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Travail, richesse et socialisation - une conférence Utopia

logo_utopia08_couleur_grand.jpgConférence
Travail, richesse et socialisation
 

par Dominique MEDA, philosophe
avec Bernard Marx et Jean-Pierre Dupuy.

 

Depuis 2005, UTOPIA , mouvement politique écologique, socialiste et altermondialiste, organise un cycle de conférences mensuelles dont le principe est de faire réagir un politique ou syndicaliste aux propos d'un chercheur.

Le 14 mars 2006, Dominique MEDA, est partie d'une remise en cause du PIB comme outil d'évaluation de la richesse produite. Elle critique ensuite l'assimilation de la richesse à la simple production de biens matériels. D'autres indicateurs, déjà existants, fourniront une meilleure visibilité aux gouvernements pour piloter leurs politiques.

 


 

Pour vous tenir informés du programme des conférences de l'année, rendez vous sur le site des conférences d'UTOPIA

 

 Pour aller plus loin, le texte de Dominique Méda.

 

 

Téléchargez la conférence en fichier audio mp3: clic droit sur le lien et "Enregistrer le fichier cible sur votre disque dur"

 

Résumé de la conférence
Lors de la conférence Travail, richesse et socialisation, la sociologue Dominique Méda interroge l'association systématique du concept de richesse à celui de production, association qui, par extension, réduit la richesse au taux de croissance. Elle rappelle que cette dualité richesse / production a été construite au XIXeme, sous l'influence des
économistes Thomas Malthus et Jean Baptiste Say, soucieux de faire reconnaître l'économie comme une science positive. Pour apprécier la richesse d'une nation, ils préconisent de recourir à des données vérifiables, cad de mesurer la diminution ou l'accroissement des biens matériels. Cette definition, totalement réductrice, exclut notamment du calcul les biens immatériels qui pourtant contribuaient au développement bonheur des sociétés du XIXe siècle (recherches scientifiques, théatre, littérature).


La comptabilité nationale des nations industrialisées, en se focalisant sur la production, retiendra un agrégat peu éloigné de ce concept retient ce concept, qui fait le lien entre richesse d'une société et production marchande, tandis qu'en parallèle, l'économie marginaliste transforme profondément le concept d'utilité : définie comme « la faculté qu'ont certaines choses de satisfaire les besoins des hommes », l'utilité s'applique désormais à tout bien capable de satisfaire le désir d'un seul. Enfin, la philosophie marxiste consolide l'assimilation de la richesse à la production. En transformant
l'environnement naturel de l'homme, la production est concue comme un acte spirituel, une humanisation de la nature.


D. Méda conteste la pertinence de cette définition de la richesse, toujours présente sous la forme de l'indice PIB (Produit Intérieur Brut) . Cet outil central de mesure de la richesse au XXeme siècle n'est, selon elle, plus adapté à la réalité économique et sociale des sociétés contemporaines, qu'elles soient développées ou en
développement.

  • Le PIB : un indice anachronique. Le PIB est contestable parce qu'il apporte une vision biaisée du développement des sociétéséconomique d'un territoire. Premièrement, il ne valorise pas dles activités indispensables à la survie des sociétés dites de « loisirs et ménagères», essentielles au maintien et à la survie d'une société, ainsi qu'et au bonheur des individus (temps avec les proches, temps domestique, temps politique...) . La non intégration de ces activités à la mesure de la richesse revient à les considérer comme totalement improductives donc ayant une valeur nulle. Par ailleurs, le Pib n'est pas affceté par les inégalités dans la participation à la production ou la consommatione mesure pas la redistribution de la production entre les membre de la société, Il ne fournit donc pas d'indications sur la décohésion sociale. Enfin, il ne montre pas les dégradations que l'activité économique peut opérer sur l'environnement naturel et sur l'organisation sociale d'une société.
  • Pour estimer la richesse d'une société donnée, D. Méda préconise de recenser le patrimoine collectif (naturel et social) «dont nous héritons» et d'en observer l'évolution. Le patrimoine social est constitué notamment de l'état de santé des personnes, de l'état de nos relations sociales, de notre niveau d'éducation, etc.... Il devrait faire l'objet de la même vigilance que celle accordée au patrimoine naturel et éecologique, car le productivisme l'affecte au même titre que l'environnement. Le PIB n'est qu'une somme de valeurs ajoutées. Il n'explique pas comment ce capital collectif a été utilisé, amélioré, ou détruit pour permettre cette production, comptée au final, comme un enrichissement.

   Il faut donc trouver des indicateurs qui donnent à voir les dégradations opérées sur le capital collectif, mais aussi les dividendes qu'on pourrait obtenir en investissant dans le social.
Ces indicateurs alternatifs existent. Déjà popularisés aux USA et au Canada, ils constituent, selon DM, une alternative plus crédible. Parmi les indicateurs qui ont retenus son attention, on trouve l'indicateur de développement humain (IDH), l'Indice de Santé Sociale (ISH) et l'Indice de bien être économique, qui intègrent de nouvelles données pour évaluer la richesse d'une société. L'indice de bien être économique, par exemple, mesure la richesse d'une société en se fondant sur 4 composantes : la consommation, le stock de richesse (sont ils entamés ou pas ?), l'égalité (taux de pauvreté et repartition des revenus), la sécurité économique (comment les risques encourus par les personnes ont ils été pris en charge?). L'indice de progrès véritable correspond, lui, plutot à un PIB corrigé.    Alors que la courbe du PIB est en augmentation, les indices alternatifs sont toujours soit stables, soit déclinants.
Critiques : Les institutions économiques internationales contestent la légitimité des indices alternatifs, basés sur des critères qualifiés d'arbitraires. D. Meda précise que ces critères ont déjà fait l'objet de discussions au sein de forums démocratiques. En conclusion, D. Meda estime qu'il faut continuer à developper et à définir des indicateurs alternatifs au PIB, en mettant en évidence les couts évités.
   Bernard Marx, membre de Confrontations Europes, s'associe à DM, pour dire que le productivisme et le consumérisme nous font courir le risque d'une d'épuisement planétaire, sans mieux être social.
   Néanmoins, il estime que la mesure de la croissance des richesses par le PIB est utile et nécessaire. Le PIB est un indicateur de la vie dans le monde tel qu'il est. Le ralentissement de la croissance en France illustre ses difficultés à se positionner dans le monde actuel.
Il déplore que l'économie ne soit plus au coeur du débat politique, devenant « l'affaire de ceux qui possédent [alors que] le social est l'affaire de ceux qui protestent. ».
Il note la tendance, assez négative, de la gauche à rendre le marché responsable d'une mauvaise redistribution des richesses. Certes, le marché est incapable d'intégrer d'autres valeurs que la rentabilité pour construire de la richesse, cependant, en France la dépense publique manque d'efficacité.
La mesure de la richesse est aussi liée, au niveau micro économique, à la comptabilité d' entreprise. Or, cette activité fait l'objet d'une réforme internationale, fondée sur la vision unilatérale qu'ont les actionnaires. L'entreprise n'est plus une communauté de travail, elle se réduit à un paquet d'actifs, qui se valorise comme capital. Tout est capital, tout est capitalisable.
Pour construire une cohérence nouvelle, Bernard Marx considère qu'il faudra proposer une vision nouvelle de l'entreprise et de sa gouvernance.

   Jean Pierre Dupuy, philosophe, s'intéresse au rapport entre philosophie et économie.
Il ajoute une quatrième réponse à l'analyse de DM sur le rapport entre société et production. Il rappelle que le père fondateur de l'économie, Adam Smith, définit la richesse comme ce qui est désiré par les autres. Et pour JPD, cette obsession de l'argent, de la production, de la consommation ne mesure absolument pas le bonheur mais plutot le malheur.
   Contrairement à Dominique Méda, il considère que la recherche d'un indicateur alternatif au PIB n'est ni utile, ni nécessaire, voire même irréalisable.
   La création d'un tel indicateur risquerait de faire basculer la réflexion du coté du scientisme. Cet indicateur serait insuffisant pour rendre compte d'un concept aussi complexe, que la richesse, dont les composantes sont duales (Travail/Emploi). Enfin, trouver l'indicateur adéquat reviendrait à fonder  l'indicateur du bonheur, en vu de le faire croitre indéfiniment. Or, ce qui fait l'homme c'est la contradiction permanente entre le respect des normes absolues (obligation ou devoir) et le consequentialisme (une action moralement juste est une action dont les conséquences sont bonnes).

    Avec cet indicateur « du bonheur », toutes les décisions seraient subordonnées à leurs conséquences, en sacrifiant si nécessaire le respect de normes absolues.




[1]   http://www.cee-recherche.fr/fr/fiches_chercheurs/dominique_meda.htm

[2]   Le PIB est la valeur totale de laproduction interne de bienset services dans un pays donné au cours d'une année donnée par les agents résidant àl'intérieur du territoire national (Source Wikipédia)

[3]   le PIB est égal à la somme desemplois des comptes d'exploitation des secteurs institutionnels : rémunérationdes salariés, impôtssur la production et les importations moins les subventions, excédent brutd'exploitation et revenumixte. (Source Insee)

[4]   Temps passé avec les proches ,temps consacré à la politique, à l'investissement collectif

[5]   Une entreprise qui recourt à de la main d'oeuvre précaire, pour gagner en
productivité, va affecter le petitcapital social de ses salariés(niveau
de santé, de formation, d'éducation)

Tous les commentaires

je commente à chaud en ayant vu pour l'instant que la partie de dominique meda et que la réponse écrite de Jp Dupuis. Je trouve effectivement un peu dommage de vouloir répondre au problème actuel par une calcul utilitaire du bonheur et donc répondre à la crise systémique d'un système par les même prémisses qui l'on mit en place. Dominique meda le dit elle même le calcul serait assez difficile. Mais bon on peut penser que c'est la politique pragmatique du moins pire inspirer par ceux qui sont dans le cérail et qui donc doivent en savoir un peu plus que nous. C'est pour ça que j'apprécie la réponse de Dupuy qui va un peu à contre courant.

Je suis tomber sur cette vidéo alors que je lisais Tarde: La logique sociale : il nous montre selon lui pourquoi les économistes se trompent et pourquoi à mon avis la réponse de Dupuy est pertinente:

"Toutes les fois, donc, qu'un économiste emploie, comme il y est bien forcé, ces expressions usuelles de resserrement ou d'extension du crédit, de progrès du bien-être et de l'activité, etc., ou il parle pour ne rien dire, ou il affirme implicitement que ces diverses collections ou amas des choses en apparence les plus hétérogènes (le travail, amas d'efforts musculaires ou intellectuels des plus variés ; le capital, amas d'approvisionnements de toutes sortes ; le crédit, groupe d'actes de foi, etc.), sont au fond des sommes de choses homogènes et comparables qu'il s'agit de dégager. Là est la difficulté : Quelles sont ces choses ? On a répondu jusqu'ici : les degrés de peine ou de jouissance qui accompagnent les états d'esprit multiformes groupés de la sorte. Telle est l'analyse incomplète des utilitaires. Méconnaissant absolument l'élément intellectuel et judiciaire, qui paraît cependant à fleur de terre dans le crédit ; et s'obstinant à ne voir dans la sécurité qu'un avantage réductible en agréments, dans l'effort qu'une douleur plus ou moins vive, plus ou moins prolongée, ils ont cru résumer en ces deux mots : peine et jouissance, l'alpha et l'oméga, la cause et la fin de l'économie politique. L'idéal, ce serait de se procurer, avec un minimum de peine, un maximum de jouissance.

Mutilation énorme qui, loin de rien éclaircir, embrouille tout. Car dans les peines et les jouissances, toutes sui generis, le caractère qualificatif, non mesurable, est ce qui domine.

 

j'essaye en ce moment de voir le lien entre Tarde et les anti-utilitaristes, le rapprochement avec Jean Pierre Dupuy n'est pas forcé si je ne m'abuse. 

Ce que je trouvais aussi très regrettable dans la conclusion de Dominique meda c'est bien sûr le fait qu'elle rejette catégoriquement l'idée de décroissance et abonde dans le sens du développement durable sans donner plus d'explication sur ce choix et qu'une fois posé ce précepte elle finisse par dire essayons simplement de trouver des indicateurs meilleurs que le PIB. Pas étonnant qu'elle soit un peu pessimiste sur l'avenir... Pareil sur ce sujet il me semble que le M.A.U.S.S discute avec Serge Latouche sur les notion d'après développement et de décroissance: il faudrait décoloniser nos esprits sur la question nous dit-il.

après visionnage complet de la vidéo, les inquiétudes par rapport à Dominique Meda s'estompent un peu (au moins  a t-elle des doutes), celles consernant Bernard Marx grandissent et une autre apparait: le débat sur la décroissance n'en est que là: "qu'en est t'il des transitions, que proposez-vous???" Il va donc falloir des militants et j'en serais, me dis-je de plus en plus...

la solution n'est pourtant pas bien compliquée: remettre l'économie à sa place. l'économie est la bonne gestion de la maison: la maison est un espace fini, et l'économie vise une gestion éthique et humaine (logique c'est une science humaine et sociale) de cette maison. L'économisme c'est quand une sociologue à du mal à se sortir de la pensée dominante de l'économie utilitariste. l'illustration est dans cette vidéo.

Imaginer les transitions et surtout les mettre en place c'est ce que fait tout un pan de l'économie dite "sociale et solidaire"  (qui replace l'homme dans sa maison au centre de sa gestion). Ce secteur est à mon avis en train de se structurer sérieusement (poids économique, effet de la crise (des crises), poids politiques et institutions, "poids des mots"(débat intellectuel), ce qui veut dire qu'il y a une voie (parmis d'autre) de transition qui s'ouvre (et qui a été ouverte depuis fort longtemps, repensons à la Commune de Paris)

bonjour

si l'économie EST ce que vous décrivez " remettre l'économie ....cette maison". je crains que vous n'ayez pas vraiment  pris en compte les discours universitaires des économistes du siècle précédent!!! Certes Hayek et Friedman ne sont que des penseurs, mais dont la vision a pris forme dans nos sociétés actuelles...et la plupart des économistes universitaires  (qui sont systématiquement recyclés par le système) partent de l'idée que le "pecum vulgus" n'est là que pour consommer!!!.......du coup les sociologues ne peuvent que constater les dégats, ce qui ne change rien aux comportements moyen des êtres vivants , dirigés par les médias pour les neurones disponibles, et du coup, cela  rend votre structuration souhaitée, nulle et non avenue (suffit de voir le rôle des syndicats dans une période ô combien géniale pour eux à priori)!!!!

chris 

j'espère que c'est ironique...

Bonjour.

 

Pour répondre à Moé: cette conférence date de 2006! Dominique Méda a bien évolué depuis, notamment avec le FAIR, un groupe d'économistes qui réfléchissent (bien avant Sarkozy, et pas avec les mêmes bases théoriques...) à d'autres indicateurs de richesse. La référence de leur site est dans le résumé de la conférence en-dessous de la vidéo.

 

La décroissance est un mot-obus, comme le dit Paul Ariès, c'est un mot pour interpeller, mais la réflexion commence après. La vraie question est: décroissance de quoi? Croissance de quoi?

 Et on commence à rentrer dans la complexité du réel. Ceci dit, et sans vouloir être exagérément outrecuidant, si ces questions vous intéressent, je vous suggère fortement de venir nous voir à Utopia...

 

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