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22
Oct

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Article d'édition

LANGUES LANGES (extraits) par Claude Ber

Claude Ber présente un extrait de Langues Langes


Je suis un passant, rien de plus

Si Mohand U Mand

 


Vers quoi le pas et la parole ?

les égratignures de lointain sur l’horizon qui tangue

leur fumée et l’élan demeuré dans la chair ?

sur ce point de bascule

dans le bouillon cérébral tremblé d’enseignes sous les ressauts du bus

l’ergot dru de la déraison/ les pleurs bouillants/ la cruauté/ les siècles/ la ferraille des cockpits/

le gant tiède de l’air/ la pluie grosse avec son cou couleur de bible ouverte

la gratitude de l’aimer où s’interroge ce que tu cherches

 

L’inquiétude qui traverse les choses

les cotillons du familier et son cageot de corps bringuebalés

elle se creuse du regard du rêveur se contemplant allongé sous son rêve

son trou de vide à vif tandis qu’un cri d’orfraie

l’épingle à un espace proche

dans l’épouvante que

se perde l’esprit et ses divisions simples

de bête orientée par ses pattes et sa tête

par son dessus et son dessous

tout juste destinée à bruire des babines

à bâtir maison de paroles où nous vivons de la comptine au psaume

berçant bercés de babillage

 

Ce qui s’ajoute d’abondance à la saveur des corps et des fruits épelés, peau de pêche et de vigne ce n’est que langue qui les mâche et profère. Je pose la corbeille d’abricots sur la table. Les talures et les tâches travaillent aussi la chair. Vanitas de midi sous l’auvent de la terrasse. Sa poussière méditative, je la renverse avec le sucre dans le compotier. Et j’en déguste sa rasade dans le sois là ma vie, juste le temps encore que je te nomme.

 

Langue langes où tètent les mots la salive

étêtés de leurs crêtes à en apprivoiser l’amer

La lecture cantillée des Hébreux

les tons du parler Bantouou l’idiome nüshu de femmes

interdites d’écrire

conjuguent langue mère      dépareillée      éparpillée

          livrée aux lambeaux

mêlée de sources et de nous pleins de peurs de rires etde syllabes

- Que dites-vous qui ne soit nôtre ? interrogeaient les fous

et leur bouée précaire je la serre autour de la taille

avec la cage de la raison comme un moulin à prière taillé dans un tibia

continuant        déraisonnablement      de dire

en mémoire glossolalique de paroles perdues et interdites

 

Le lumignon du cœur est un loquet de porte

dur à déverrouiller

coeur de mon coeur où êtes-vous à l'autre bout du monde

hémisphères inversés où votre appel résonne dans le roulis du monde 

entre cuisses et jambes d’un train bondé de monde?

dans ce monde de mondes

qu’est ce qui est à soustraire à notre humanité ? A émonder dans le verger du monde

et dans son dévasté?

Traversant traversée        traversant seulement

pas sachant        pas pouvant

l’aimer sur le tu de la langue

l’appui, l’aplomb de sentir

poils et peaux c’est tout ce que nous sommes.

 

Pour ce peu de pépites au filon

tandis que se marchandent les biens, l’argent et les vies

sur des comptoirs de banques

dans des bureaux importants, dont je connais l’odeur de cire et de cigare

le désordre affecté, les empressements

et l’étoffe, dont nous sommes faits au final des trocs qui nous exhibent

je t’e-maile

devant la fenêtre ouverte à la curiosité intacte

sur le bleu blanc de la journée écoulée et son énigme simple

ce que l'on pense est trop complexe pour servir à vivre ce que l’on sent plus souvent un obstacle qu’un secours

même à pas plombés de scaphandre ça dérape toujours dans le désossement

 

Cela dit j’aime cette heure où la peau se souvient

ni noir ni lumière     et ce passage

- paume ouverte entre chien et loup sur

le sans raison de ce qui cherche -

il se franchit.


Claude BER:

Parmi ses publications en poésie et en théâtre:
La Mort n’est jamais comme (Prix International de poésie Ivan Goll), L’Inachevé de soi, Méditations de lieux Sinon la Transparence, La Prima Donna  suivi de L’Auteurdutexte, Orphée Market, Monologue du preneur de son pour sept figures, Ed. de l’Amandier, Vues de vaches, Éd. de l’Amourier, Lieu des Epars, Ed. Gallimard etc.

A cela s’ajoutent livres d’artistes, publications collectives et nombreuses parutions en revues, sites et anthologies dont Couleurs femmes, Métamorphoses, Anthologie Poésie de langue française, Anthologie Bipval 2011 Action Poétique etc...

Des études universitaires et des revues, dont récemment Nu(e) n° 51, ont été consacrées à son écriture.
Agrégée de Lettres, elle a enseigné les lettres et la philosophie en lycée et en université puis occupé des fonctions académiques et nationales; elle intervient actuellement à Sciences Po. et à la Sorbonne et donne de nombreuses lectures et conférences en France et à l’Etranger rassemblées dans Libres Paroles II et Aux dires de l’écrit Ed. Chèvre Feuille Etoilée. Membre d’associations pour le développement de la culture, de l’éducation et la défense des droits humains, dont le Forum Femmes Méditerranée UNESCO, elle a été décorée de la Légion d’Honneur pour l’ensemble de son parcours.

http://www.claude-ber.org


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