Ven.
31
Oct

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Article d'édition

Genèse du « printemps érable » et intentions

Le Québec vit en ce moment des changements sociaux. Les étudiants, en grognent contre le gouvernement libéral de Jean Charest qui augmente le frais de scolarité de 75 % sur 5 ans, sont en grève depuis la mi-février 2012. Après huit semaines de manifestations pacifiques et un rassemblement historique de 200 000 personnes dans les rues du centre-ville de Montréal, le gouvernement ne daigne pas écouter leurs inquiétudes.Inquiétudes sur l’accessibilité aux études, mais plus largement, des questionnements sur le type de société dans laquelle toute une génération désire évoluer. Après quelques offres considérées comme « ridicules » : l'augmentation des prêts étudiants, le remboursement de la dette proportionnel au salaire et le changement de l'augmentation de 75 % sur 5 ans à 82 % sur 7, la violence entre les forces de l'ordre et les étudiants (et professeurs) augmente. Le système judiciaire intervient à coup de dizaines d'injonctions forçant le retour en classe, brimant ainsi les votes démocratiques sur lesquels la grève des étudiants s'est fondée tout en causant des affronts sur les campus entre manifestants et représentants des forces de l’ordre (Polices municipales, Sûreté du Québec, compagnies de sécurité privée sur les campus, etc.). Les manifestations publiques sont de plus en plus déclarées illégales, les arrestations sont choses courantes dans les rues de Montréal – et à tout endroit où il y a une mobilisation majeure —.

 

Négociations

Devenant pressante, une tentative de sortie de crise s’est manifestée par une première table de discussion entre le gouvernement et les représentants étudiants à la fin avril lors d’une trêve de 48 heures sur l’organisation de moyen de pression de la part des groupes étudiants (Fédération étudiante collégiale du Québec - FECQ, Fédération étudiante universitaire du Québec - FEUQ et la Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante - CLASSE). Ne désirant pas négocier avec le groupe le plus radical par ses demandes (la gratuité scolaire), la ministre de l’Éducation Line Beauchamp exclut de manière illégitime la CLASSE des discussions. Une annonce concernant une manifestation de perturbation avait été publiée sur une page à contributions publiques du site de la CLASSE, la ministre a alors accusé cette dernière d’en être l’organisatrice, brisant ainsi la trève. Les autres groupes étudiants, par solidarité, se sont retirés. Cette exclusion du 25 avril 2012 a déclenché une vague de manifestations nocturnes sur une base quotidienne. Ainsi, depuis cette date, au minimum une manifestation par soir s’organise. Au début mai, lors du congrès du Parti libéral du Québec à Victoriaville, des affronts violents entre manifestants (étudiants et non-étudiants) et la Sûreté du Québec durcissent la rencontre d’urgence simultanée au congrès entre des représentants du gouvernement, les leaders étudiants et des médiateurs syndicaux. Une entente de principe est conclue, entente dans laquelle les représentants étudiants s’engageaient à présenter l’offre du gouvernement à leurs membres. L’arrogance du premier ministre et de sa ministre de l’Éducation (par quelques commentaires et courriels internes rendus publics), de même que le manque de clarté du texte de l’offre et le  manque de pouvoir réel du Conseil provisoire des universités dont le gouvernement offrait la création, sabotent, avant même le début des votes, une possibilité de conciliation.

 

Loi spéciale 78

Une semaine plus tard, après 300 000 votes de refus, la ministre de l’Éducation et vice première ministre du Québec annonce sa démission, portant maintenant à deux vices premières ministres libérales démissionnant de ses fonctions en quittant la politique en moins de neuf mois. Aussitôt retirée, une nouvelle ministre est assermentée, Michelle Courchesne. Le changement à la tête du ministère n’apporta aucun changement d’attitude de la part du gouvernement, ne serait-ce qu’un durcissement de leur position vis-à-vis du mouvement, maintenant social (catégorisé encore exclusivement comme étant étudiant), incarné par la loi 78. Loi répressive pour les droits et libertés des citoyens québécois, limitant les possibilités de rassemblement public. Plusieurs articles de la loi soulèvent un tollé chez les politiciens (débat nocturne en chambre), groupes de défenses des droits de la personne (Amnistie internationale condamne la loi), le barreau du Québec, de même qu’au sein de la population. Le 22 mai 2012, une manifestation pacifique est organisée en opposition à cette mesure jugée extrême du gouvernement au pouvoir. Les chiffres de la foule sont estimés à 250 000 personnes dans les rues du centre-ville de Montréal (proportionnellement plus de 2,5 millions de personnes pour la France). Cette masse a, entre autres, démontré l’absurdité de la loi 78 en étant illégale sur plusieurs points. Plus de 50 personnes ont participé sans respecter l’itinéraire remis à la police – la loi oblige tous les organisateurs à le fournir huit heures précédant l’événement —, la manifestation a eu lieu à plus de 50 mètres de trois campus différents – la loi interdit toute manifestation à moins de 50 mètres de tous les campus postsecondaires —. La police a donc déclaré la manifestation illégale, mais l’a tolérée puisqu’elle était pacifique.

 

Le gouvernement libéral de Jean Charest

Ce mouvement social est directement dirigé vers le gouvernement libéral de Jean Charest au pouvoir depuis neuf ans. Ce gouvernement possède à son actif une suite de scandales : la sous-traitance dans les fonds publics, les coupes des prêts et bourses ayant menés à une grève étudiante en 2005, la loi des conditions de travail dans le secteur public, la privatisation du Mont Orford, le terminal méthanier Rabaska de Lévis, la mine à ciel ouvert de Malartic, le scandale du processus de nomination des juges, la saga du ministre Tony Tomassi accusé de fraude et d’abus de confiance, le scandale des garderies, la loi spéciale pour les juristes et procureurs en 2011 (toujours non réglée), le scandale des gaz de schiste poussant la ministre des Ressources naturelles et de la Faune et vice première ministre du Québec Nathalie Normandeau à la démission, la saga de plus de deux ans sur la collusion et la corruption de la construction au Québec suivie par la commission Charbonneau, le Plan Nord, la privatisation de l’exploration pétrolière et la découverte de pétrole appartenant désormais aux entreprises privées (4000 milliards de dollars), la centrale nucléaire Gentilly-2, et en terminant la grève étudiante de 2012, toujours en cours.

 

Intentions

Cette section a été créée dans un seul but : faire sortir des frontières du Québec le combat social dans lequel les étudiants ont plongé les citoyens. L’étranger est de plus en plus sympathisant au mouvement; le 22 mai, quelques manifestations ont eu lieu en support au mouvement québécois à New York, Paris, Lyon, et au Canada à Toronto et Vancouver. Nous voulons nous faire entendre par les médias étrangers, puisque notre combat est également, malheureusement souvent, contre nos propres médias. Plusieurs intervenants défileront, tant des acteurs du mouvement que ses observateurs, qu’ils soient étudiants, citoyens ou professeurs. Les sujets seront aussi variés que la politique, le politique, les manifestations, la justice, des portraits d’acteurs, des analyses, des comptes-rendus, ou tout ce qui touche de près comme de loin au mouvement qu’est devenu, et que deviendra, ce que l’on appelle le printemps érable. Le Québec vit une transformation, bien plus grande que l’enjeu initial de la grève estudiantine — la hausse des frais de scolarité — et les intervenants de cette section en seront les témoins pour vous.

 

Espérant que nos voix résonnent dans vos frontières.

 

Marc-Antoine Lévesque, candidat à la maîtrise en études cinématographiques à l’Université de Montréal

Éditeur de la section « Le printemps érable »

 

Newsletter