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Sep

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Article d'édition

L’austérité, vite ! (par Alain Vermeersch)

Durant la période estivale, dès avant les multiples prises de position du président de la République de cette rentrée, les média sonnaient le tocsin. Pour avertir des dangers ou pour préparer le terrain politique à des mesures impopulaires ?

Un discours de catastrophe...

Anne Rovan (Le Figaro 24/07/12) analyse « Sur fond de crise, de plans sociaux et de chômage, Hollande ne peut que s’attendre à une baisse de popularité. Le président n’entend pas dévier du cap qu’il s’est fixé : d’abord le redressement « dans la justice », ensuite la redistribution. Les Français moyens et modestes devront donc s’armer de patience. Tant sur le front de l’emploi que sur celui du pouvoir d’achat, le gouvernement ayant été chiche sur le smic et annulant la défiscalisation des heures supplémentaires. D’autant que ces premiers signes de désamour pourraient trouver un nouvel écho dans les réformes de société très clivantes que prépare le gouvernement : fin des peines planchers, droit de vote des étrangers aux élections locales ou mariage homosexuel. ». Le même jour, Anton Brender dans le même quotidien remarque « L'ajuste­ment budgétaire européen se fait par compression de la demande interne et donc aussi de la croissance. Le nouvel exécutif français semblait l'avoir compris en axant son discours sur le besoin de croissance. Au sommet européen de juin dernier, ce discours est malheureusement passé à la trappe. Certes, les leaders européens ont reconnu l'importance de la croissance.

Mais, ils n'ont pas voulu décider ensemble de desserrer le rythme de la restriction budgétaire. Là est le problème. Nous devons nous préparer à des moments difficiles... » Libération (27/07/12) de son côté écrit « La stratégie gouvernementale de réduction des déficits coûte que coûte pourrait se révéler encore bien plus néfaste si l’effet multiplicateur devait être plus important, dans le cas où la crise venait à s’intensifier. Pour éviter ces scénarios noirs, l’OFCE estime qu’il est temps d’adopter une « stratégie vertueuse » qui consisterait à faire un distingo entre déficit structurel et celui résultant d’une mauvaise conjoncture. En attendant, l’impact sur l’emploi des mesures envisagées par le gouvernement devrait être plus limité qu’attendu. » Dans Les Echos, Dominique Seux (25/07) constate « depuis le 16 mai, la nouvelle équipe s'est pour l'essentiel attachée à installer un nouveau type de gouvernance (avec succès) et, sur le fond, à... défaire les réformes de l'ère Sarkozy. Cet épisode des chevauchées furieuses contre l'héritage du pouvoir précédent ne pouvait évidemment être éternel ! L'exécutif prépare donc la suite. En deux temps. Le premier est l'annonce, depuis quelques jours, d'un certain nombre d'inflexions possibles dans les mois à venir par rapport aux projets de la campagne électorale. Le second temps est celui des annonces concrètes, qui commence aujourd'hui avec le plan d'aide à la filière automobile.

Dans ce domaine aussi, le gouvernement est en phase accélérée d'atterrissage. On jugera aujourd'hui si, après le temps du romantisme, vient celui du réalisme. » Yves Thréard dans Le Figaro (02/08) avertit « C’est après la trêve estivale que le chef de l’État devra donner la mesure de ce qu’il sait faire. Ainsi François Hollande pense-t-il avoir satisfait ses électeurs pour l’immédiat. À plus long terme, quand ils devront payer la facture, ils déchanteront sans doute. Sur le reste, le hollandisme de ce début de quinquennat est un impressionnisme. Le souci majeur du chef de l’État est de donner l’impression qu’avec lui tout va beaucoup mieux qu’avec Nicolas Sarkozy. Si tel est le hollandisme, il pourrait vite se désintégrer sous la pression des mécontentements et de l’impatience. Après la rentrée. »
 
… pour préparer les esprits à l'austérité

Jacques Julliard (Marianne 27/08), dans son éditorial, conseille « Plus à gauche ? Plus à droite ? Ce n'est pas ainsi que les Français raisonnent. Ils n'attendent pas des positionnements habiles mais des réponses concrètes à leurs problèmes. Ils attendent de leur président une ambition, une direction. Sinon, les uns et les autres reviendront à leur revendication particulière et c'en sera fini de ce qui aurait pu être un nouveau départ. Or, pour le moment, Hollande respecte ses promesses mais il déçoit nos espérances. Faut-il le répéter ? Il n'y a qu'une priorité, qui conditionne toutes les autres : le redressement économique du pays. Il y aura des grincements de dents, des procès en trahison. Pour gouverner vraiment, il faut renoncer à être aimé de tout le monde. » Denis Muzet (Le Monde 13/08), directeur de Médiascopie, affirme « les Français ont compris que, aujourd'hui, la puissance est du côté de la finance et de l'économie.

La crise et les agences de notation l'ont démontré. Mais s'il veut entraîner les Français, il lui faut forger un grand récit. Les Français ont intégré la nécessité de la rigueur. On l'a vu à l'automne 2011 au moment des plans Fillon, dont ils trouvaient qu'ils n'allaient pas assez loin. Ils sont prêts à participer individuellement à l'effort, à deux conditions : qu'il soit équitablement partagé – de ce point de vue, des gages ont été donnés depuis trois mois –, mais aussi qu'on voie à quoi il va mener, qu'il va déboucher sur un mieux pour nos enfants, sinon pour nous. » Thomas Wieder (Le Monde 29/08 ) se réjouit « Alors que Michel Sapin, le ministre du travail, s'apprête à présenter son projet en faveur des emplois d'avenir, le gouvernement n'entend pas laisser s'installer l'idée que sa politique contre le chômage se limite à la création d'emplois aidés. Dans ce contexte, l'université d'été du Medef vient à point nommé. Elle sera l'occasion, pour les ministres présents, d'assurer les chefs d'entreprises de l'engagement du gouvernement en faveur de la compétitivité. L'enjeu, pour le gouvernement, est double : convaincre les chefs d'entreprise qu'il agit bel et bien en faveur de la compétitivité, mais éviter que la question ne soit abordée sous le seul angle du problème du coût du travail. ».

Laurent Mauduit peut alors écrire (Mediapart) « Dans une conjoncture déprimée, marquée par un effondrement du pouvoir d’achat et une stagnation de la consommation, le nouveau chef de l’État avait le moyen d’apporter la preuve qu’il entendait engager une politique de la demande pour stimuler la croissance. On sait ce qu’il en est advenu : au 1er juillet, le Smic n’a été revalorisé que de 2 %. Dès la fin juin, à la même époque que l’arbitrage sur le Smic, le gouvernement a révélé qu’il conduirait une politique budgétaire d’austérité, avec des normes d’évolution pour les crédits aussi draconiennes que sous Sarkozy. Cela a transparu dès les premières « lettres de cadrage » de Jean-Marc Ayrault, fixant des priorités budgétaires pour 2013-2015. Au travers du projet de loi de finances pour 2013, qui sera dévoilé courant septembre, on aura la confirmation que ce cap de l’austérité est maintenu. » Laurent Joffrin, à l'émission Mots croisés (03/09), encouragé, déclare « C'est un programme de gauche le plus mesuré depuis le Front populaire. L'opinion était prête à entendre un discours d'urgence et de gravité de la crise ». Sans commentaire.

La Revue du projet, n° 20, octobre 2012

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