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La santé des femmes en danger

Seulement 30 postes de gynécologues sont ouverts à l'internat de médecine cette année. Trop peu pour assurer le remplacement des praticiens partant en retraite, trop peu pour permettre à toutes les femmes d'être correctement suivies, écrit Noëlle Mennecier, du Comité de défense de la gynécologie médicale, qui sera reçu lundi 8 octobre au ministère de la santé.

 


 

Le Comité de défense de la gynécologie médicale est reçu au ministère de la Santé lundi 8 octobre. Il entend faire part au ministère de son extrême inquiétude quant à la santé des femmes et lui demander précisément ce qu’il compte faire.

Il est en effet d’une extrême urgence de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir l’existence et le développement d’une spécialité aujourd’hui en grand danger : la gynécologie médicale. Spécificité française, elle a valu à notre pays des résultats remarquables en matière d’espérance de vie des femmes, en particulier à partir d’un dépistage précoce des cancers féminins, d’une utilisation individualisée des contraceptifs, d’un suivi de qualité.

Ainsi, en vingt ans, le nombre de cancers du col de l’utérus a-t-il pu être divisé par 4, et la mortalité réduite de moitié. Les femmes de 50 ans sont en France 6,7 % à avoir subi une hystérectomie, contre 40 % aux Etats-Unis, et 20 à 30 % dans les autres pays d’Europe.
La France peut se prévaloir d’une baisse de la mortalité pour le cancer du sein et d’une des meilleures survie à 5 ans d’Europe : 84%.

En 2003, après 17 années de suppression de la spécialité, les femmes et les gynécologues, avec le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM), grâce à une exceptionnelle mobilisation de plusieurs années (plus de 3 millions de signatures et 3 manifestations nationales), obtenaient, avec la création du diplôme, le rétablissement de la spécialité de gynécologie médicale.

De nouvelles possibilités étaient ainsi ouvertes pour l’amélioration de la santé des femmes, notamment pour faire encore reculer le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus, et garantir le droit à toutes les femmes d’accéder à cette spécialité vitale pour leur santé.

Or le nombre dérisoire de gynécologues médicaux formés depuis n’a pas réussi à inverser la courbe descendante des effectifs due à la très longue interruption de la formation.

Et aujourd’hui, selon l’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé (rapport de février 2011), les effectifs actuels ne permettent plus qu’à un quart des femmes en âge de consulter d’avoir accès à leur spécialiste.

Si cette constatation se suffit à elle-même, précisons que, par exemple, selon les atlas régionaux 2011 du Conseil national de l’ordre des médecins :

  • 43 gynécologues médicaux exercent dans la région Auvergne. 33% sont âgés de plus de 60 ans. La densité moyenne est de 0,5 gynécologue pour 5000 femmes en âge de consulter. 76 bassins de vie ne recensent AUCUN gynécologue.

  • 187 gynécologues médicaux exercent en Bretagne. 110 bassins de vie ne recensent AUCUN gynécologue. 33% des gynécologues en exercice ont plus de 60 ans.

  • 875 gynécologues exercent en Ile de France, soit une moyenne de 0,8 pour 5000 femmes. Près de la moitié (48%) vont, en raison de leur âge, partir dans les 5 ans.

Et les autres résultats sont du même ordre.

Alors que nous étions persuadées que notre message avait été entendu par les représentants de la nouvelle majorité parlementaire, nous avons été extrêmement déçues d’apprendre que le nombre de postes d’internes n’était pas augmenté pour cette rentrée. 30 postes seulement ouverts pour la gynécologie médicale, aussi peu qu’en 2011 ! (Rappelons que jusqu’à 1986 il en était ouvert 130 par an…)

Ce faible nombre est loin de permettre le simple remplacement des gynécologues médicaux qui partent à la retraite, et cela alors que la population augmente.

La possibilité pour les femmes de confier leur suivi gynécologique au spécialiste formé pour cela est ainsi remise en cause, et avec elle la prévention.

Les femmes de ce pays, et elles sont aujourd’hui près de 30 millions en âge de consulter, devraient-elles donc, si les pouvoirs publics ne prennent pas la décision d’augmenter le nombre d’internes, s’habituer à ne plus trouver de gynécologue médical ?

Outre la difficulté pour elles, croissante aujourd’hui, de consulter régulièrement un gynécologue médical, ce qui se traduit par d’inévitables retards de diagnostic qui peuvent être lourds de conséquences, la situation est particulièrement dangereuse pour la jeune génération, qui dans sa grande majorité ne peut avoir accès à ce spécialiste.

Les témoignages recueillis par le CDGM auprès des jeunes filles indiquent, comme de récentes enquêtes, que, pour beaucoup d’entre elles, la difficulté à prendre rendez-vous avec le gynécologue évolue vers un abandon pur et simple du modèle transmis par leurs mères de l’indispensable suivi gynécologique. Evidemment, c’est plus tard que nous risquons, malheureusement, d’en lire la traduction dans les résultats de santé publique.

Il faut bien dire que cette situation, inimaginable dans les années 1980, à laquelle vient s’ajouter l’insuffisance criante du nombre de médecins et d’infirmières scolaires, prépare des drames qui pourraient être évités.

Alors est-il possible, est-il seulement concevable qu’on décide pour les jeunes générations qu’elles devront se passer de la gynécologie médicale ? Et c’est pourtant ce qui menace si les pouvoirs publics ne décident pas d’un signal fort : la progression réelle et sérieuse du nombre de postes.

Nous sommes arrivés à un point critique.

Pour le CDGM, ces simples constatations devraient inciter les pouvoirs publics à opérer le tournant indispensable dans la formation de nouveaux gynécologues médicaux. Il s’agit de la santé, de la vie de millions de femmes.

Dr Marie-Annick Rouméas, Claude Groussin, Noëlle Mennecier, Marie Stagliano,
Coprésidentes du Comité de Défense de la Gynécologie médicale.



 

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