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19
Juin

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Article d'édition

«Annus horripilis»

À l’heure où je commence à écrire ces lignes, la pendule de l’entrée est formelle : 2012 n'en a plus que pour quelques heures.

 

Comme chaque année à la Saint-Sylvestre, les rétrospectives, les bilans, les best-of se succèdent. On peut se repaître à loisir d’images, de mots, de bribes, de petites phrases, refaire le chemin à l’envers d’une année qui de toute manière ne passera pas la nuit.

Sur nos écrans d’ordinateurs, de télévisions, dans les hebdos, dans les quotidiens, les mêmes événements, les mêmes chocs, les mêmes plaisirs datés. Ephémères, mais désormais indélébiles grâce à Internet et aux banques de données planétaires. Face à cette profusion reconditionnée, rassemblée, ramassée, les sensations divergent : joie, peine, colère, orgueil, envie, gourmandise… Les vertus cardinales côtoient les péchés capitaux, se mêlent et explosent en un feu d’artifice de sentiments contradictoires. Et celui qui m’étreint à grande vitesse (je nourris un curieux tropisme ferroviaire depuis que je collectionne les modèles réduits de Micheline articulées type 33) est une intense perplexité au regard des titres des compilations de toutes sortes qui fleurissent depuis quelques jours sur nombre de supports de presse.

Annus horribilis…

Depuis que la reine Élisabeth II a qualifié ainsi l’année 1992, l’expression revient immanquablement : « 2013 annus horribilis : les dégâts provoqués par François Hollande seront-ils réparables ? » (Atlantico) ; « 2013, annus horribilis pour Hollande » (Le Figaro) ; « … pour la classe politique » (L’Express) ; « … pour les Français » (L’Expansion)… « … pour les médias » (L’Express encore, qui voit double)… Même combat et même punition pour l’année 2012 : « Immobilier, annus horribilis dans le neuf et l’ancien » (Tout sur l’immobilier) ;  « … pour l’UMP » (Europe 1, qui a changé son titre entre-temps). Faute d’avoir cliqué sur « plus d’articles », la liste que je rapporte ici n’est pas exhaustive mais j’avoue avoir eu peur d’ennuyer à la longue, voire de choquer avec ces titres qui commencent tous par « annus ».

Le saviez-vous ? C’est en 1992, à l’occasion du 40ème anniversaire de son accession au trône, que la Reine d’Angleterre avait résumé son année en ces termes en forme de jeu de mots et de référence au poème de l’auteur John Dryden, « Annus mirabilis ». Publié en 1667, le poème avait pour sujet la commémoration de batailles contre les Provinces Unies et du grand incendie de Londres, en 1665 et 1666 ; et développait l’idée que Dieu avait choisi de sauver l’Angleterre de la destruction et que cela tenait du miracle.

  Elizabeth II, quant à elle, avec cet humour qu’on lui connaissait bien avant qu’elle ne fasse un caméo savoureux dans un clip Bondien en compagnie de Daniel Craig à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des derniers JO de Londres, a donc déclaré que 1992 avait été son année horrible. Pensez-donc, en moins de 365 jours, elle avait appris la séparation du duc d’York et de Sarah Ferguson ; le divorce de la Princesse Anne et de Mark Phillips, connu l’incendie de son château de Windsor. Enfin, pour couronner le tout (sans jeu de mots), le prince Charles et Lady Diana se séparèrent également au mois de décembre. On dira ce qu’on voudra mais ça fait beaucoup pour une seule femme. Fût-elle monarque et Anglaise depuis 40 ans.

Mais vous allez me dire que je viens sans péril, persiffler sans gloire. Et vous aurez raison. J'écris ces lignes dans l’unique but de faire mon intéressant et me moquer bêtement de l’année écoulée et de ces titres bissés, répétés qui ne me plaisent pas. Je tiens simplement à relativiser (et tempérer l’ardeur misérabiliste des chroniqueurs en flagrant manque d’imagination) : au regard de l'Histoire, l’« annus » de la monarque britannique était-elle à ce point « horribilis » ? J’en doute.

La comparaison m’apparaît juste malvenue et les reprises déplacées. Pour ponctuer enfin mon propos sarcastique sur une note tout aussi proverbiale, je tiens à le dire : quand bien même les raisons ne manqueraient pas, tous les ans depuis 1992 on nous ressert le même idiome journalistique à toutes les sauces. Alors que c’est bien connu, même les meilleures sauces ont une fin.

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