2012: torture à l'américaine
Je n’ai aucun, mais alors aucun, scrupule à vous parler de 2012, le film catastrophique de Roland Emmerich et, soyez rassurés, ce qui suit ne dévoile aucun moment clé de l’intrigue. Pour la bonne raison qu’il n’y a aucun moment clé.
Je me targue d’être cinéphile, je sais que l’on doit parler de «film catastrophe» pour qualifier les films appartenant à cette catégorie et dans lesquels «le centre de l’intrigue est un événement (ou une suite d’événements), d’origine naturelle ou provoqué(s) par l’homme, occasionnant des dommages matériels et humains considérables». Néanmoins, compte tenu de la filmographie du réalisateur d’Independance Day, de Godzilla, de 10 000 et du Jour d’Après-demain (traduction littérale), j’affirme d’emblée que 2012 est bien un film catastrophique à de nombreux d’égards. Et hors de toute comparaison avec ses réalisations précédentes qui étaient aussi et déjà (il faut bien le reconnaître) des catastrophes.
Autant le dire tout de suite, 2012 commence mal : tandis que dans l’espace de magnifiques images d’éruptions solaires jaillissent sur l’écran, dessinant de somptueuses arabesques orangées, sur terre, il pleut. C’est quand même pas de bol pour un mois de juillet.
Un ingénieur américain est de retour en Inde où il travaille à forer la croûte terrestre à 3000 mètres sous terre pour mener je ne sais quelles études fumeuses. Les ennuis commencent. Les chercheurs ouvrent une sorte de réservoir souterrain et, Ô malheur, constatent avec stupeur et après des mois de travail que sous la roche bout l’eau : la faute aux neutrinos.
Aparté (bis) : pour ceux d’entre nous qui n’auraient pas fait leurs études au MIT (il y en a), les neutrinos et antineutrinos sont des particules élémentaires de masse très faible nécessaires dans la théorie de la physique quantique pour assurer la conservation de l’énergie dans les processus de réaction nucléaire. C’est dingue ce qu’on apprend dans les films !
La nouvelle est donc alarmante. Le brave chercheur décide de partir sans délai pour les Etats-Unis, histoire d’aller déranger le patron de son patron qui fait son intéressant dans une vente de charité. Le temps de lui montrer une liasse de feuilles à moitié blanches, et les voilà partis en direction de la Maison. Blanche également. Pour rencontrer le Président. Qui est noir et ressemble fortement à Danny Glover. Vous me suivez ?
En moins de temps qu’il n’en faut à un neutrino pour faire cuire un œuf coque, la séquence suivante nous projette un an plus tard en Chine, où de mystérieux soldats rassemblent une troupe d’ouvriers relativement volontaires. Pendant ce temps, le Président des USA convoque les dirigeants de nations choisies. Les Russes sont cités, on devine les Anglais invités, pas de trace des Français. J’ai eu beau scruter l’écran, aucune trace du chef d’État français. J’en ai bien vu un qui a haussé les épaules plus de quatre fois dans le même plan, mais ce devait être la nouvelle (ou sa veste) qui le gênait.
Passons.
Toujours lancés à la vitesse d’un quark sur une mobylette, nous sommes déjà en 2012 et nous retrouvons John Cusack affalé comme un propre à rien sur le canapé de son salon en train de parler à sa montre. C’est le héros, je l’ai lu dans Télérama. Ecrivain raté, obligé de se reconvertir en chauffeur de limousine d’un magnat russe (encore un !) féru de boxe et de Cavaliers King Charles (détail important pour la suite, notez le bien), et divorcé de surcroît. Un homme d’aujourd’hui quoi. Un individu lambda. Comme vous et moi. Dans lequel on va se reconnaître. Il emmène ses enfants camper à Yellowstone. En limousine évidemment sinon ce ne serait pas drôle.
Passons encore.
A Yellowstone, la gabegie commence. Le chercheur présidentiel est sur les lieux, le lac local s’est évaporé (au sens propre) et John Cusack rencontre le sosie de Woody Harrelson, qui campe dans les bois et un personnage énigmatique, sorte de croisement improbable et contre-nature entre les trois Lone Gunmen de X-Files et Michael Moore pour le propos.
Aparté (ter) : il s’agit effectivement de Woody, jamais aussi bon que dans Tueurs Nés ou Larry Flint, soit dit en passant.
Avec lui, on (John Cusack et le spectateur) apprend sous la forme d’un dessin animé façon South Park que la terre court à sa perte parce que le 21 décembre 2012 (le 12-21-12, en américain dans le texte) un alignement improbable des planètes va faire exploser les neutrinos (quelle saloperie ces bestioles décidément !) et provoquer séismes, tsunamis, effondrement des plaques tectoniques, irruptions et éruptions volcaniques, raz de marées et tout le tremblement.
Quel suspense ! J’en frémis d’avance.
À l’écran et à Los Angeles, la terre n’en fait qu’à sa tête. Vous pouvez faire confiance à Roland pour en faire de même. Au début du film (on l’avait à peine senti venir), la Californie s’ébrouait juste ce qu’il faut, avec une crevasse par ci et une petite faille par là. Pendant que les pontes, eux, décidaient qu’il était temps de passer au plan B de la phase deux du processus final. Mais chut ! A ce moment de l’intrigue (le bien grand mot !), c’était encore un secret.
Aparté : vous l’aurez subodoré, un complot a été ourdi dans l’ombre depuis la découverte des méchants neutrinos qui font rien qu’à réchauffer l’écorce terrestre et vider les lacs. En substance, il y a matière à discussion. Il est potentiellement incroyable que les puissants, les grands de ce monde, les potentats (et non les misérables vermisseaux que nous sommes à contempler la fin du monde dans notre fauteuil), puissent ainsi conspirer comme on respire. C’est comme si on faisait un film (au hasard, intitulé Virus ou Pandémia) où l’on verrait des gouvernants fourbes décider de vacciner tout le monde, dans le but de réaliser des essais cliniques à taille humaine et à l’échelle planétaire. Sans savoir si la formule est efficace ou si elle a des effets secondaires qui seraient pires que le mal. Ce serait vraiment n’importe quoi ! Personne n’y croirait ! Il y a des limites à la fiction et à la taille des couleuvres qu’un individu normalement constitué peut décemment avaler.
Las ! Le Mall dans lequel la mère des enfants de Cusack faisait ses courses s’est transformé en gigantesque marché à ciel ouvert (ce qui est redonnerait un semblant de charme à n’importe quel Wal Mart de suburb), devenant du coup beaucoup moins pratique pour le retour des courses, la voiture familiale ayant été engloutie dans les entrailles terrestres en même temps que le rayon boucherie.
Aparté (again) : Roland Emmerich possède un talent infini pour narrer le quotidien et le mettre en perspective, pour montrer la vanité (certes très humaine) qui nous habite. Fort heureusement, femme et enfants arrivent à s’en sortir et à rentrer chez eux juste à l’heure du goûter. Avec au menu des crêpes et du beurre de cacahuètes que la brave mère courageuse a réussi à sauver du désastre. Pour les hamburgers en revanche, il faudra repasser.
Et là (contre toute attente), tout s’accélère. Le brave John, convoyant les enfants imbitables d’un magnat slave dans le secret des dieux de la machination dont je parlais plus tôt, comprend qu’il se trame quelque chose quand l’un des deux affreux jojos qu’il véhicule lui dit qu’eux seront sauvés et lui pas. Et que c’est bien fait pour lui. Na !
J’en reste comme deux ronds de noyaux de carbone. John Cusack est dans le même état et décide de foncer récupérer sa progéniture, réalisant que la prophétie Maya (dont Woody lui a parlé avec force dessins explicatifs) est en train de se réaliser. Vite ! Dans la limo !
A ce moment du film, en parallèle, on comprend que :
1. La planète est en train de s’étaler comme une vieille bouse. Désolé pour l’image, c’est mon côté provincial qui refait surface pendant que la Californie, de Los Angeles à San Francisco, s’effondre. « Où êtes-vous ? » hurle Cusack dans son mobile en conduisant. Ce qui est dangereux. Et interdit de surcroît.
2. Le chercheur et le Président des Etats-Unis qui n’a pas encore dit « je suis trop vieux pour ces conneries » (je suis un peu déçu) ont tout prévu et ont fait construire en secret et en Chine (il est de bien connu que les Chinois travaillant vite et bien et pour une poignée de riz) des barges gigantesques, insubmersibles et conçues par Philippe Starck pour le look. Le hic, c’est que les places étant très chères (au sens propre comme au figuré), seuls quelques milliers de happy few pourront prétendre s’en sortir et surnager quand les terres auront été englouties.
3. Il existe une carte, détenue par ce cher Woody, toujours aux premières loges du désastre, qui permettra à John et sa famille recomposée (le nouveau mec de son ex-femme est de la partie) de s’en tirer eux aussi.
Direction le parc national, donc. D’abord en limo, ce qui nous vaut une course poursuite assez indéfinissable contre la montre et les éléments se déchainant à leur suite. Puis en avion, parce que… Parce que.
Aparté (still) : la scène (assez longue, il faut bien l’avouer) de la destruction de L.A. vaut son pesant de protons, je vous laisse la surprise, tout en vous disant que la Cusack’s family va en réchapper (pour l’instant) et la cité des anges non.
Fort heureusement, le beau-père a pris des leçons de pilotage. Si c’est pas du bol ça ! Ils empruntent donc un coucou et foncent dans les airs, se frayant un passage inespéré entre deux tours qui s’effondrent (ça devrait nous rappeler quelque chose, mais quoi ?), évitant de peu poutrelles, gravats, bitume en liberté qui volent dans tous les sens… Bref, le sort et les éléments s’acharnent sur le bimoteur salvateur pendant que la terre s’écroule sous ses ailes. Et autour aussi.
Accélérons un peu.
Parvenant à retrouver Woody des bois qui a décidé de vivre pleinement Armageddon en restant au premier rang (dans le film du même nom, Michael Bay lui avait préféré Bruce Willis), John et sa troupe récupèrent la carte qui leur permettra de traverser le désastre à pieds secs. Puis, réchappant à une répétition grandeur nature et à éruptions réelles (avec volcans cracheurs et éruptions cataclysmiques vachement bien faites comme à Vulcania) de ce qui a causé la perte des dinosaures, ils finissent par s’en tirer de justesse et en profitent pour emprunter un 747 au passage. J’avoue ne plus très bien me souvenir où ils l’ont trouvé mais je me rappelle que Cusack avait dit qu’il leur fallait un plus gros avion. Et que donc c’est pour ça.
Peu après (je résume un peu) : le chercheur dit je t’aime à son père en mer (c’est le père qui est en mer, pas le fils. Le fils lui, reparle de sa mère tandis que son père est sur l’eau. Avant de la prendre. La mer, pas l’eau…). Le président des USA n’a pas l’air au mieux de sa forme (satisfait, j’ai cru entendre Danny Glover dire qu’il était trop vieux pour ces conneries), et les barges commencent à se remplir. Quelqu’un hurle que l’eau monte et le financier russe veut acheter avant que ça baisse. Mais rien n’est moins sûr.
Arrive le fameux épisode du chien (je vous avais dit que c’était important), en l’occurrence un cavalier King Charles, qui jusque-là n’avait rien eu d’autre à faire que de trôner dans les bras d’un ersatz de Reese Witherspoon période Legally Blonde. On ne sait trop comment ni pourquoi (ce n’est peut-être pas important), le clébard à sa maman a manqué l’appel et se retrouve loin de sa maîtresse qui est déjà dans le paquebot futuriste insubmersible. J’enrage. Mais comment est-ce possible ? Déjà, dans Independance Day, l’ami Emmerich avait failli rôtir le magnifique labrador de Will Smith dans un tunnel… Il ne va pas nous refaire le coup ? Non ? Si. Le Cavalier entend un coup de sifflet pendant que les éléments et les invités de dernière minute se déchainent aux portes de l’arche de Roland. C’est la panique à bord.
Aparté (one more) : le scénario est drôlement bien ficelé mine de rien. Le royal canin a réussi à rejoindre sa mémère en jouant au funambule sur un câble d’acier beaucoup trop fin pour un autre modèle. Un labrador, au hasard et par exemple.
Et John dans tout ça, me direz-vous ? Finalement, sa bande et lui ont posé leur jumbo Jet, rejoint les barges, trouvé le moyen de se tromper de porte d’embarquement et atterri dans la soute sans passer par les portiques de sécurité pour se retrouver passagers clandestins au milieu des valises Vuitton et des vilaines gens qui se sont incrustés de force dans le saint des saints nautique. Tant que j’y pense et avant de l’oublier, le chercheur de neutrinos trouvera le temps d’aller consoler la fille du Président. Il l’embrassera même en attendant la montée des eaux. On est en plein mélo.
Mais l’eau, au fait ! Elle en est où ? Parce que perchées sur le toit du monde (traduisez : l’Everest), les barquettes techno et les voyageurs fortunés n’attendent qu’elle et que la prophétie se réalise.
Soudain, un des passagers qui tuait le temps en contemplant l’arrière du bateau se met à crier : « c’est l’eau ! Près des hélices, hélas, c’est là qu’est l’eau ! » Et l’eau donc de submerger les bateaux, recouvrir les neiges éternelles, de balayer les pathétiques canots à mille milliards comme des fétus de pailles dorés à l’or fin. Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ? John récupère sa fille partie s’essayer à l’apnée dans les coursives, fait copain-copain avec son rival amoureux et renoue des liens paternels avec son fils qui le prenait jusqu’ici pour un loser. La morale est sauve. David a vaincu Goliath. Le petit a trouvé sa place parmi les grands. Le chien est à nouveau dans les bras de sa maman et le capitaine du navire (qui ressemble au gars qui jouait Robocop, mais sans son casque) est heureux d’annoncer que le pire est derrière eux. Les Américains ont (une fois encore) sauvé le monde. Enfin… le beau monde, celui qui a suffisamment d’argent pour se payer un voyage transatlantique en first class pendant que le reste de l’humanité a péri en low cost.
Je ne peux résister à l’envie de vous livrer la conclusion. Si, si, j’insiste. Ne me remerciez pas. Ça me fait plaisir.
En 2012, après la catastrophe, après la réalisation de la prédiction Maya, «le monde ne sera plus jamais le même». Le continent africain tout entier s’est soulevé (au sens propre) et le toit du monde se situe désormais à la pointe de l’Afrique du Sud. «C’est pour cela qu’on l’appelle le Cap de Bonne Espérance» dit Robocop…
The End
DB
2012
Date de sortie cinéma : 11 novembre 2009 Film déjà disponible en DVD depuis le : 11 mars 2010 Film déjà disponible en Blu-ray depuis le : 11 mars 2010
Réalisé par Roland Emmerich Avec John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Amanda Peet, ...
Long-métrage américain . Genre : Science fiction Durée : 02h38min Année de production : 2009 Distributeur : Sony Pictures Releasing France
