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Article d'édition

Deux femmes sauvent le Forum Mondial de la Démocratie

 Sans la Prix Nobel 2011 Tawakkol Karman et son magnifique discours d’ouverture du Forum et sans la Prix Nord-Sud 2004, l’écrivaine égyptienne Nawal El Saadawi, le premier Forum Mondial de la Démocratie aurait pu devenir un bide. Et si la grande majorité des participants a demandé à la fin de ce Forum une nouvelle édition améliorée en 2013, ce n’est pas grâce à l'engagement des organisateurs, mais grâce à l'attitude de ces deux femmes de courage qui luttent, chaqu'une à sa manière, pour la démocratie dans leur pays et dans le monde. Les exigences formulées par ces deux femmes exceptionnelles à la communauté internationale et à ce Forum en particulier, devraient servir comme feuille de route pour l’édition 2013.

  

Nawal El SaadawiNawal El Saadawi © KL / 3Ufer
    Les absents ont toujours tort. La journée de clôture avait quelque chose de gênant. Si on avait compris lors de l’inauguration officielle lundi que le gouvernement français n’avait pas beaucoup de considération pour cette manifestation, en se faisant remarquer par l’absence du Président, du Premier Ministre et du Ministre des Affaires Etrangères, les participants et le public étaient surpris jeudi lors de la cérémonie de clôture de constater que le maître des lieux, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe Thorbjørn Jagland, avait visiblement mieux à faire que de perdre son temps à ce Forum, tout comme la mairie de Strasbourg qui brillait autant par son absence que la Région Alsace, sans parler de la Préfecture ou de l’état français. Si de nombreuses erreurs avaient été commises en amont et pendant ce Forum, il n’avait toutefois pas mérité un tel désaveu par ses organisateurs, la ville-hôte et l’état français.

      Pas de résultat. Le premier Forum Mondial de la Démocratie n’a donné aucun résultat tangible. Aucune résolution, pas d’Appel de Strasbourg. Explication donnée par Jean-Louis Laurens (Directeur politique du Conseil d'Europe) qui présidait en l'absence de tout le monde cette séance de clôture : «On a du constater que les participants venants de 120 pays des cinq continents étaient trop différents...» Il aura donc fallu quatre jours aux organisateurs pour constater que dans le monde, nous ne sommes pas tous pareils. Quelqu’un aurait peut être du leur dire avant... Cette faible justification prouve que les organisateurs n’avaient pas écouté la Yéménite Tawakkol Karman en séance d’ouverture de ce Forum : «Il faut admettre que la démocratie puisse prendre différentes formes dans le monde, ce qu’il convient de tolérer. De là découle le besoin de définir des standards communs et de créer les organisations internationales capables de veiller à leur mise en oeuvre.» Cette mission était pourtant claire.

      En effet, si les participants du monde entier ont identifié de nombreuses différences pendant les ateliers et les discussions dans les couloirs, ils ont également découvert des points communs, exactement ce que la Prix Nobel de la Paix Tawakkol Karman appelle les «standards communs» : élections libres, droit à la justice, droit à une vie en dignité etc. – avec un minimum de clairvoyance et de bonne volonté, il aurait été facile d’en distiller un premier jeu de standards communs et de les mettre dans une «Résolution de Strasbourg», pour créer dans le cadre de ce Forum, un groupe de travail chargé de définir les prochains standards à préparer pour le prochain Forum Mondial de la Démocratie. Si on avait écouté un peu les participants au lieu de les bombarder avec un défilé de «has beens», cette première édition de ce Forum aurait déjà pu envoyer un message fort dans le monde entier.

      De nombreuses critiques. «Trop d’intervenants officiels», «pas assez de participation citoyenne», «mauvaise communication avant et pendant le Forum», «pas de résultat tangible», «pas de représentants indigènes qui pourtant, souffrent de génocides dans le monde», «ne pas réléguer les citoyens dans un programme OFF» - lors de la dernière séance, les participants venus du monde entier ont exprimé de nombreuses critiques et d’idées pour améliorer ce Forum. Après la remarquable intervention de l’Egyptienne Nawal El Saadawi, qui demandait, entre autres, la remise en question des systèmes économiques et d’éducation dans le monde, tout en passant un message d’espoir vraiment fort, les participants étaient unanimes – il faut absolument organiser un deuxième Forum Mondial de la Démocratie en 2013, toujours à Strasbourg.

      Ce n’est qu’en 2013 qu’on saura si le premier Forum Mondial de la Démocratie aura été un succès. Car l’idée d’organiser un tel Forum est exellente et la formule a le potentiel de devenir un élément déclencheur pour une nouvelle approche démocratique dans le monde entier. Tout dépendra de la capacité des organisateurs de se remettre en question, de corriger les erreurs de la première édition et de définir des objectifs qui doivent impérativement dépasser le «on passera une belle semaine ensemble». Et, autre impératif, les organisateurs et l’état français doivent réellement s’engager lors de l’édition 2013. Leur absence lors des réunions d’ouverture et de clôture constituait un désaveu incompréhensible pour cette manifestation. Il serait judicieux de se mettre toute de suite au travail en associant les forces vives à la préparation d’une édition 2013, plus courageuse, plus axée sur des résultats. Et quand on parle de «forces vives», on ne pense certainement pas à cette pleïade de responsables d’avant-hier qui ont squatté les podiums, mais à ceux qui veulent vraiment lutter pour une démocratie mondiale plus humaine.

      Toutefois, et malgré toutes les critiques justifiées, il fallait oser ce premier Forum Mondial de la Démocratie. Si l’édition 2013 s’améliore sensiblement, la voie sera libre pour un rendez-vous annuel de la plus haute importance. Si par contre, l’édition 2013 devait ressembler à celle de 2012, il n’y aura pas d’édition 2014. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, bravo pour une première assez ratée – cette première pourra constituer le point de départ pour une belle aventure. Alors, au travail – le monde attend d’être sauvé !

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