De l'éducation des enfants

1. INTRODUCTION
Projets de portiques pour détecter du métal, projets de brigades policières d'intervention scolaire pour fouiller, interventions musclées de la gendarmerie en classe à la recherche de drogue, interrogatoire au commissariat d'enfants pour le vol présumé d'un vélo mais aussi agression d'un prof par un enfant avec un couteau, saccage d'une école par des gamins, coups de fusil à plomb sur des enfants.
Dans de nombreux billets, dont http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/290509/securitate , Claude Lelièvre, historien de l'éducation et abonné de Médiapart, évoque des dérives.
Ailleurs, des gens réfléchissent à « un grand projet national éducatif ». Voir http://www.pourleducation.net/ . Claude Lelièvre l'évoque ici http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/080609/vers-un-grand-projet-national-educatif
2. AU SUJET DE L'ENFANT
Existe-t-il une ou des méthodes particulières pour éduquer ou élever un enfant?
Il a été dit qu'on « élève » un animal mais qu'on « éduque » un enfant. Je ne partage pas entièrement cette façon de voir, vais m'en expliquer.
De tous temps on a considéré qu'un enfant, à la naissance et pour de nombreuses années, n'était pas un être achevé et qu'il avait besoin d'être « accompagné » pour devenir adulte.
Toutes les sociétés humaines se sont attachées à cette tâche. En utilisant toutes sortes d'outils. Aucune solution idéale n'a été proposée, le sujet est continuellement retravaillé.
A quelles parties de son cerveau devons-nous nous adresser pour exercer cette mission d'éducation? En d'autres termes, à quelles sollicitations l'enfant est-il sensible?
On pourrait résumer la chose en disant que l'enfant, comme l'adulte et comme l'animal, est sensible à ce qui est agréable ou désagréable. Il est fortement influencé par ce qu'il perçoit autour de lui: il cherche à imiter, à faire comme.Nous nous adressons ici au cerveau primitif.
Le petit d'homme, dès la naissance, est très sensible au statut que l'adulte lui reconnaît. En d'autres mots, il est très sensible à la parole, à tout ce qui passe par la parole. C'est ce que F Dolto a traduit en disant: « L'enfant est une personne. Il faut parler à nos enfants ».
Il est aussi une autre chose à laquelle l'enfant est très sensible. Je veux parler de la cohérence du discours et du comportement des adultes, parents ou enseignants, qui sont autour de lui. Dès qu'il perçoit de l'incohérence à ce niveau, il s'y engouffre, exprimant son propre point de vue et rejetant ce qui vient des « grands ».
La chose est fréquente dans les couples en mésentente où les discours s'opposent. C'est vrai aussi pour tout ce qui se passe à l'école. L'enfant ne fait pas de distinction entre les 2 lieux. S'il ne sent pas une solidarité de vision entre ses parents et l'école, il rejette les uns et l'autre!
Tout cela renvoie à notre cerveau supérieur, notre cortex!
3. AU SUJET DE L'ÉDUCATION
Si on observe l'immense majorité des parents, des familles, on observe que, faute « d'école des parents » tout le monde fait « comme il peut »,« au petit bonheur la chance ».
Un peu d'exemplarité ici, une remontrance ou une torgnole là, un encouragement ou un bon point ailleurs, une explication une autre fois.
Les adultes font avec ce qu'ils ont!
Ainsi, sans nous en rendre compte, au travers de ces 4 attitudes( exemple, carotte, bâton, explication), nous nous adressons au cerveau primitif de nos enfants, à sa mémoire, à son émotivité, à ses sentiments mais aussi à son cortex, à sa raison. Élever, éduquer.
Comme l'animal, nous obéissons aux lois de l'imitation, à la peur, à la crainte, à l'attirance et au plaisir. Il me semble donc assez normal de solliciter, ne serait-ce qu'à l'occasion, cette partie « primitive » de notre cerveau!

Le jeune poulain suit sa mère et fait comme elle. S'il fait mal, sa mère le mord, le remet à sa place. Tant qu'il fait bien, elle n'intervient pas et laisse faire.
Mais, bien sûr, nous, nous sommes aussi sensibles aux explications, à la parole. Nous devons en user le plus possible. Parler à l'enfant, dès la naissance, c'est le valoriser. C'est essentiel.
Dire au bébé, qui pleure en attendant son biberon, que « Ça vient, ça vient! », c'est à la fois lui dire qu'on entend sa demande, donc le reconnaître comme humain, mais c'est aussi le faire patienter...et ainsi, lui apprendre la frustration! Nous sommes déjà, à la fois dans l'élevage et dans l'éducation!
Si, à la maison, avant la scolarité, dès la naissance, ces deux champs de notre cerveau n'ont pas été sollicités de manière équilibrée (c'est quoi l'équilibre?!), l'école aura bien du mal!
Une chose est certaine. Au delà de l'apprentissage des matières (ce qu'on appelait avant: l'Instruction Publique), l'école remplit aussi un rôle d'éducation qui, théoriquement, ne devrait être rien d'autre que le prolongement de tout ce qui a été mis en place comme repères à la maison dès la naissance et avec les mêmes outils.
A ce titre, on peut penser qu'une première priorité de l'école devrait être de proposer un modèle d'imitation aux écoliers. Tout simplement au travers du comportement de tous les adultes qui y travaillent. Tous les adultes qui travaillent dans l'école devraient être des modèles d'hygiène, de correction, de politesse, de respect, de calme, d'écoute, d'attention! « Fais ce que je dis mais pas ce que je fais » est un discours aberrant à l'école!
Dès lors que ces comportements seraient montrés en exemple, les adultes auraient le droit d'exiger la réciprocité de la part des enfants! Et cela en toute équité, sans mépris!
En deux, je ne vois pas pourquoi, comme dans la vie de tous les jours, il ne pourrait pas être occasionnellement fait appel au cerveau primitif: « Veuillez faire silence, Asseyez-vous », voir « Attention, je vais sévir! », voir sur un ton fort: « Stop! Ça suffit! Y en a marre!».
Le recours au « châtiment » qu'il soit corporel (coup de règle) ou psychologique (dénigrement, mépris, moquerie) n'appartient pas à l'école. La Loi l'interdit. Notre société en a décidé ainsi.
Mais l'école est un lieu social et le rappel « au règlement », là a discipline y a toute sa place. L'école peut aussi faire appel à une instance particulière en cas de problème (« Vas voir le Directeur », »Tu vas être renvoyé », « Je convoque tes parents », « Je dois faire appel aux services de police ou aux services de la Justice pour ce que tu as fait et qui est grave »).
Chaque fois que possible, tous les adultes témoigneront d'encouragements aux élèves, en classe, lors des récréations, en salle de lecture, à la cantine. La Cité récompense ses modèles, les adultes doivent faire de même avec les élèves.
Enfin, comme dans la vie de tous les jours, le plus souvent possible, les adultes feront usage du discours explicatif. Pour se faire comprendre, pour se faire respecter, pour se faire obéir, pour apprendre. Expliquer les choses, le pourquoi, le comment, c'est aussi reconnaître l'humanité de son interlocuteur. Il y est toujours sensible!
La parole aux écoliers devrait être utilisée pour leur expliquer les limites d'une bonne éducation telle qu'un enseignant essaye de la dispenser dans une classe de 30 enfants, tous différents!
Se priver de cet outil est une forme de mépris et entraînera de mauvais résultats dans tous les autres domaines.
Être enseignant, on le voit bien, est donc une mission impossible car les exigences du métier sont immenses!
Quelle école peut prétendre proposer à la fois un personnel se comportant de façon exemplaire, un personnel ayant recours à la parole explicative plutôt qu'à la menace ou au dénigrement?
Enseignant, parent, des métiers différents, des missions impossibles!
4. DES RELATIONS DE L'ÉTAT, DE L'ÉCOLE ET DES PARENTS
L'État devrait reconnaître les difficultés du métier d'enseignant et le rémunérer correctement. Certains États considèrent que la difficulté du métier d'enseignant est inversement proportionnelle à l'âge des enfants. En d'autres termes, plus les enseignants s'adressent à de jeunes enfants, mieux ils sont rétribués. Pour moi, du bon sens!
Les parents ne devraient jamais dénigrer l'école car c'est aller dans le sens d'une confusion et d'une perte de repères, comme je l'ai dit.
A l'opposé, l'école doit constamment rappeler aux parents que leur rôle éducatif n'est jamais achevé.
Parents et personnel d'école sont dans le même bateau. Il est indispensable qu'ils se rencontrent, se partagent les tâches. Ne pas le faire est une grave erreur.
Ne pas faire participer le personnel de « service » (agents d'entretien, personnel des cantines, etc) à cette démarche est une erreur.
5.EN CONCLUSION
On voit bien que l'école, comme la maison familiale, n'a rien à faire de portiques de détection, ni de brigades de fouilles ou de tout autre dispositif policier.
C'est toujours en amont, au travers de la formation des maîtres, au travers de rencontres parents-enseignants, au travers de la place reconnue aux élèves, avec un nombre suffisant de professionnels qu'on fait du bon travail.
L'école n'a pas à exercer de répression comme on l'entend chez les adultes.
Elle a mission à rappeler les règles, à en exiger le respect, en donnant l'exemple, en expliquant voir en sanctionnant.
Cela veut aussi dire que, comme dans une famille, il peut être fait appel aux services de police ou aux services de la justice pour ramener et assurer le calme dans des circonstances exceptionnelles. Exactement comme on devrait pouvoir faire appel aux services sociaux ou médicaux, avec l'accord préalable des parents qui restent responsables des enfants jusqu'à leur majorité.
Voilà ce me semble quelques éléments dont il faudrait tenir compte pour élever, éduquer, bref donner des repères. Le tenter implique beaucoup de respect pour les enfants, non seulement de la part des parents, mais aussi de la part de la totalité du personnel des écoles. C'est ce que certains appellent « amour »!
