Reductio ab absurdum
Curieuse expérience que celle de la rencontre avec des professionnels issus du monde de l’entreprise et plongé dans celui du médico-social au hasard de leurs mobilités.
Curieux discours imprégné des techniques managériales réductrices et simplistes à partir desquelles se définit une certaine façon d’aborder la question des relations humaines à l’intérieur de ces entreprises si spécifiques que sont les ESAT ou les ex ateliers protégés.
En les écoutant prodiguer leurs conseils avisés de managers rompus au nombre et à la quantité d’hommes et de situations, je m’interrogeais sur la façon dont il était possible de définir ce mal qui ronge la prise en compte d’une complexité humaine réduite à quelques catégories, appréhendée à partir de quelques vues schématiques qui ne souffrent d’aucune possibilité d’évaluation.
J’ai vécu voici quelques temps des situations de recrutement au cours desquelles j’ai senti le poids de ces approches réductionnistes et simplificatrices.
La lecture des revues spécialisées dans le management renvoie elle-même à la volonté et la conviction que l’être humain peut et doit être prévisible, que sa prétendue complexité peut être réduite en quelques mécanismes. Ces derniers l’inscrivent dans une modélisation qui vise à limiter l’étendue de l’individu pour le soumettre au poids des déterminismes et des stéréotypes.
Nous faisons pourtant jour après jour l’expérience de l’irréductible expression du désir qui résiste à toutes les tentatives de contrôle. La vague de suicides qui accompagne la résistance à des changements imposés sur la base de critères économiques vient exprimer la force du désir qui préfère l’inconnu à un imprévu qui se répète. Le choix morbide vient à la place de l’ordre mortifère. La souffrance immédiate est préférée à l’angoisse dans un mouvement qui rappelle de façon paradoxale que la pulsion de vie peut choisir la liquidation de soi (être social) plutôt que l’exploitation et à la négation du moi (être intime).
La dictature des idées simples mène à la corruption des intelligences et à l’inanité de la démarche critique dont l’objet se dérobe à toute approche fondée la prise en compte d’une complexité à laquelle il vient à ne plus pouvoir s’identifier.
Cette évolution se traduit par la reconnaissance du défaut comme déterminant de toutes les actions qui visent à inscrire l’individu dans une norme à travers la prise en compte de directives et de modalités d’existence qui s’imposent à lui.
La question du manque à être est exploitée par ceux ou celles qui prétendent pouvoir diriger nos consciences et guider nos actes à partir de pensées devenues des principes d’action au service d’une efficacité économique réductrice et infantile.
