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Salamalecs

La langue de bois - doit-on le rappeler - est une forme de discours qui tend à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en usant de banalités abstraites, pompeuses, voire en déplaçant le sujet initial vers un autre, en faisant davantage appel aux sentiments qu'aux faits... Et non une tendance à manifester de l'indifférence en ne s'exprimant pas sur certains sujets en restant «de bois» justement. Ou «de marbre» ou «de glace» selon ses finances ou la saison.

Comme le suggère si bien un excellent billet à lire ici, on devrait sérieusement réfléchir à la création d'un label politicien encourageant les bonnes pratiques pour aider l'électeur à raison garder et bien choisir le candidat idéal. Même si je suis plutôt enclin à penser qu'une appellation d'origine (si contrôlée ou protégée soit-elle) fondée sur des critères tels que la crédibilité ou la probité, serait aussi anachronique en politique qu'un scénario qui tient la route dans un film de Roland Emmerich.

Mercredi matin, alors que la polémique enflait à vue d'œil (comme un orgelet disgracieux dont on constate avec effroi la lente maturation au fur et à mesure que le temps passe), Christian Estrosi a déclaré : «L'injure ne peut pas tenir lieu d'argument politique». Il a entièrement raison. On ne peut, on ne doit pas s'abaisser à de telles vilénies qui consisteraient à jeter le discrédit sur autrui. En le comparant par exemple à un animal. Un crustacé, au hasard. D'ailleurs, quand le même Christian Estrosi avait dit en 2008: «Ségolène Royal a l'humanité d'un bigorneau», il ne devait pas s'agir d'un argument politique. La preuve : les bigorneaux ne se sont pas plaint. 

Avant que la controverse ne retombe comme un soufflé mal cuit et que le Parisien revienne sur son information du jour de la veille, Valérie Rosso-Debord l'avait rappelé : «La démocratie ne s'accommode ni de l'injure ni du dénigrement». C'est tout à fait juste. Il faut le reconnaître. Quand la même Valérie Rosso-Debord avait expliqué en septembre dernier que : «Les socialistes viennent de mener leur premier débat sur la forme entre un Hollande sur la défensive qui joue l'après-primaire, une Royal impériale qui réinvente l'ordre social, un Valls qui s'est trompé de parti, un Baylet qui se trompe d'élection (...), un Montebourg qui se croit en Russie en 1917 et une Aubry crispée par l'enjeu qui nous joue 1997 le retour...», elle n'était assurément pas dans l'injure.

Ce qui m'attriste dans cette histoire de mots fleuris et de «petites phrases» proférées à la volée, c'est que la campagne présidentielle prend d'emblée des allures de course où toutes et tous se tiennent par le col d'une main et par le fond du pantalon de l'autre dans une sorte de sarabande dont les médias se régalent. Offrant à tous sinon le spectacle navrant de la vacuité la plus parfaite, du moins celui de l'avènement de la rhétorique politicienne qui n'en aura décidément jamais fini avec le «c'est pas moi c'est lui» ou le «c'est celui qui dit qui y est».

Si on interrogeait aujourd'hui l'électeur lambda sur ce qu'il pense de ces échanges d'amabilités, j'ose me convaincre qu'un mot reviendrait souvent pour qualifier la «charge hollandaise» et la riposte droitière autant que la couverture médiatique et les postures indignées des uns et des autres (journalistes compris). Ce mot, c'est : «ridicule».

Mais pour la blague et pour conclure, parce que je préfère l'inconséquence et la dérision au sérieux des xylolâtres linguistiques je ne peux m'empêcher de citer Natacha Van Cutsem, journaliste suisse et lauréate 2011 du prix Champignac: «Est-ce que vous avez aussi un regard, en tant qu'Ivoirien, sur ce qui se passe en ce moment ?».

 

DB

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