Sam.
18
Mai

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Article d'édition
Édition : La mort

Qui suis-je, au bord de la rive escarpée du flot roulant du Styx?

On peut préparer par avance l'obole destinée à Charon. Pensant à ce dernier voyage, les idées se bousculent.

Ne suis-je donc rien, ou si peu?

Que suis-je? Pour briller un instant dans la nuit des vivants, qui s'éteignent partout, venus d'on ne sait où, partis on sait trop bien pourquoi...

Un monde sans fin partout.

Un connu éphémère, un savoir parcellaire, l'ignorance est sans fin.

Et moi?

Quelle importance?

Les civilisations s'élèvent et puis s'écroulent, une espèce apparaît quand cent s'enfoncent dans l'oubli. Les fossiles en myriades dorment sous les couches de pierres, quand de très rares formes, en rapport du chiffrable, s'agitent au dessus d'eux.

Qui suis-je?

Je suis le gardien de ma maison.

Je suis le soutien de ma femme.

Le tuteur de mes enfants qui poussent où je les guide.

Je suis de mes parents, le bâton de vieillesse, et l'honneur de ma famille.

Figure de ma cité, homme solidaire des autres humains, vivant, je nourris partout la vie où je la trouve.

Mille fois mort, cent mille fois re-né. je suis la poussière du chemin, bercé dans les étangs, niché au sein de chaque goutte de rosée, herbe folle ou bison.

Je meurs à chaque expiration, et revis à l'inspiration, écrivant une nouvelle page blanche, chaque fois d'un nouveau cahier.

Page moi-même du grand livre vivant...

Qui a une seule fois vécu, croirait pouvoir mourir à toute l'éternité?

On ne doit pas gâcher son temps, et on peut tout reprendre, jusqu'au dernier instant.

Qui suis-je?

Les pierres ne sont pas, les cieux ne disent rien. Les étoiles froides ou brûlantes ne chantent aucune mélodie, que je ne puisse écrire, que je ne puisse aimer, et c'est mille fois mort, qu'on m'entend encore, crier, dans chaque maternité.

Je ne suis rien, c'est vrai, mais je suis tout pour ceux qui auront foi en moi, et c'est aussi pour eux, que je nourris ma foi.

Un devoir, un bonheur, et puis à la fin un souvenir fugace, inscrit, à jamais, quelque part dans la trace, que laissent les planètes qui foncent dans l'infini...

Charon godille là-bas, bien en dessous de toutes les étoiles, mais Proserpine, la femme du roi des morts, du fonds des gouffres Enfers prépare le printemps.

Et Artémis veille, sur les femmes gravides...

 

Newsletter
Je m'identifie