Contre le sans-abrisme, passons à l’acte
Karima Delli, députée européenne Europe Ecologie-Les Verts, se félicite de la résolution prise par le Parlement européen pour lutter contre le mal-logement, «une première dans l'histoire». Au Conseil et à la Commission de transformer l'essai.
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Mettre fin au sans-abrisme, c'est possible! C'est le message qu'a délivré le Parlement européen mercredi 14 septembre, à travers le vote d’une résolution engageant la Commission européenne et les Etats membres à mettre en place une stratégie européenne pour mettre fin au sans-abrisme d’ici 2020.
Cette stratégie constitue une première dans l'histoire de l’Union européenne, qui vient couronner plusieurs années de travail des organisations travaillant avec les sans-abris en partenariat avec les différentes institutions européennes. Elle est articulée autour de cinq lignes directrices : la prévention du sans-abrisme, la réduction de sa durée, la concentration des efforts sur les formes les plus graves, l’amélioration de la qualité des services destinés aux sans-abris, et l’offre de logements abordables.
L'absence d’un «chez-soi» constitue une violation grave des droits fondamentaux et de la dignité humaine. C'est la forme la plus visible et la plus triste du mal-logement, c'est surtout une injustice inacceptable. Il est essentiel de comprendre pourquoi des personnes se retrouvent à la rue, afin de mettre en place de véritables politiques préventives, par exemple en stoppant les expulsions locatives. L'image du «clochard bohême» a vécu. La réalité est plus complexe, et bien plus dure. Aujourd'hui, ce sont de plus en plus de jeunes, de familles, notamment des migrants, et même des travailleurs pauvres, qui n'ont pas de toit. Les formes du sans-abrisme sont aussi multiples: il y a certes ceux que l'on voit dormir par terre, dans la rue, l'hiver sous des cartons ou dans des tentes dans les parcs publics. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg: des millions de personnes vivent dans des foyers d'hébergement d'urgence, dans des logements temporaires, chez des amis ou de la famille, dorment dans leur voiture ou dans des hôtels insalubres.
Dès lors, on le voit bien, cette stratégie doit couvrir l'ensemble des domaines politiques concernés : le logement, mais aussi la prise en compte de l'évolution des profils des personnes concernées, notamment due à l'impact de la migration. Elle doit ensuite être coordonnée, avec des stratégies nationales et régionales, avec un point régulier sur les résultats obtenus au regard d'indicateurs définis conjointement au niveau européen. Il faut mettre l'accent sur l'innovation sociale, en particulier sur les approches dirigées vers le logement comme première étape d'une démarche de réinsertion sociale. Enfin, des financements adéquats doivent être assurés, tant au niveau européen (notamment dans le cadre de la réforme des fonds structurels) qu'au niveau national, dans le cadre des plans d'action nationaux de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Le chemin à accomplir est encore long.
Le Parlement européen a fait un pas décisif, mais il faut maintenant que le Conseil et la Commission européenne contraignent rapidement les Etats membres à appliquer cette résolution. La pression constante des organisations non gouvernementales et des associations peine cependant à faire en sorte que les politiques prennent leur responsabilité. Ainsi, malgré les annonces cosmétiques du Secrétaire d’Etat au logement, la France semble ne pas avoir pris la mesure des tâches à accomplir.
Au-delà des mots, il faut maintenant des actes. C’est une question de volonté politique. Le sans-abrisme n’est pas une fatalité.
N’attendons pas l’hiver pour nous souvenir que des gens dorment dans la rue!
