Caisses d'Epargne : de nouvelles têtes, et si c'était pire ?
Les entrantsC’est le comble. Après plusieurs années de présidence Charles Milhaud, nous avons droit comme successeurs à ceux qui auraient pu le sanctionner depuis de nombreuses années. Il paraît que Charles Milhaud les tenait (cf. article de Laurent Mauduit). Et pourtant aujourd’hui il est bien dehors.
Nos deux nouveaux jeunes poulains sont donc :
Bernard Comolet, 58 ans, ancien président de la Caisse Ile-de France nommé Président du Directoire.
Alain Lemaire, 61 ans, ancien président de la Caisse Provence-Alpes-Corse-Réunion nommé Directeur Général
Nous avons donc d’un coté un professionnel des produits structurés complexes grâce à une expérience acquise en Caisse régionale dans la région Alpes-Provence-Corse-Réunion et de l’autre, Alain Lemaire qui a la particularité d’être énarque. Une grande partie de sa carrière a été effectuée au sein de la CDC (1).Ce qui est certain, c’est qu’aucun d’eux n’a l’expérience de la gestion d’une grande banque nationale multimétiers ni d’expérience internationale. Comment donc assurer la gouvernance de Natexis (dont le Directeur Général, Dominique Ferrero est un vrai banquier), la banque d’investissement et de financement du Groupe ? Comment donc avoir une vision objective sur la finance mondiale ? Il y a de quoi être angoissé. On peut naïvement penser qu’au minimum ils vont pouvoir compter sur leurs collaborateurs.
Les énarques s’en sortent bien
Milhaud ou pas, à la CNCE (Caisse Nationale des Caisses d'Epargne), les énarques se sont nombreux. Pas moins d’une dizaine d’énarques à la tête de la CNCE selon l’annuaire de l’Ecole Nationale d’Administration 2006 (à vérifier pour 2007) :
Secrétaire Général de la CNCE Didier Banquy
Inspecteur Général de la CNCE Jean-Christian Metz
Direction de la Communication et des Relations Institutionnelles
Dominiqe Moneron et Marie-Joséphine Bodinat de Moreno
Secrétaire Général de la Direction des Contrôles Permanents Georges Chacornac
Directeur de la Stratégie et du Développement International Thierry Giami
Etc.
Et enfin pour CIFG, le rehausseur de crédit impliqué dans l’immobilier aux Etats-Unis : Thierry Dissaux Responsable du développement Europe. On pourra apprécier effectivement la nuance du développement Europe de ce boulet américain.
Il y a donc des énarques dans tous les coins. Pendant ces dernières années, pas un seul d'entre eux n’a pu contrecarrer un pur produit du sérail des Caisses d’Epargne comme Charles Milhaud, ni alerter l’Etat pour anticiper les mesures à prendre et éviter le drame. Il ne s’agît pas de condamner l’ENA qui produit de merveilleuses mécaniques intellectuelles mais de s’étonner des résultats très décevants. D’autres banques font mieux.
Il paraît même que d’anciens proches du Président de la République sont nombreux au sein de la CNCE. Comment oser écrire cela ? Des mauvaises langues sûrement. Il y a de toute façon un censeur impartial au sein du Conseil de Surveillance des CNCE....
Les sortants
Sur Charles Milhaud, que dire de plus ? Dans ses hobbies, on peut lire dans le who’s who : "s’intéresse à l’informatique". On peut donc présumer qu’il savait donc lire des messages d’alerte sur un écran d’ordinateur. Il a certainement voulu nous faire partager sa passion des produits dérivés grâce à l’informatique.
Les deux autres fautifs, Nicolas Mérindol et Julien Carmona s’en sortent bien. Pour le premier c’est le Crédit Foncier : mais mauvaise idée comme canot de sauvetage ! La crise de l’immobilier en est peut-être qu’à ses débuts et il risque de s’enfoncer face à des syndicats hostiles. Monsieur Carmona devrait rester aux finances. Tout va bien, la maison est tenue, l’épargnant peut être rassuré.
Finalement le scandale des Caisses d’Epargne est une tempête dans un verre d’eau. Charles Milhaud a perdu son job (mais à 65 ans c’est un presque départ en retraite naturel pour de nombreux français) et ses deux acolytes s’en sortent bien.
En revanche, Les Caisses d’Epargne ont perdu beaucoup d’argent qui va manquer pour le développement ou aurait pu être distribué aux salariés. C'est ça le pouvoir d'achat. Belle exemple de vision à long terme humaniste ce Monsieur Milhaud !
Allons plus loin dans l'analyse. Le véritable problème n’est pas que celui des trois condamnés (à juste titre). C’est surtout celui de la gouvernance et de son fonctionnement au sein du Groupe Caisses d’Epargne. Les dirigeants des structures régionales, celles des Caisses d’Epargne comme celles du Crédit Agricole ou ailleurs, ne peuvent pas incarner un « véhicule national » ni le contrôler. La raison est simple et connue de tous les managers opérationnels de banques : la complexité. La complexité d’une grande banque nationale ou internationale. Complexité à laquelle les dirigeants régionaux ne sont pas préparés par un parcours, aussi brillant soit-il, d’une trentaine d’année dans des structures régionales.
Il y a donc peu de chance pour que les nouvelles têtes changent quoi que ce soit à la situation du Groupe Caisse d’Epargne. Au mieux on pourra espérer que l’on est si bas que cela ne pourra pas être pire et qu’ils seront plus prudents. C’est à l’Etat de prendre ses responsabilités dans l’organisation et la gouvernance de nos grandes banques.
(1) Parcours professionnel d’Alain Lemaire :
Directeur régional de la Caisse des Dépôts et Consignations Franche-Comté puis Auvergne (1982-86), directeur régional de la Caisse des Dépôts et Consignations et du Crédit Local de France Ile-de-France (1987-91), membre du directoire, chargé du département du développement commercial et des ressources humaines du Crédit Local de France (1991-93), directeur des fonds d'épargne de la Caisse des Dépôts et Consignations (1993), membre du directoire en charge du développement du Cencep (1997-99), membre du directoire et directeur général du Crédit Foncier de France (1999), président du directoire de la Caisse d'Epargne Provence Alpes Corse et membre du directoire et directeur général de la CNCE (depuis 2008).
