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Article d'édition

De la boxe, Joyce Carol Oates

Hemingway rêvait d'un concours du meilleur écrivain disputé aux poings. Le championnat n'est toujours pas répertorié dans les disciplines olympiques, mais la boxe inspire les écrivains, dont Joyce Carol Oates. Son fameux De la boxe, longtemps épuisé en France, reparaît aux éditions Tristram, dans leur nouvelle collection de poche «Souple». Plus que d’une reparution, parlons d’un inédit puisqu’il s’agit de la première traduction intégrale, par Anne Wicke, de cet essai paru en 1987 puis 1995 aux Etats-Unis.

La boxe, « sport terrible », est à l'image d'un « combat pour la survie », disait Rocky Graziano, ancien champion du monde des poids moyens cité par Joyce Carol Oates en ouverture de De la boxe. L'écrivain explore un « mystère » qui la fascine depuis son adolescence, « expérience émotionnelle impossible à formuler, primitive comme la naissance, la mort, l'amour physique ». A travers ce sport, c’est une part de sa vie que révèle l’auteure, le rapport à son père qui lui fait découvrir les combats dans les années 50, un spectacle qui « a touché quelque chose de très profond en moi. Il y a là un mystère que j’essaie de percer ».

« Aucun autre sujet n'est, pour l'écrivain, aussi intensément personnel que la boxe. Ecrire sur la boxe, c'est écrire sur soi-même — aussi elliptiquement et aussi involontairement que ce soit. »

Les pages qu’elle consacre à la boxe tiennent d’une étude théâtrale, ontologique : « la boxe est notre théâtre tragique. L’individu réduit à lui-même ». Il ne s’agit pas d’un sport comme les autres mais de la vie, dans sa violence, ses combats, sa beauté, en somme « une infernale métaphore littéraire. La vie est comme la boxe, sous bien des aspects dérangeants ». Nombreux sont les parallèles que tisse Oates entre la boxe et d'autres champs ou notions. Ce sport est pour elle, aussi, une « histoire de l’homme noir en Amérique » comme une étude des « limites de la civilisation », « ce qu'être "humain" veut dire, ou devrait vouloir dire ».

Dans cet essai, dont chaque chapitre trouve sa source dans la citation d'un champion de la discipline, Oates rappelle les bases (catégories de poids, coups). Elle dresse un historique de la discipline — des gladiateurs aux boxeurs actuels — mais aussi de sa représentation journalistique, romanesque, cinématographique. Elle analyse le circuit, le rapport du public au spectacle et dresse un parallèle constant entre la boxe et les arts (« plus proche de la musique et de la danse que du récit (...) dans un lieu qui se trouve au-delà des mots »), la boxe et la littérature : « chaque match de boxe est une histoire — un drame sans paroles, unique et très condensé (...) une histoire capricieuse, dans laquelle n'importe quoi peu arriver ». La boxe est un concentré dramatique, propre donc à être mis en mots, ce que prouve magistralement ce texte.

Joyce Carol Oates, De la boxe, traduit de l’anglais (USA) par Anne Wickle, Tristram, « Souple », 256 p., 8 € 95

La collection Souple a vu le jour en octobre 2012. Elle rassemble des traductions récentes des classiques de la littérature — comme le Tristram Shandy de Sterne, auquel la maison d’édition doit son nom — et des choix aigus parmi la production contemporaine, recueillant des textes inédits. Le tout au prix du poche, dans un format large et extrêmement agréable.

Parutions en octobre 2012 :

Laurence Sterne, La Vie et les opinions de Tristram Shandy, nouvelle traduction de l’anglais par Guy Jouvet, 960 p., 11 € 40

Mark Twain, Les Aventures de Tom Sawyer, nouvelle traduction de l’anglais par Bernard Hoepffner, 320 p., 9 € 95

Joyce Carol Oates, De la boxe, traduit de l’anglais (USA) par Anne Wickle, Tristram, « Souple », 256 p., 8 € 95

Hunter S. Thompson, Le Marathon d’Onolulu, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, inédit, 224 p., 7 € 95

A paraître en janvier 2013 :

Lester Bangs, Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués, traduit de l’anglais par Jean-Paul Mourion, 544 P., 11 € 95

Un livre culte considéré comme la bible de la critique rock et l'un des sommets de la contre-culture US : « J’étais peut-être candidat — sinon aujourd’hui, du moins demain — au titre de meilleur écrivain d’Amérique. Qui était meilleur ? Bukowski ? Burroughs ? Hunter Thompson ? Laissez tomber. J’étais le meilleur ». Le livre est la meilleure vente du catalogue Tristram depuis 1996, pour la première fois publié en format de poche.

J.G. Ballard, Sauvagerie, traduit de l’anglais par Robert Luit, 128 p., 6 € 95

J.G. Ballard, Vermilion Sands, traduit de l’anglais par Laure Casseau, Arlette Rosenblum, Lionel Massun, Franck Straschitz, Alain Dorémieux, Robert Luit, Paul Alpérine et Bernard Sigaud, 192 p., 7 € 95

Céline Minard, Bastard Battle, 128 p., 6 € 95

Et on annonce, à partir de mars 2013, Patti Smith, Kenneth Anger, Alain Julien Rudefoucauld, Arno Schmidt, William Burroughs, William Vollmann. Une collection à suivre !

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