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27
May

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Le coupe - papier

C'est un plaisir devenu si rare que je ne peux m'empêcher de le partager avec vous.J'ai reçu, hier, un livre que je cherchais depuis longtemps, peu en importe l'auteur ni le titre. Livre rare que je croyais oublié, épuisé. Et qui m'arrivait dans l'état même où son auteur, un jour de l'an 1934, l'avait adressé à une certaine Yvonne qui ne s'était même pas donné la peine de l'ouvrir. La preuve était là dans les pages closes du livre qu'il m'était réservé de séparer à l'aide d'un coupe-papier qui avait, depuis longtemps, cessé de répondre à sa fonction première. Le coupe papier glisse entre les pages non massicotées et produit un bruit délicieux de déchirure qui est promesse de découverte et d'ouverture des pages scellées ; plusieurs techniques sont possibles : il y a celle des pressés qui ne peuvent aborder le livre que lorsqu'ils en ouvert toutes les pages et celle des autres qui prennent leur temps et lisent cahier après cahier en s'accordant cette pause pour rêvasser sur ce qu'ils viennent de lire et tâcher de deviner ce qui leur est encore caché.

Avoir pris ainsi la peine de ce court rituel renforce le respect qu'on peut éprouver pour l'oeuvre. Il viendra moins à l'esprit d'en noircir les marges de marques d'approbation ou de commentaires cruels, d'en corner les pages, d'en casser le dos. Est-ce encore le cas pour ces livres tout prêts pour la lecture comme ils le sont pour l'oubli? qu'on abandonne sans remords sur un banc ou une chaise de café ? Sans doute pas. Simple opposition entre une vision élitiste où le livre est encore un objet peu répandu et une vision démocratique où le livre court plus librement les rues.

J'ai connu l'une et l'autre, je ne regrette pas un instant l'évolution qui a eu lieu. Mais le simple geste d'introduire ce coupe- papier entre deux pages l'une à l'autre unies pour mieux préserver leur secret m'a ému comme un retour à un très lointain passé.

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