Qu'apprends-tu, sorcier ?
Malgré tous les progrès médicaux (dont certains nous font passer de vie à trépas en moins de temps qu'il n'en faut pour poser une prothèse mammaire), en dépit de toutes les avancées scientifiques (comme celle de recréer en laboratoire un virus mille fois plus létal que la grippe espagnole de 1918), il y a tout de même une chose que je n'arrive pas à m'expliquer.
Pourquoi, mon Dieu, pourquoi lorsque j'ouvre une boîte de médicaments, pressé de m'administrer un remède salvateur et peut-être chevalin si tant est que j'ai laissé traîner le sirop pour la toux du chat à côté de mon antalgique préféré... pourquoi est-ce que j'ouvre l'emballage de cette panacée antipyrétique si chaudement recommandée systématiquement du côté de la notice ?
Le simple fait de tomber encore et toujours sur ce bout de papier plus fin et plus fragile qu'une promesse de campagne électorale si bien plié qu'il ferait passer un origami de tour Eiffel pour un avion en papier d'écolier (niveau Maternelle Moyenne Section) me met dans une rage folle pendant des heures. Et retarde d'autant l'accès aux pilules ardemment désirées et le passage de l'état fébrile à l'état flegmatique (largement plus adéquat alors que l'on s'apprête à faire répéter au petit dernier ses gammes à la batterie au milieu de l'appartement familial). Tout en se maudissant de lui avoir acheté un set flambant neuf au motif qu'à la naissance déjà, il ressemblait étonnement à Phil Collins adulte.
Décidément, je n'arrive pas à comprendre pourquoi les laboratoires s'obstinent à fourrer aux forceps ces pliages gênants dans des emballages trop petits à l'évidence à l'heure où nous pouvons tout dématérialiser ou presque, nos carnets d'adresses, nos agendas, nos documents personnels ou nos démarches administratives... Dont nos remboursements de soins par la sécurité sociale. Il serait peut-être bon qu'une commission parlementaire se penche un jour sur la question. Ou un comité d'expert, une association de défense d'usagers des médicaments aux doigts gourds et à la patience limitée. Car enfin, a-t-on réellement besoin de cette étiquette mentionnant le nom du produit et du fabriquant, la posologie, les effets attendus et indésirables dans différentes langues ainsi que le nom barbare de la molécule? Celui-ci ressemblant étrangement et assez souvent à un borborygme enfantin, au titre d'un inénarrable best-seller de la littérature fantastique, au nom du personnage principal d'un roman évitable de Charles Dantzig... Au choix.
Au lieu de nous infliger les résumés inutiles des principes actifs et la liste (parfois inutilement) exhaustive des effets secondaires de tels ou tels coupe-faim, vasodilatateurs pour mâles déprimés souhaitant retrouver le sourire et un certain tonus pénien (« ne convient pas aux femmes enceintes » est-il écrit en gros sur l'emballage...), prothèses réparatrices, antihistaminiques, vaccins contre les grippes imaginaires et les pandémies dispendieuses, il serait grand temps que l'on prête enfin attention à la majorité silencieuse des consommateurs (pardon, des patients) qui en ont assez de devoir attendre une minute de plus avant de pouvoir se soigner.
Et tant qu'on y est, si on pouvait également se pencher sur la question de ceux qui attendent de l'Etat intégrité, probité, indépendance vis-à-vis des industriels de la pharmacie et des autorités de certification ; ceux qui n'ont aucun accès à des soins quels qu'ils soient ; ceux qui pourraient y avoir accès mais qui n'en ont pas les moyens ; celles et ceux qui y ont eu accès mais qui le regrettent parce que leur praticien préféré leur a (de bonne foi) prescrit un médicament aux vertus moins nombreuses que les vices...
DB
