oubliée. J'imagine facilement les conditions dans lesquelles vous avez travaillé. En revanche, j'ai beaucoup apprécié le clin d'œil de l'amorce film au tout début, la présence des noirs pour séparer les différentes actualités ou placer le commentaire sans qu'il écrase le son direct et sans non plus recourir à des images prétextes, tout le contraire de ce qui est fait dans l'hommage à Yves Mourousi. Et aussi, last but not least, la mention du nom du monteur…
Ce matin, repensant à cette coupe involontaire, j'ai trouvé qu'elle s'accordait bien à l'insolence de l'image arrêtée.
Vous avez dit Debré ?
1973 - Grève et manifestations lycéennes contre la "loi Debré" Photographie Danielle Guardiola / Photos.Neteyes.fr
Merci pour ce montage... Comment les Duhamel réagissent au sketch de Le Luron? Je me le demande. Pourriez vous faire un joli montage par exemple sur nos économistes éminents, qui ont changés du tout au tout dans leurs déclarations depuis la "crise"? Mais ce qui est amusant dans les vieilles images, c'est comme elles parlent des images d'aujourd'hui. La vérité est toujours dans l'image pas derrière. Le jour de la victoire de Nicolas Sarkozy, la voiture qui emmène le nouveau président emporte aussi la famille. Tout le monde pouvait voir le bug en direct. L'image n'est pas construite comme le protocole de la communication le voudrait: le président n'est pas à côté de la première dame de France et cela n'a pas l'air d'être la joie dans la voiture. C'est de la même manière que nous verrons à la Concorde la main de Cécilia quitter celle de son mari. Le 14 juillet, deux ou trois scènes démontrent que le couple ne va pas très fort. Le commentateur, le journaliste - puisque c'est comme cela qu'il s'appelle - joue un jeu bien plus dangereux que celui de Léon Zitrone dans votre petit montage. Le journaliste, par son commentaire, masque, rabiboche, cache. L'image montre une discordance, le commentateur souligne le contraire, avec zèle, application, répétition. Avant ces journées pendant des semaines et des semaines, les rédactions ont eu tous les détails des problèmes conjugaux de Sarkozy. Les informations vus la bagarre au sein du gouvernement venaient de partout. Sarkozy, lui-même, abreuvait, paraît-il, certaines rédactions d'autres nouvelles pour torpiller ceux-là même qui racontaient sa vie privée. Alors les commentateurs serviles (est-ce le mot?) en rajoutaient, dans la légende de carte postale. Il suffisait de couper le son pour voir la simple vérité. La légende d'une photographie arrive même à maquiller la réalité pas besoin de faire appel à la retouche. Souvent le commentaire est là pour faire taire l'image qui est pourtant criante de vérités. Chaque fois que je trouve le commentaire un peu trop insistant et surjouant un geste insignifiant, je pense que le commentateur masque quelque chose, je réfléchis et je trouve en direct, il suffit de lire et décortiquer l'image. Tout le monde le sait, c'est pour cela que quand cela va vraiment mal on préfère qu'il n'y ai pas de caméras... Enfin il y aurait une jolie anthologie des gros et petits mensonges de l'audiovisuel, mais j'ai bien peur qu'aucune chaînes ne voudra de mon projet... Bizarre ! Vous ne trouvez pas? Pol