A la recherche des origines et des conséquences de la numérisation du monde (2)
Pour qui veut se faire une idée du poids que la science a gagné durant le XXe siècle il est, parmi d'autres, deux approches. La première est simplement d'observer comment nos existences et nos sociétés sont aujourd'hui littéralement « saturées de technologie », comme le confirment, ces derniers jours les révolutions tunisienne et égyptienne. La seconde est de faire appel à un historien comme Eric Hobsbawm.
Auteur d'une magistrale étude du « long XIXe siècle » il a aussi écrit une formidable synthèse, très tardivement traduite en français, sur le « court XXe siècle" (L'âge des extrêmes) dans laquelle il consacre un chapitre (Sorciers et apprentis : les sciences naturelles) au développement des sciences.
Ce sont ces deux approches que nous avons croisées le 9 décembre 2010 dans notre troisième séquence du cours donné à l'Université du Temps Libre d'Orléans sur « La numérisation du monde » autour de la question : « Du transistor au micro-ordinateur portable, quelle action sur le monde ? ».
Nous retiendrons, à ce stade, de la lecture d'un extrait du chapitre du livre d'Eric Hobsbawm, extrait joint à cet article sous forme de fichier pfd et titré par nous « Science, technologie et incertitude », deux passages.
"Aucune période de l'histoire n'a été plus envahie par les sciences naturelles ni plus dépendante d'elles que le XXe siècle. Mais aucune, depuis la rétractation de Galilée, n'a été moins à l'aise avec elles. Tel est le paradoxe auquel doit s'attaquer l'historien du siècle."
"À travers le tissu de la vie humaine saturé de technologie, la science fait donc une démonstration quotidienne de ses miracles dans le monde de la fin du XXe siècle. Elle est aussi indispensable et omniprésente - car même les coins de la planète les plus reculés connaissent le transistor et la calculette électronique - qu'Allah pour le pieux musulman. Nous pouvons nous interroger sur le moment où cette capacité de certaines activités humaines à produire des résultats surhumains est entrée dans la conscience collective, tout au moins dans celle des zones urbaines des sociétés industrielles « développées ». C'est certainement après l'explosion de la première bombe nucléaire en 1945. On ne saurait cependant douter que le XXe siècle est celui où la science a transformé à la fois le monde et la connaissance que nous en avons."
Que la science ait, par le biais de la technologie, saturé notre quotidien, et que nous ne soyons de moins en moins à l'aise avec les questions qu'elle nous pose, semble évident dans tout ce qui touche à « la numérisation du monde ». Un exemple saisissant, peu souvent cité, est le décalage croissant entre l'utilisation des outils « high tech » et la méconnaissance de ce sur quoi il repose. La technologie reste le parent pauvre de l'éducation et de la formation, en particulier pour tout ce qui concerne les extraordinaires développements qui ont rendu possible la convergence numérique. Qui connait la technologie CMOS qui, à partir de l'invention du transistor, est au cœur de la fabrication des circuits intégrés et, en particulier, des microprocesseurs et mémoires qui équipent tous nos appareils numériques ? Peu de monde, même dans le milieu des informaticiens. Cela conduit à la traduction de Silicon par Silicone (en anglais Silicone) et non Silicium dans bien des romans, des ouvrages économiques et même techniques et par l'emploi de circuit imprimé en lieu et place de circuit intégré.
Vous trouverez dans la présentation faite le 9 décembre 2010, jointe en fichier pdf, des premiers repères aussi bien dans les domaines du matériel (hard) que du logiciel (soft), ce dernier étant en général bien mieux connu, ainsi qu'une courte bibliographie. Nous y reviendrons dans cette édition.
A suivre....
Suite au premier commentaire je viens de rajouter, sans les notes, le chapitre entier consacré par Eric Hobsbawm au développement des sciences naturelles au XXème siècle.
