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Obama, le fauteuil roulant et le trottoir

Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative, revient sur une truculente mésaventure arrivée au président des États-Unis à bord de sa limousine, lors d'un déplacement en Irlande. (vidéo dans l'article).

 

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puceinvite.jpgDans le jargon des services spéciaux américains pourtant coutumiers des gadgets technologiques, on l'appelle «la Bête» (the Beast). Pneus indestructibles, blindages ultrasophistiqués avec des alliages inconnus, caméras à vision nocturne, multiples liaisons satellite avec le Pentagone et la Maison Blanche, compartiments intérieurs inviolables, réserves de sang et d'oxygène pour les occupants, de gaz lacrymogène et d'armes cachées pour ceux qui sont à l'extérieur, motorisation aussi secrète que le code de la bombe, le tout bien sûr au sein d'une immense colonne de véhicules divers: c'est la limousine du président américain.

Que reste-t-il d'humain au cœur d'un tel dispositif? L'ancienne muraille des châteaux forts était en comparaison une bien maigre séparation entre le prince et le vulgaire. On en pouvait douter de l'avenir démocratique de l'Occident, pris dans la tourmente d'une fracture sans cesse profonde entre citoyens. Jusqu'à ce que l'imprévu remette, pour un temps du moins, les choses à leur place. Une de ces petites choses auxquelles personne n'accorde d'attention ni d'intérêt. Une sorte de marche entre la rue et le parking intérieur. Qui plus est dans le bâtiment, censé être un sanctuaire de sécurité, de l'ambassade des Etats-Unis à Dublin.

Ce qui devait arriver arriva. Face à une foule enthousiaste, naturellement tenue à distance respectueuse et probablement surveillée de fort près, les limousines du convoi de l'homme le plus puissant au monde s'élancent dans la rue, l'une après l'autre. Vient le tour de la Bête. Les roues avant passent, s'engagent sur le trottoir. Las, celles à l'arrière, soulevées, tournent dans les airs, impuissantes. Confusion, panique des lunettes de soleil. Cris de la foule. Rien n'y fit. Un autobus dut s'interposer pour dissimuler aux yeux des citoyens la déconfiture présidentielle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La sécurité présidentielle, de toute évidence, comporte une faille majeure. Son armada de techniciens, qui vérifie, revérifie centimètre après centimètre, goudron, briques, arbres, égouts, qui transforme toute ville en camp militaire avant l'arrivée du Commandant en chef, n'a pas songé à avoir recours au détecteur ultime de périls cachés sur le chemin: le fauteuil roulant. Car en effet, ces experts, maîtres des technologies les plus évoluées, gardiens des plus grands mystères, ignorent ce que toute personne handicapée moteur sait, de par son expérience quotidienne des marches et trottoirs urbains.

Courage donc, cher Kareem Dale, toi le conseiller du président sur les questions de handicap que j'ai rencontré il y a deux ans durant mon séjour aux Etats-Unis. Comme tu le disais fort justement, la révolution du handicap reste encore à faire!

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