Idiotisme
Contrairement à ce que j’ai longtemps cru, un idiotisme est « une construction ou une locution particulière à une langue, qui porte un sens par son tout et non par chacun des mots qui la composent ». Moi qui pensais qu’il s’agissait de la dérivation de l’adjectif « idiot » afin de qualifier sous sa forme nominale le comportement humain, ou celui des zozos dans mon genre qui aiment patauger dans les calembredaines autant que dans les rivières nivernaises.
Après une enquête rapide, j'ai découvert qu'il existe plusieurs formes d'idiotismes. Les plus courants sont gastronomiques, numériques, toponymiques, animaliers, corporels ou botaniques et ils émaillent joliment et poétiquement les écrits des journalistes, les discours des hommes et femmes politiques, nos conversations les plus anodines. Jusqu'aux plus intimes, puisqu'il existe un idiotisme érotique que je n'évoquerai pourtant pas ici. Je ne voudrais en aucun cas agacer le sous-préfet.
Je ne débuterai donc pas cette chronique sous une avalanche de mots en « -isme » pour pointer l'ineptie régnante dans les différents courants politiques (sinon de pensées) tels que le « Sarkozisme », le « Ségolénisme » et autres « Poutisme » (qui n'a rien à voir avec le fait de vouloir un Poutou à l'Elysée) ou « Hollandisme », qui en fait désigne une attitude pro-néerlandaise et non un soutien quelconque au candidat à la primaire socialiste (qui en a bien besoin ces temps-ci depuis que son ex-compagne et les boutons de vote électronique sont ouvertement contre lui).
Tout à mes recherches, avide de ce savoir nouveau venant combler mes connaissances lacunaires, j'ai appris que l'idiotisme peut être court et doit être différencié de l'antonomase puisque cette dernière introduit dans le langage courant un nom propre utilisé comme nom commun, ou inversement, un nom commun employé pour un nom propre. Cela dit, les deux peuvent se retrouver étonnamment liés par de malheureux concours de circonstances.
Ainsi, quand on veut dénoncer une presse « poubelle », il faut faire très attention de ne pas avoir soi-même fait ses choux gras en profitant de son statut ou de sa fonction en roulant tout le monde dans la farine car le jour où l'on se retrouve dans le pétrin pour avoir fait son beurre... Décidément, que la langue française est bien faite.
En lisant les infos du soir sur Internet, je suis resté bouche bée à la lecture de ces tropes imagés employés partout et par tout le monde. Et je me suis surpris à vouloir traquer l'idiotisme à tout prix.
Comme dans cet article du Point.fr : Royal exagère-t-elle sur Aubry et Hollande ? J'en ai compté au moins trois : « Depuis quelques jours, Ségolène Royal fait feu de tout bois... (...) Cette dernière a sans doute bénéficié d'un sacré coup de pouce (...) n'y va pas avec le dos de la cuillère (...) »
C'était édifiant. Ils étaient là, comme le nez au milieu de la figure. C'est à peine si j'ai prêté attention au contenu de l'article, tout à mon enquête pour rire.
Puis, j'ai fait marche arrière, j'ai supprimé ce que j'avais commencé à écrire. Ce qui ne m'a pas gêné plus que cela puisqu'à la réflexion je n'avais nullement envie de parler des considérations personnelles de Ségolène Royal sur l'aptitude à « l'inaction » de son ex-compagnon, des atermoiements de la majorité qui joue à « je-parc-à-thème-moi-non-plus » pour mieux parler d'autre chose que du relèvement de la taxe sur les mutuelles, ou du coup de chaud de Manuel Valls tenaillé par l'irrépressible envie de placer « flux migratoire » dans une conversation parce qu'il avait regardé la veille un très beau reportage consacrée aux oies du Canada sur Planète.
Voilà. Il ne me reste plus qu'à filer à l'anglaise le moral à zéro en prenant mes jambes à mon cou afin d'éviter des prises de becs qui me laisseront forcément pantois. Ou la bouche en cul de poule si vous préférez.
DB
