Le poche de Houellebecq
Le poche. Nulle envie de ma part de "faire les poches" de Michel Houellebecq. Ou d'aller fouiller dans sa poche.
Juste un clin d'oeil amusé au dernier billet de blog de Robert McLiam Wilson, Je blog, tu blogs, il/elle blog, nous..., s'interrogeant sur le "qui décide ?" des genres.
Et l'envie de citer un extrait d'Interventions 2 de Michel Houellebecq, son avant-dernier texte, J'ai lu toute ma vie, une "lettre d'amour" au Poche envoyée aux éditions J'ai lu à l'occasion de leur cinquante ans.
Houellebecq s'y livre à un hymne au livre, au monde dans et par le livre, raconte ses expériences de lecteur, ses premières découvertes et émotions, et son rapport, ensuite, d'écrivain aux bouquins. Sa lecture de Graziella, à dix ans, creuset d'un certain rappport à cette "fascinante saloperie, quand même, que la littérature". Explique que tout est, dans son rapport au livre, la faute non à Rousseau, à Voltaire... mais "un peu la faute de Lamartine".
Et il revient, longuement, sur sa passion des livres de poche, en particulier ceux de J'ai lu. Qui partout l'accompagnent. Supportent d'être pliés, relus, dont les pages ne se détachent pas de la reliure. Qui portent la trace de ses rapports au livre, que l'on peut emmener "partout, au café, à la cantine du lycée, dans le train", même quand on traverse l'Europe grâce à la carte Inter-Rail.
Devenu écrivain, un écrivain publié, auquel les romans ont "apporté gloire et fortune, relativement", Houellebecq reste fidèle au poche. Et il écrit ce paragraphe magistral, que j'avais envie de partager avec les lecteurs des Mains dans les Poches, qui pourrait lui servir d'exergue :
"Plus tard, après l'échec de mon mariage et de ma vie professionnelle, je me suis mis à écrire. J'ai commencé, plus précisément, à écrire des romans, qui ont été publiés, qui m'ont apporté gloire et fortune, relativement. Je me suis mis, du coup, à lire mes contemporains, j'ai découvert les éditions normales. Jamais pourtant je n'ai cessé de lire, ou de relire, en édition de poche, et ce fut pour moi une grande joie d'être publié en J'ai lu - je n'aurais évidemment pas refusé Folio ou Presses-Pocket si mon éditeur l'avait souhaité, mais, quand même, le moment où je me suis vu pour la première fois sous une couverture J'ai lu reste un des plus beaux moments de ma vie".
Jamais pourtant je n'ai cessé de lire, ou de relire, en édition de poche.
J'ai lu Houellebecq.





CM
Michel Houellebecq, Interventions 2, Flammarion, 286 p., 20 €.
