Politique fiction: le président est mort (8/12)
On l'a appris il y a quelques minutes, le président Borloo est mort dans la nuit du 3 au 4 octobre 2017. Déjà, les réactions fusent de droite comme de gauche pour rendre hommage à celui qui restera à jamais un président affable et novateur. « Il s'est éteint et c'était un bon camarade » a déclaré Nicolas Sarkozy depuis sa villa de Mykonos où l'ancien président vit retiré depuis sa défaite en 2012.
Doué des grandes qualités des scouts (il fut un membre éminent du mouvement de Baden-Powell), Jean-Louis Borloo a souvent prouvé qu'il était un homme de terrain aguerri ne reculant jamais devant l'adversité, recueillant notamment plus de 76% des suffrages lors de son élection à la mairie de Valenciennes en 1989, en l'absence de réelle opposition.
« Éclectique ». C'est sûrement le terme qui a été le plus employé lorsqu'il s'agissait de définir en un mot la personnalité de Jean-Louis Borloo. Juste devant « girouette » et « urbain » par égards pour ces prises de positions à la fois radicales et successives. Ses admirateurs n'hésitaient pas à louer son aplomb et ses coupes de cheveux aléatoires. Allant jusqu'à dire que la politique était une seconde nature pour cet homme qui croyait dur comme fer à une «alliance républicaine, écologiste et sociale» et qu'il était donc normal de trouver Borloo ferrugineux.
Accusé à tort et un temps par ses contempteurs de lever un peu trop le coude en soirée, il fut parfois (et avec une grande méchanceté) surnommé « L'ivre de la jungle », en raison de l'assonance de son patronyme avec celui d'un des personnages principaux du chef d'œuvre de Rudyard Kipling et de sa propension à taquiner la dive bouteille.
D'ailleurs, la rumeur selon laquelle Jean-Louis Borloo, alors Ministre de la ville et du reboisement durable, aurait déclaré « tu seras un orme mon fils » au cours d'une vaine campagne de réintroduction des ulmacées sur le territoire national n'est peut-être pas étrangère aux dénigrements dont il a souvent été victime.
Brillant avocat d'affaires, il a pu s'enorgueillir de compter parmi les avocats les mieux payés du monde selon un classement établi par le magazine Forbes en 2004. Il a même eu comme client Bernard Tapie, avec qui il partageait l'amour du football et de la vitesse, les deux hommes ayant exercé les fonctions de président de club de football, l'un à Marseille, l'autre à Valenciennes. « C'est vous dire à quel point ils sont proches » avait dit un jour Jean-Pierre Bernès un soir de match entre l'OM et l'USVA.
On se souviendra de Jean-Louis Borloo comme d'un homme de combats : passionné par la Chine maoïste et son grand timonier, conseil auprès des plus grandes entreprises, président de club sportif, élu européen sur la liste centriste et fédéraliste de Simone Weil, membre fondateur de Génération Ecologie, conseiller régional UDF, député divers droite, ministre UMP... Un parcours que beaucoup lui envieront. A tel point qu'en 2010, il se voit confiée l'animation d'une « coordination politique des partis centristes », Hervé Morin et François Bayrou l'enjoignant à quitter l'aile droite pour repiquer au centre et occuper le milieu du terrain. Inaugurant le premier 4-3-3 politique que la France ait jamais connu. La composition de l'équipe n'ayant pas été dévoilée à la presse dans les temps, le Conseil Fédéral refusera d'avaliser le transfert et Jean-Louis Borloo ira (re)créer le Parti Radical avant de renoncer à se présenter aux élections présidentielles 2012 pour d'obscures raisons de stagnation dans les sondages à sept mois du scrutin.
Pour autant, plébiscité par la nouvelle alliance forgée par les Parti radical, Nouveau Centre, Gauche moderne, TanDem (issu de la fusion entre Chasse, pêche, nature et traditions et MoDem) et République Solidaire, il finira par se faire à l'idée et se présentera contre toute attente en mars 2012 avant de rafler 51% des voix dès le premier tour.
On avait alors assisté à des scènes de liesse indescriptibles de la part de la population qui avait célébré la victoire de Jean-Louis Borloo jusque tard dans la nuit au son de « 51 je t'aime, j'en boirais des tonneaux... » dans tous les bistrots de France et de Navarre.
DB
