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Indépendance de l'AFP: appel aux parlementaires

Alors que le conseil d'administration de l'agence, réuni la semaine dernière, est resté sourd à la motion de défiance du personnel contre le PDG, Patrick Filleux et Dominique Ferrandini, du Syndicat autonome des journalistes de l'AFP (SAJ-Unsa), en appellent aujourd'hui aux élus.

 

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pave.jpgBis repetita placent… Après l'échec en juin dernier –grâce à la levée de boucliers du personnel – de la mise sur le rail législatif d'un projet de loi visant à placer de facto l'Agence France-Presse sous tutelle de l'Etat, le pouvoir exécutif sortant revient à la charge, à visage découvert cette fois, pour s'assurer le contrôle, à quelques mois de la présidentielle et des législatives, de la première source d'informations générales en France et la troisième dans le monde.

Nul besoin, pour le lectorat de Mediapart, d'énumérer ici la litanie des attaques du pouvoir sarkozyste contre la liberté et l'indépendance de la presse au pays de Voltaire.

Mais, dans ce domaine central des libertés publiques, l'AFP est et reste la principale épine dans le pied du locataire de l'Elysée, protégée qu'elle est par son statut-constitution voté par le législateur en 1957, dont l'article 2 fixe clairement et définitivement le cœur de son éthique et sa condition même d'existence:

«L'Agence France-Presse ne peut en aucune circonstance tenir compte d'influences ou de considérations de nature à compromettre l'exactitude ou l'objectivité de l'information; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d'un groupement idéologique, politique ou économique.»

 

Depuis 2005, on ne compte plus les pressions, menaces, mises en garde du chef de l'exécutif – publiquement, dans la coulisse ou via ses hommes de main – à l'encontre de l'Agence, jamais satisfait du traitement réservé dans les dépêches à son parti, l'UMP, ou à sa personne.

«L'AFP, je m'en occuperai personnellement, le moment venu», avait-il cru bon de claironner en petit comité, quelques mois après son élection et à la suite d'une première et violente escarmouche où s'était distingué son ancien aboyeur, Frédéric Lefebvre.

La première charge – sous forme de Blitzkrieg – fut sonnée en mai dernier par le dépôt surprise, au Sénat, d'une proposition de projet de loi (PPL) de réforme du statut de 1957, signée par l'obscur sénateur UMP du Nord, Jacques Legendre.

Sous le titre «Offensive sarkozyste contre l'indépendance de l'AFP», nous en avions fait état ici le 27 mai, démontrant combien ce texte de réforme constituait, au niveau de la gouvernance de l'Agence et de ses relations financières avec l'Etat, un vrai torpillage de son indépendance, donc de la crédibilité de ses informations face à ses deux concurrentes mondiales et anglo-saxonnes, l'étatsunienne Associated Press (AP) et la britannique Reuter's.

Quel était le prétexte invoqué pour justifier cette soudaine urgence de réforme avant les vacances d'été?

Une plainte déposée en février 2010 auprès de la Commission de Bruxelles par la petite agence allemande DAPD, qui dénonçait dans la «convention d'abonnements» entre l'AFP et les services de l'Etat (ministères, ambassades, préfectures…) une pseudo «aide financière illégale et déguisée».

Cette plainte – sans précédent depuis l'adoption des textes européens sur la concurrence – était restée lettre morte depuis 18 mois.

Mais au mois de juin, et après un fort mouvement social place de la Bourse, les sénateurs refusaient d'inscrire la PPL de M. Legendre à l'ordre du jour de la fin de leur session ordinaire, interdisant du même coup qu'elle fut examinée en octobre prochain, à la reprise de la session ordinaire, comme la loi le stipule.

Exit donc – du moins d'un strict point de vue légal et législatif – la PPL Legendre !

Découverte du pot-aux-roses en août

Coup de tonnerre dans le ciel presque bleu du mois d'août: le Canard enchaîné révèlait l'existence d'un contrat conclu en juillet, entre le PDG de l'AFP, Emmanuel Hoog, et une officine de «lobbying» ou propagande sarkozyste, Media9, créée et dirigée depuis 2009 par un ancien porte-parole du président de la République et communiquant de l'UMP à l'international, Pierre-Jérôme Henin.

Contenu de ce contrat-mission confié au très proche du Château: rien moins que l'élaboration détaillée dans le temps et dans l'espace d'une vaste stratégie de communication – entre juillet 2011 et février 2012 – destinée à faire pression sur le législateur, l'opinion, le personnel de l'Agence, mais aussi Bruxelles, pour exhumer la fameuse PPL Legendre et la faire adopter coûte que coûte par le Parlement, trois mois avant la présidentielle et quatre mois avant les législatives.

La personnalité et le pedigree du sieur Henin prouvent et démontrent l'étroitesse du lien entre le projet de réforme mortifère signé Legendre et l'exécutif.

Du même coup, est également établie la «forfaiture» (par extension étymologique) dont s'est rendu coupable Emmanuel Hoog en «passant de fait sous le contrôle d'un groupe politique», grave infraction à l'article 2 du statut-loi de 1957 qui doit entraîner, selon l'article 15 du même statut, le limogeage du PDG de l'AFP, après saisine de son Conseil supérieur.

En dépit des vacances d'été, les syndicats de l'AFP se mobilisaient immédiatement contre cette nouvelle offensive contre l'indépendance de l'Agence.

Cette mobilisation fut d'autant plus rapide et consistante que le SAJ-UNSA rendait publics dans la foulée (sur Mediapart) les premiers documents de propagande préparés par Media9.

Les jours suivants, d'autres documents, incontestables et implacables, publiés par notre syndicat, démontrèrent que le sénateur Legendre, signataire de la PPL, n'était qu'un homme de paille et que le projet de réforme était bien «l'œuvre des services de l'Etat en collaboration avec ceux de l'AFP»!

Enfin, la soi-disant «urgence» de réforme du statut de 1957 de l'AFP, adossée à la plainte déposée à Bruxelles, s'est effondrée elle aussi, du fait même de la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne. Dans une lettre datée du 23 août (dont les plus hautes autorités françaises ignoraient l'existence), la Commission – prenant comme point de d'appui de ses investigations la plainte de l'agence allemande DAPD contre l'Etat français pour «aide illégale» à l'AFP (jamais démontrée, établie, avérée à ce jour) – décidait d'étendre son enquête à l'ensemble des 26 autres pays membres de l'Union européenne, leur enjoignant de détailler leurs relations financières avec leurs agences de presse respectives.

Autant dire que la plainte visant, à travers l'Etat français, l'Agence France-Presse, est désormais noyée au cœur d'une vaste investigation «continentale» dont les résultats incertains pourraient prendre des années.

Que reste-t-il de ce véritable «complot» ourdi dans les plus hautes sphères du pouvoir, pour mettre l'AFP sous tutelle de l'exécutif? Rien!

- La PPL n'est sur aucun rail légal ou législatif;

- La plainte à Bruxelles est tombée dans les abysses du temps.

Fort de toutes ces informations incontestables, le personnel de l'AFP dans le monde entier, a voté massivement à 88,33%, le 8 septembre, une motion de défiance contre le PDG de l'Agence, le mettant en demeure de «renoncer à promouvoir le projet de changement de statut proposé par le sénateur UMP Legendre, qui comporte de lourdes menaces pour la survie, l'indépendance et l'image de l'Agence dans le monde entier».

Dans toute société démocratique et après ces avalanches de preuves, la manœuvre politique éventée, les responsabilités de ses différents acteurs à l'intérieur et à l'extérieur de l'AFP formellement établies, la direction de l'entreprise aurait explosé en vol.

Que nenni!

Jeudi dernier 15 septembre, le Conseil d'administration de l'Agence (réuni pour la première fois depuis le… 27 janvier 2011), et qui – contrairement aux statuts – n'avait jamais été saisi de ce projet de réforme aux forceps, s'est résolument rangé aux côtés d'Emmanuel Hoog et n'a en aucun cas désavoué et rejeté cette PPL Legendre.

Dans un rare élan de mépris pour le personnel de l'AFP, il est resté sourd au résultat massif du vote de la motion de défiance.

Pire, il a lui aussi pris à son compte et de la plus grotesque manière, le faux prétexte de la plainte à Bruxelles pour la poursuite de l'entreprise de torpillage de l'indépendance de la troisième agence mondiale d'information.

Ce sont les deux administrateurs de l'Etat et courroies de transmission de l'exécutif, Laurence Franceschini, directrice générale des médias à Matignon et Bernard Valéro, directeur de la communication et porte-parole du ministère des Affaires étrangères, qui ont sonné la charge et donné le «la» de l'inique position du CA.

«AFP, bien commun des citoyens français», écrivions-nous ici en mars 2010, un mois avant l'arrivée et «en service commandé», de Hoog, place de la Bourse.

Le personnel de l'AFP, à lui seul, ne peut plus garantir à la nation l'existence et la perennité de l'Agence France-Presse et de ses missions d'intérêt général dans le cadre des libertés publiques.

Le Syndicat autonome des journalistes en appelle aux élus de la République pour qu'ils œuvrent publiquement et rapidement à la mise en échec de cette entreprise de destruction de la première source d'information – l'une des dernières indépendantes – de France, et troisième de rang mondial.

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