Sam.
18
Mai

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Article d'édition

À propos d'un passage de Dantzig

« Un chef d'oeuvre est un chalutier, il tracte les autres livres de son auteur ». (Charles Dantzig)

 

 

N’en déplaise à ce bon Charles qui semble s’y connaître autant en construction navale que moi en reproduction des protozoaires ciliés, le chalutier est un « bateau de pêche à chalut (filet que l'on traîne sur le fond de la mer) » ou « pêcheur qui utilise le chalut ». L’auteur d’À propos des chefs-d’œuvre voudrait il sous-entendre qu’une grande réussite littéraire entraîne dans son sillage les précédents bouquins qui stagnent à des lieues sous les mers ?

Je m’interroge.

N’aurait-il pas mieux valu parler de « remorqueur », ce frêle esquif qui amène à bon port de plus gros navires que lui et permet le débarquement d’une cohorte de vacanciers en goguette priant très fort de ne pas voyager sous les ordres d’un épigone du capitaine du Costa Concordia ou de lourds conteneurs plombés remplis de denrées ou produits exotiques d’importation.

Cette métaphore nautique trouvée en exergue du chapitre intitulé « injustice du chef-d'œuvre » (sans majuscule au « i » d’injustice, affectant une pose sémiologique suspecte) est propre à me défriser le pompon (pour rester dans la périphrase marine). En effet, comment ne pas voir dans l’utilisation de cette minuscule liminaire une posture d’auteur, celui-là même qui s’efface derrière le génie des autres pour mieux balayer des siècles et des siècles de littérature et devant sa porte ? « Chateaubriand avait surtout le génie de la publicité. Et du talent, bien sûr, mais le talent, à un certain niveau, tout le monde en a ».

« A un certain niveau », cet À propos des chefs-d’œuvre a quand même tout du canot de sauvetage.

 

  • À propos des chefs-d’œuvre, Charles Dantzig, 275 pages, Grasset 2013, 19,80€
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