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Article d'édition

23 années de résistance contre le barrage de Belo Monte

L’usine Hydroélectrique de Belo Monte est en phase de construction sur le fleuve Xingu, à Altamira, dans le sud-ouest de l’Etat du Pará. Projet pharaonique du gouvernement brésilien, au coût hallucinant de 19 milliards de R$ (7,2 milliards d’euros), Belo Monte fait face à une résistance acharnée des indigènes regroupés au sein du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre, des populations locales, des activistes et d’organisations qui défendent l’environnement un peu partout dans le monde. Depuis 23 ans une lutte acharnée s’organise pour sauver le coeur de l’Amazonie.

Les indigènes et les activistes fêtent l'ouverture d'un canal le long du fleuve XinguLes indigènes et les activistes fêtent l'ouverture d'un canal le long du fleuve Xingu © amazonia.org

 

Le Xingu +23 : 1989 - 2012.

Alors qu’à la même période se tient à Rio de Janeiro, 23 ans après le premier, le nouveau sommet sur le développement durable, qui réunit quelques-uns des plus puissants acteurs de la politique et de l'économie globales pour se disputer les ressources de la planète, le Rio + 20,  le Rio Xingu +23 est le lieu de la nouvelle révolte contre l’atteinte à la vie représentée par les barrages hydroélectriques.

Ont été à l’initiative de cette rencontre - qui s’est déroulée du 13 au 16 juin - les riverains, pêcheurs, petits agriculteurs, indigènes, mouvements sociaux, universitaires, activistes et tous les défenseurs du fleuve Xingu. Cette nouvelle rencontre intervient après la 1ère - historique - des peuples indigènes du Xinguqui, qui marquait, en 1989, la première victoire des peuples contre le projet de barrage de la rivière.  

L’évènement, qui a réuni 300 personnes à Santo Antônio - une des communautés les plus durement touchées par le barrage de Belo Monte - a pour objectif de consolider les luttes des populations contre le barrage hydroélectrique et pour le respect de leurs droits sociaux, économiques, culturels et territoriaux.

En accord avec le mouvement Xingu Vivo Para Sempre (vivant pour toujours), le Xingu +23 a pour mission de réaffirmer que, au regard de ses fragilités techniques, économiques, juridiques et politiques, le projet du barrage de Belo Monte n’est pas une fatalité.

© quidnovi

Texte de la déclaration publié le 17 juin 2012 - Xingu Vivo Para Sempre

Le Xingu +23 à fermé ses portes le samedi 16 juin 2012 dans le village de Santo Antônio, à 50 km de Altamira. Environ 300 personnes ont participé au sommet, entre riverains, agriculteurs, pêcheurs et indigènes (les peuples Juruna, Xikrin, Kayapó et Xipaya de la région, les Munduruku des bassins des fleuves Teles et Pires et les Tapajós et Tembé de la région de Belém), ainsi que des activistes autonomes de plusieurs Etats, des membres de la communauté universitaire et des représentants d’organisations de différents pays comme la Turquie, Israël, l’Autriche, la Belgique, le Canada et les USA.

Pour toutes les personnes touchées par Belo Monte, cette rencontre a été, pendant 4 jours, un lieu où les participants ont pu dire ce qu’ils avaient sur le coeur, débattre et participer à des actions communes. Pour les victimes de Belo Monte, elle leur a donné l’opportunité de se faire entendre. Pour les participants des autres régions, ce furent des moments difficiles qui les ont confrontés aux dures réalités des impacts de l’usine.

Du village de Santo Antônio, pratiquement déserté à la suite de l’expropriation forcée de ses habitants, ne restent que des ruines et des monticules de bois, vestiges des anciennes maisons de ses habitants. Il reste aussi le petit cimetière, avec ses tombes envahies par la végétation depuis l’embargo décrété par Norte Energia.

Du village de Santo Antônio, on peut voir l’immensité du chantier de construction du barrage de Belo Monte et le ballet incessant de ses machines ; l’on entend hurler les sirènes qui annoncent les bruits de tonnerre et les détonations qui explosent les pierres et la terre ; et l’on sent son tremblement.

A environ 300 mètres de la communauté, deux ensecadeiras (zones d’assèchement de la rivière) barrent la rivière Xingu, changeant la couleur de son eau stagnante en marron. La végétation qui protégeait les berges de la rivière a été arrachée, ne laissant qu'une grande parcelle dénudée de terre retournée.

Ces actes de violence brutale à l'égard du fleuve, de la végétation et des populations qui vivent sur ses rives, ont été dénoncés lors des assemblées de rencontre ainsi que lors d’une audience publique réalisée à l’Université Fédérale du Pará – à laquelle l’entreprise Norte Energia était invitée mais n’a même pas daignée se présenter. Le 15 juin, des habitants de Santo Antônio ont alors réalisé une marche de protestation à Altamira. Les participants ont libéré un tronçon du Xingu en occupant une des ensecadeiras et en permettant au fleuve de se libérer.

La rencontre s’est terminée le 16 après une marche le long de la Transamazônica.

Le Xingu +23 a réuni un nombre significatif de représentants des communautés locales, indigènes et de personnes solidaires. La libération du fleuve a été pour tous une action à la signification énorme et elle a prouvé que tout est possible. Belo Monte n’est pas invincible, et l’union des forces peut effacer cette tache de la carte d’Amazonie. Il devient surtout possible d’éviter dans la région d’autres projets désastreux d’usines hydroélectriques, mission urgente qui ne peut pas attendre.  

Nous, les participants et personnes solidaires du Xingu +23, appelons les pays et tous les représentants des pays qui seront à la conférence des Nations Unies sur le développement durable au Rio +20 à regarder en direction de l’Amazonie afin d’éviter le crime commis au coeur de la région par le gouvernement brésilien avec le barrage hydroélectrique de Belo Monte. Nous affirmons que, après 23 ans de résistance contre le barrage du Xingu, il n'y aura ni affaiblissement ni trève dans la lutte pour la vie du fleuve et pour le droit de ses peuples.

Vila de Santo Antônio, 16 de junho de 2012

© amazonia.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Les actions le long de la rivière Xingu :

Environ 300 indigènes et activistes ont protesté le vendredi 15 juin contre la construction de l’usine hydroélectrique de Belo Monte, à Altamira, Etat du Pará, Amazonie. La manifestation s’est déroulée dans une zone connue sous le nom d’ensecadeira, une sorte de barrage de terre érigé sur la rivière Xingu par le Consortium de Construction de Belo Monte (CCBM).

© amazonia.org

Les 300 manifestants ont participé à une première action de délimitation du terrain déboisé le long de la rivière Xingu. Ils ont ensuite commencé à planter 500 pousses de palmiers açaï, acte de récupération symbolique de la zone de préservation permanente (Área de Preservação Permanente) détruite par le chantier, ainsi qu’une barrière de protection contre d’éventuelles actions de répression policière ou de milices privées de Norte Energia.

© amazonia.org

Des indigènes et des activistes du mouvement OcupaSampa et OcupaBelém ont commencé à ouvrir des tranchées pour retrouver l’ancien cours de la rivière. Ils ont ouvert un canal à l'aide de pioches dans la zone d’assèchement afin de permettre à la rivière de s’écouler le long du chantier encore incomplet. Ils ont aussi déposé des croix et des équipements agricoles comme des houes et des pelles pour symboliser le mécontentement des communautés indigènes et riveraines de la région  avec la construction de l’usine.

 

 

 

 

 

sources :
http://www.xinguvivo.org.br/2012/06/17/declaracao-final-do-xingu-23/
http://www.xinguvivo.org.br/x23/
http://amazonia.org.br/2012/06/xingu-23-15-06-liberando-o-xingu/
http://www.quidnovi.com.br/novo/noticia/detalhe.asp?c=11560&t=P

Voir un précédent article sur les barrages de GDF SUEZ en Amazonie :

http://blogs.mediapart.fr/blog/bob-92-zinn/260412/barrages-hydroelectriques-de-santo-antonio-et-de-jirau-les-peuples-indi

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