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Nicolas Sarkozy et la dépendance

La dépendance serait la priorité de Nicolas Sarkozy pour 2011. Brusquement, le président de la République se soucierait du sort des personnes âgées et des personnes handicapées ? Comment le croire alors que, depuis 2007, les gouvernements successifs s'ingénient à revenir sur les acquis et les promesses de la loi du 11 février 2005 ? Mais, visiblement, ce ne sont pas les contradictions qui étouffent le président de la République et son Premier ministre. Mais y a-t-il vraiment contradiction ? N'y a-t-il pas plutôt calcul et manœuvre grossière ?L'intérêt de François Fillon semble réel puisqu'il affirmait, le 5 février dernier, que l'année 2010 serait celle du « nouveau souffle dans l'accomplissement des objectifs » de la loi du 11 février 2005. Et quel souffle ! Je dirais même qu'il ne manque pas d'air.Suis-je médisant en mettant en doute sa volonté, et celle de Nicolas Sarkozy par la même occasion ? D'autant qu'il vient de confier une mission au député UMP Jean-François Chossy (un proche de Christine Boutin, rapporteur à l'Assemblée Nationale de ladite loi), dans une lettre datée du 5 novembre 2010. Dans ce courrier, on lit : « Actuellement, le handicap est encore trop souvent synonyme de stigmatisation ou d'exclusion. C'est la raison pour laquelle, je souhaite vous confier une mission sur l'évolution des mentalités et le changement de regard de la société sur les personnes handicapées. » Puis il ajoute : « Pour parvenir à une intégration pleine et entière des personnes handicapées dans notre société, il apparaît tout d'abord important de mettre en lumière les déterminants sociaux qui influencent notre perception du handicap et notre comportement envers les personnes handicapées. » Et il continue : « Fort du constat que vous aurez pu dresser sur ce point, il conviendra d'identifier par quelles actions concrètes le handicap pourrait être mieux intégré dans une société où il a été trop longtemps accompagné d'une ">Non, il ne manque pas d'air. « Actuellement, le handicap est encore trop souvent synonyme de stigmatisation ou d'exclusion. » On ne peut être que d'accord avec cette affirmation. Le problème, c'est que le premier à stigmatiser et à exclure, c'est l'État lui-même, en l'occurrence Nicolas Sarkozy et ses ministres successifs.Quelle meilleure preuve d'exclusion et de ">Quelle meilleure preuve d'exclusion et de ">Et François Fillon prétend qu'« il conviendra d'identifier par quelles actions concrètes le handicap pourrait être mieux intégré dans une société où il a été trop longtemps accompagné d'une ">Malgré tout, François Fillon veut parvenir à une « intégration pleine et entière » ! Est-il naïf ou très cynique ?Plus exactement, on se moque de qui ? Depuis 2007, on se fout comme d'une guigne de respecter la loi du 11 février 2005 et de l'appliquer. Je soupçonne fortement que cette mission, confiée à un député de la Loire dont l'engagement en faveur des personnes handicapées n'est pas à mettre en doute, ni sa volonté, ne soit que l'arbre qui cache la forêt. Mais quelle forêt ? Quelle arrière-pensée vicieuse et viciée cache cette forêt ? La misère humaine n'a jamais été une préoccupation de Nicolas Sarkozy. Et bien qu'il ait rendu visite au pape, je ne pense pas qu'il ait eu une soudaine révélation. Donc à quoi jouent-t-ils, lui et son Premier ministre ?Durant sa campagne pour les présidentielles, il avait promis une augmentation de 25 % de l'allocation aux adultes handicapés [AAH] d'ici à 2012. Et puis, la crise aidant, François Baroin annoncé, au mois de juillet dernier, que, finalement, cette augmentation se ferait non plus sur cinq ans mais sur six. En fait, dès le départ les dés ont été pipés de façon « très subtile ». Dans un dossier de presse de Valérie Létard, présenté le 11 février 2009, il était précisé que « Fin 2009, l'AAH atteindra 682 €, soit, chaque mois, 54 € de plus que début 2008. » Ce qui, en clair, signifie que l'augmentation n'était pas calculée sur celle de juillet 2008 mais sur celle de janvier 2008. D'ailleurs, selon un tableau officiel du ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, montrant l'évolution prévue de l'AAH, le chiffre exact de l'augmentation de celle-ci, à la fin de l'année 2009, aura été de 29 € et non de 54 ! Néanmoins, on insiste puisque, dans un communiqué daté du 24 février 2009, Brice Hortefeux, alors ministre du Travail, déclare que la citoyenneté des personnes handicapées existera « grâce à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), pour permettre aux personnes handicapées de disposer de ressources décentes pour vivre : l'AAH augmente de 54 € de 2009. » Il ose parler de ressources décentes quand bien même elles sont sous le seuil de pauvreté − 791 € en 2008 (tandis que l'AAH était de 682 € à la même époque). Or, tout le monde sait ou devrait savoir que sous le seuil de pauvreté on survit, on ne vit pas, on est donc forcément exclu et ">Dans un rapport d'octobre 2010, intitulé L'allocation aux adultes handicapés : aller au bout de la réforme pour mieux maîtriser la dépense, coécrit par MM. Blanc, de Montgolfier et Cazalet, il est suggéré de suspendre la déclaration trimestrielle de l'AAH. Pourquoi ? Prenons l'exemple d'une personne qui est rémunérée 700 € par mois pour un emploi à mi-temps et qui, de ce fait, ne touche plus qu'environ 260 € d'AAH. Dans l'hypothèse d'une déclaration annuelle, si elle est au chômage ou en cessation d'activité (car son handicap s'est aggravée, par exemple), le réajustement ne se fera qu'au bout d'un an, tandis que, si la déclaration est trimestrielle, le réajustement de l'AAH se fera au bout de trois mois. Cela signifie que, en cas de déclaration trimestrielle, dès le quatrième mois la personne « handicapée » sans activité récupérera l'intégralité de son allocation, alors qu'avec une déclaration annuelle, le réajustement ne se fera qu'au bout d'un an et, pendant tout ce temps, elle devra survivre avec ses 260 € d'AAH, dans cet exemple ! De plus, dans ce rapport, il est conseillé d'attribuer à l'avenir cette allocation en fonction de critères d'employabilité. Pourront alors prétendre à l'AAH les personnes handicapées « à faible employabilité », ce critère concerne environ 57 000 personnes. Ceci aurait pour avantage non négligeable de drainer près de 800 000 personnes handicapées vers le Revenu de solidarité active [RSA]. C'est-à-dire vers une situation de précarité extrême.Autre exemple de marche arrière : les personnes âgées de 60 ans et plus auraient dû, d'après la loi du 11 février 2005, bénéficier de la Prestation de compensation du handicap [PCH] au plus tard en 2010. Mais, évidemment, sous prétexte de crise, la mesure a été reportée… Pourtant, il serait urgent d'octroyer aux personnes en perte d'autonomie cette PCH car elles vivent souvent, à domicile, dans une précarité et un dénuement inimaginables, tout en n'ayant pas les moyens d'aller en maison de retraite médicalisée. Et l'Allocation personnalisée d'autonomie [APA] ne couvre pas les situations de perte d'autonomie extrême (en 2009, le taux maximum attribuable était de 1224,24 €/mois), tout en étant un gouffre pour les conseils généraux (la tentation de réinstaurer la récupération sur héritage est de plus en plus grande).Plus inquiétant encore, sur France Inter, le 31 mai dernier, dans l'émission Le téléphone sonne, les propos tenus par le Sénateur Jean Arthuis laissent craindre le pire pour l'avenir de la PCH. Celui-ci dit : « En matière de dépenses, je voudrais aussi souligner l’incohérence législative et l’incohérence de gouvernance. Nous n’arrêtons pas d’édicter des normes, par exemple, une loi sur les handicapés, qui est certainement excellente au plan humain mais, budgétairement, je considère que toutes les prévues ne sont pas finançables dans la situation de nos finances publiques. Je voudrais qu’il y ait un retour à la raison. On n’arrête pas d’édicter des normes nouvelles qui toutes aboutissent à des suppléments de dépenses publiques… » Pourtant, réduire la PCH aide humaine, c'est réduire la sécurité, le confort, la liberté de mouvement, donc le droit à l'autonomie des personnes « handicapées ». C'est renier l'esprit et les promesses de la loi du 11 février 2005, intitulée loi « en faveur de l'égalité des droits, des chances, de la participation et de la citoyenneté des personnes handicapées ». C’est détruire des emplois qualifiés et recréer de la ">J'en veux pour preuve cet exemple : une PCH aide humaine mensuelle de 11 277,32 € (desquels il faut déduire environ 3000 € de charges par mois qui vont dans les caisses de l'URSSAF), accordée à une personne en situation de toute indépendance, représente cinq temps-pleins qualifiés, et les salaires eux-mêmes représentent des charges, des impôts, des taxes, des frais divers et variés, des loisirs, de la nourriture, etc. De ce fait, la PCH aide humaine, tout en offrant autonomie-sécurité-confort aux personnes en situation de handicap, participe à la bonne « marche », si j'ose dire, de l'économie française. Sans compter qu'en apportant autonomie-confort-sécurité aux personnes « handicapées », elle est un vecteur d'insertion indéniable, au niveau social et culturel, mais aussi professionnel, puisque cette autonomie permet à celles-ci de trouver un emploi !Il est donc légitime de se demander d'où vient ce brusque intérêt pour la dépendance, pour une cause que les gouvernements successifs n'ont cessé de négliger voire de démolir depuis 2007 ? Pourquoi ni l'Élysée ni les ministères n'ont-ils fait évoluer leur regard et leur mentalité depuis 2007 ? Pourquoi a-t-il fallu trois ans pour prendre conscience de vérités qui, de surcroît, ne cessent de leur être répétée ? Pourquoi a-t-on attendu 2011 pour se décider à lutter contre la ">il conviendra d'identifier par quelles actions concrètes le handicap pourrait être mieux intégré dans une société où il a été trop longtemps accompagné d'une "> » Un lapsus encore ? Car il n'est pas question d'intégrer la personne mais son handicap ! Si une telle approche n'est pas marginalisante qu'est-elle ?Personnellement, je suis plus que dubitatif après des années d'engagements politiques et associatifs. L'intérêt soudain pour la dépendance des personnes âgées et handicapées ressemble trop à une entourloupe sarkozyenne de plus pour être pris au sérieux.Et si ce n'est pas une très probable stratégie pour démantibuler de la Sécurité sociale, ce sera autre chose. En tout cas, il n'y a rien de réjouissant et de bon à attendre de cet engouement présidentiel pour la misère humaine, au vu de sa politique du handicap depuis son élection. Mais quand on a besoin des « vieux » pour être réélu et pour s'attaquer à ce que beaucoup nous envient : notre couverture sociale, tous les moyens sont bons.En attendant, je suggère à François Fillon et à son gouvernement de commencer par travailler eux-mêmes sur « l'évolution [de leurs propres] mentalités et le changement de [leur] regard […] sur les personnes handicapées », plutôt que de leur proposer du vent, des châteaux [de sables] en Espagne…

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