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Article d'édition

Ma pilule, ma bataille

« Notre corps nous appartient, et pour cela, l’information doit nous appartenir », rappelle vigoureusment Véronique Dubarry, adjointe (EELV) au maire de Paris, qui après « beaucoup de battage, beaucoup d’alarmisme » se demande « comment savoir, moi, femme, usagère, de quelle génération est la pilule qui m’a été prescrite par mon/ma gynéco ? Quels risques courent ma fille, moi, ma nièce, ma sœur ?»


 

Ça m’énerve, ça m’énerve… Ce matin, il a fallu que j’aille chercher dans les affaires de ma fille aînée (en vacances !) pour vérifier quelle pilule elle prend. Que j’aille ensuite à la recherche des renseignements (sur internet) pour comprendre de quelle génération est cette pilule. Si j’ai dû faire ça, c’est parce que ni dans les journaux, papiers ou télévisés, ni à la radio, il n’a été expliqué vraiment quelles pilules posent problèmes. Comment savoir, moi, femme, usagère, de quelle génération est la pilule qui m’a été prescrite par mon/ma gynéco ? Comment savoir quels risques courent ma fille, moi, ma nièce, ma sœur ? Comment savoir quelles sont les molécules soupçonnées de faire courir des risques aux femmes ?

Beaucoup de battage, beaucoup d’alarmisme, mais aucune information de nature à rassurer les femmes et surtout à les renseigner vraiment… Des « informations » qui n’en sont pas.

Toujours pareil, enfin, souvent pareil : la santé et la contraception des femmes traitées par-dessus la jambe. Parce que ce tapage fait courir un autre risque, pointé par le Planning familial, celui du désamour de la pilule. Avec tous les autres dangers qu'il entraîne. Pour les jeunes filles principalement mais aussi pour toutes les femmes. En effet, la gamine qui va pour la première fois chez un gynéco (au mieux) ou chez un généraliste pour demander la pilule a des questions « de base » : je ne veux pas tomber enceinte, je ne veux pas grossir, je ne veux plus de boutons. Ensuite, comment croire que le gynécologue ou le médecin va vraiment la renseigner sur les différents produits, lui poser des tableaux cliniques et comparatifs ? Personnellement, jusqu’à cette affaire, je ne savais même pas quelle molécule j’avalais tous les matins depuis plus de … beaucoup d’années ! Sauf si elle est tombée sur un(e) gynécologue particulièrement pédagogue (dans mon expérience, une sur cinq ou six), l'adolescente sortira du cabinet médical avec une ordonnance et ne saura que peu de chose sur ce qu’elle va ingérer, elle saura juste ce que ça va lui coûter… En revanche, elle va écouter la radio, regarder la télévision et se dira qu’il vaut mieux arrêter de la prendre, dans le doute.

Un de ces derniers matins, dans une émission de radio, un journaliste se posait la question de savoir si c’était le rôle de la presse généraliste de poser des questions aussi scientifiques. Quelle rigolade ! Si les médias ne font pas ce boulot, qui le fera ? Pourquoi tant de scientifiques se déplacent pour expliquer qu’il n’y a pas de changement climatique, qu’il y a de la vie sur Mars et pas pour expliquer le fonctionnement des molécules contraceptives ? Pourquoi seulement des avocats et pas, a priori, des médecins, pour expliquer de quoi il s’agit vraiment dans le cas de ces pilules mais plus largement l’intérêt de la contraception orale ?

La contraception des femmes, et singulièrement des plus jeunes, est un enjeu de santé et un enjeu sociétal. Ces enjeux ne peuvent pas faire la Une seulement lors de scandales sanitaires, ils doivent être sans arrêt travaillés, explicités, présents dans la vie quotidienne, de toutes les femmes et de tous les hommes… Les campagnes de prévention et d’informations doivent être plus fréquentes, les lieux d’explications doivent être partout (collèges, lycées…), les associations qui font ce travail d’informations doivent être plus soutenues. Et ne pas oublier dans ces campagnes d’informations, l’ensemble des professionnels qui auront à jouer un rôle dans ces enjeux. Leurs méconnaissances, leurs mal-connaissance sont aussi un facteur de risques pour les femmes. Lorsque Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, a, il y a quelques années, fait distribuer gratuitement un kit contraceptif, elle s’était fait hurler dessus… C’est pourtant aussi ces initiatives qu’il faut démultiplier pour que la santé des femmes soit vraiment prise au sérieux. Leur contraception en fait partie. Notre corps nous appartient, et pour cela, l’information doit nous appartenir : les parties de jambes en l’air, ça ne se traite pas par-dessus la jambe !

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