Bonne année mon Q.I. !
C’est officiel, j’ai autant de discernement qu’un gastéropode marin... 2012 avait à peine pointé le bout de son nez, je me remettais difficilement d’une nuit tout à fait normale quand j’ai décidé de faire un test d’intelligence. Pourtant, je m’étais couché la veille vers vingt et une heures, ne souhaitant pas grossir les hordes de fêtards benoîts qui vont en nombre fêter le passage de décembre à janvier au dehors et au risque d’attraper une belle crève, une bouteille de mauvais champagne à la main et l’élu(e) de leur cœur dans l’autre.
A mon réveil et par désœuvrement, j’ai donc décidé de faire un test d’intelligence, dominical de surcroît, ce qui constitue à mon sens le signe premier d’une totale absence de lucidité. Le seul fait de vouloir évaluer son degré de perception devrait d’ailleurs venir pondérer les résultats de l’épreuve. A défaut d’en être la première question : «faites-vous ce test de votre plein gré ? Si oui, veuillez retrancher 20 au score obtenu à la fin du questionnaire».
Imaginez-vous, seul après coup, face aux résultats, face à votre indigence nouvelle, face à vous-même. Désespéré, avec vos illusions perdues de génie du siècle méconnu et qui s’ignore. Alors que vous cherchiez peut-être simplement à vous rassurer sur vos capacités de compréhension ou pour éventuellement inscrire le résultat du test sur votre CV sans pour autant chercher à parader dans les cercles autorisés un pin’s «Mensa» négligemment épinglé au revers de la veste de costume. Au final, vous êtes crédité d’une note qui vous place, sur l’échelle de l’évolution, à mi-chemin entre l’escargot de mer et l’âne commun. Ce qui complique grandement vos désirs de carrière dans les Grands corps d’État à coup sûr, mais ne vous empêchera pas de briller dans toute autre corporation où l’on dit bonjour poliment avant de montrer son QI à tout le monde.
J’avoue que j’ai été plus que contrit à la lecture du tableau comparatif édifiant reçu par mail moyennant un appel surtaxé préalable et le paiement de quelques dizaines d’euros en ligne. Selon l’analyse complète de mon profil, il ressort que plusieurs opportunités s’offriraient à moi :
- je serais à même d’exceller dans le triage manuel de gravillons colorés chez un terrassier en gros;
- je serais capable de m’épanouir et de donner le meilleur de moi-même sur un terrain de tennis, étant donné mon aptitude remarquable à tracer des lignes d’une rectitude parfaite;
- je donnerais entière satisfaction au poste de téléconseiller chez un opérateur téléphonique pour lequel un service après-vente digne de ce nom est fondé sur la compréhension des attentes de clients dont le niveau d’incompréhension est lui-même souvent proportionnel au nombre de leurs demandes non satisfaites.
Mais je me moque bêtement ; j’ai un profond respect pour les professions que je viens de citer.
Il n’empêche. Savoir désormais que je peux être empêché d’embrasser une vocation tardive par la faute de la toute puissance de ce test qui circonscrit mes facultés intellectuelles au code du département du Val d’Oise me plonge dans des affres indescriptibles. Cela-dit, en étant parfaitement objectif, je préfère ce type de ségrégation par le haut à celui prôné par le docteur Dukan qui souhaiterait donner des points supplémentaires aux futurs bacheliers qui ne seraient pas en situation de surpoids. Tout en me demandant si le bon docteur n’a pas un QI égal à son propre indice de masse corporelle (dont la normale se situe entre 18 et 25 soit dit en passant).
En attendant, j'ai décidé d'arrêter de chercher à faire des commentaires éventuellement drôles sur l’actualité brûlante pour les coucher ici au long de chroniques passagères. Je ne parlerai plus des petites phrases; de la crise de la dette; de la prolifération des radars sur les routes de France, de la perte du triple A; du transfert avorté de David Beckham au PSG; des pandémies qui qui ne font pas les choses à moitié; des promesses de campagnes; de l'extraordinaire longévité d'Hervé Morin. A l'avenir, je ne chercherai pas à savoir pourquoi Rama Yade rejoindrait François Bayrou qui ne lui a rien demandé; pourquoi on arrache les affiches du prochain spectacle de Stéphane Guillon alors qu’il ne fume même pas; pourquoi le PS au complet se filme en train de se croiser les bras à la manière d’un rappeur à la retraite en proie à des réflexes musculaires incontrôlés… Je ne veux plus oser m'interroger (par exemple) sur la difficile question de la bien-pensance ambiante qui tolère l'exposition à outrance des formes généreuses de telle ou telle pseudo icône de la téléréalité et qui condamne simultanément les oeuvres de l'esprit en demandant le retrait d'affiches de films «dégradantes pour l'image de la femme».
Le Journal Inconséquent de l’Information Dérisoire va cesser de paraître. Je clos ici cette ultime chronique et je m’en remets aux résultats de ce quiz qui permet de ne rien gagner. Sinon en humilité. Bonne année !
DB
