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03
Sep

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Article d'édition

C’est dans la poche

Nous les avions aimés en grand format, ils sortent en éditions de poche : sélection, en 15 titres, par ordre alphabétique d’auteurs.

Janvier :

Régis Jauffret, Claustria (Points – 552 p., 8 € 30) : "Dans Claustria, où l’imaginaire avance masqué sous l’enquête (sur l’affaire Fritzl), mélangé à elle – Régis Jauffret a rencontré des experts, des policiers, etc., vous informe le communiqué de presse, tandis qu’en exergue on peut lire « ce livre est une œuvre de fiction » – la question est centrale" : Retrouvez ici l’article de Dominique Conil et son entretien avec l'auteur.

Laura Kasischke, Les Revenants, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Eric Chédaille (Le Livre de poche — 672 p., 8 € 10) : "Craig Clements-Rabbit a-t-il tué Nicole Werner ? Si oui, pourquoi : jalousie, haine lorsqu'il découvre qu'elle n'est pas la vierge farouche qu'il courtise depuis des mois mais une sorte de Laura Palmer ? Pourquoi la presse a-t-elle maquillé l'accident, parlé d'une mare de sang alors que Shelly peut témoigner que Nicole n'avait aucune blessure apparente ? Craig est-il réellement devenu amnésique ? Quel rôle ambigu et pervers Josie Reilly joue-t-elle ? Comment Nicole peut-elle envoyer, post mortem, des cartes postales à Craig ?

Laura Kasischke se joue des codes du thriller, dans un récit implacable, impossible à lâcher avant la dernière ligne. De ces livres qui vous entraînent loin, très loin, aux frontières du réel, vous immergent dans un univers, et vous laissent pantois. Un hymne à la puissance de la fiction, celle qui contamine peu à peu un campus américain — de très belles et très blondes jeunes femmes reviendraient d'entre les morts —, celle qui habite le lecteur enchaîné aux Revenants". (Lire ici le Bookclub consacré à ce roman, à sa sortie en 2011)

Herman Koch, Le Dîner, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin (10/18 – 360 p., 8 € 10) : Le roman d’Herman Koch, best-seller aux Pays-Bas, premier texte de l’auteur traduit en France, se déroule en une soirée. Les frères Lohman se sont donné rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant chic d’Amsterdam. Du hors d’œuvre à l’addition, selon les unités implacables d’une tragédie (temps, lieu, action), se révèle peu à peu un acte d’une violence inouïe – «une chose s’était produite qui ne faisait garder l’espoir d’une explosion plus tard dans la soirée. C’est comme le révolver dans une pièce de théâtre: quand on le montre au premier acte, on peut être certain qu’il va servir au dernier. Telle est la loi de la dramaturgie» – et, à travers la narration de Paul Lohman, la faillite morale de notre société. «Certaines choses vont sans dire. Je me contente de rendre compte de ce que j’ai vu et entendu pendant notre dîner au restaurant». Une pseudo objectivité, détachée, clinique, insensible qui fait froid dans le dos: la faculté d’oubli volontaire de Paul est proprement terrifiante. Jusqu’à l’addition. Salée.

 ♣

Mathieu Lindon, Ce qu’aimer veut dire (Folio – 320 p., 6 € 95). "Devenir soi, advenir à l’âge d’homme, par les autres, et deux figures centrales : le père, « éditeur de Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Marguerite Duras, Robert Pinget, Pierre Bourdieu et Gilles Deleuze », fondateur des Éditions de Minuit, premier à surgir de la lecture de ces pages narrant la rencontre avec Michel Foucault. La rencontre qui bouleverse les lignes, permet d’advenir à soi, « intensément », « celle qui a changé ma vie » : « Il faut du temps pour comprendre ce qu’aimer veut dire ». Sublime roman qui suit le fil d’une amitié profonde, vitale, les années Vaugirard, découvertes et prises de conscience. Qu’est-ce qu’être écrivain, en quoi être écrivain définit, constitue, différencie ? Il dit un rapport intime au temps et aux êtres, comme l’illustre l’effacement des dates mais aussi des noms de familles : Michel, Hervé, Sam. Il aborde les rives de la morale, du scandale, de la sexualité et de la liberté, interroge filiations et transmissions entre héritage familial et compagnonnage, à travers des affinités électives, « ma famille amicale, cette famille fictive qui est devenue la vraie » (Lire le Bookclub consacré à ce roman à sa sortie en 2011). Signalons la parution simultanée, toujours chez Folio d’En enfance du même Mathieu Lindon.

Jean-Pierre Martin, Eloge de l’apostat (Le Livre de Poche — 336 p., 6 € 60). Eloge de l’apostat part de l’expérience personnelle de son auteur pour analyser le parcours d’écrivains qui ont osé réinventer leur vie, ou en ont même essayé plusieurs : Rousseau, Barthes, Duras, Gary, Koestler, Gide, Fitzgerald, Sartre, Leiris… Un « devenir autre » qui n’est pas seulement un défi mais une aventure éthique, ontologique et esthétique. (Retrouvez ici le Bookclub de Jacques Dubois).

Joseph O’Connor, Muse, traduit de l'anglais (Irlande)par Carine Chichereau (10/18 – 336 p., 8 € 10) : "Le titre français du roman place Molly Allgood au centre du récit : Molly, comédienne, nom de scène Maire O'Neill, « maîtresse perpétuelle », « doublure » de John Synge (1871-1909), l'un des plus grands dramaturges irlandais. Elle a 19 ans, John 37, leur passion est dévorante et interdite. Les conventions les forcent au silence et à la dissimulation. Elle était son « enchanteresse », il était son « vagabond ». À la mort de Synge, Molly doit rendre ses lettres brûlantes. Cinquante ans plus tard, l'actrice se souvient de l'amant, dans les brumes de Londres, les souvenirs surgissent, le désir jamais éteint. Le présent décline le passé, un passé qui est ce déclin (alcool, pauvreté, solitude).

Le titre original du roman, Ghost Light — « superstition ancienne parmi les gens de théâtre. Quand la salle est déserte, une lampe doit toujours demeurer allumée pour que les fantômes puissent jouer leur propre pièce » — renvoie davantage à la dimension dramatique du roman : les relations d'un auteur et de son actrice, le monde du théâtre, ses coulisses, les destinées contrastées de deux sœurs, Molly sur les planches, Sara Allgood devenue star à Hollywood... Comme cette présence à la fois fantomatique et permanente d'une lumière, Synge éclaire les dernières heures de Molly, automne 52. « Tu as soixante-cinq ans maintenant ». Molly, au bord de la mort, démunie, pauvre, condamnée à vendre ses dernières reliques d'une époque glorieuse pour survivre. Molly se souvient de John, et le voit « à distance, un peu comme un personnage dans une histoire »" (Lire le Bookclub consacré à ce roman).

Philip Roth, Le Rabaissement, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire Pasquier (Folio — 160 p., 5 € 95) "Le Rabaissement, trentième roman de Philip Roth, vers l'épure: un peu plus d'une centaine de pages, 3 actes pour dire qu' «il avait perdu sa magie». «Son talent était mort». Le «il» ne désigne pas l'auteur mais son personnage, Simon Axler, comédien, la soixantaine dont quarante années de triomphe sur les scènes de Broadway. «L'élan n'était plus là. Au théâtre, il n'avait jamais connu l'échec, ce qu'il faisait avait toujours été solide, abouti. Et puis il s'était produit cette chose terrible: il s'était soudain retrouvé incapable de jouer».120 pages pour dire le sentiment d'échec et d'impuissance d'un homme qui s'effondre, divorce, a le sentiment de «rien de plus que l'inventaire de ses défauts», la tentation du suicide, la dépression jusqu'à l'internement. Puis l'espoir d'un renouveau avec une femme qui a 25 ans de moins que lui. Ensemble, Simon et Pegeen vont tenter de tirer un trait sur leur passé sexuel, amical et professionnel, «même si le dialogue tourne au roman-photo». Peut-on se métamorphoser et/ou devenir un Pygmalion pour l'autre? Aimer un homme et non plus une femme, pour Pegeen, oublier ses démons pour Simon, changer de sexe et «devenir un homme hétéro» pour Priscilla, l'ancienne compagne de Pegeen ? Peut-on se (re)créer? Le constat, implacable, donne son titre au chapitre 3: «Le dernier acte». Rideau. Un constat glaçant, l'annonce romanesque d'une décision biographique : Philip Roth a annoncé l'automne dernier renoncer au roman. (Lire le Bookclub consacré à ce roman).

Justin Torres, Vie animale, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux (Points, 144 p., 5 € 70) : "Vie animale est le premier roman d’un jeune auteur américain, Justin Torres, né en 1981 dans l’État de New York, une voix nouvelle. Le récit tient en peu de mots, il est de toute façon ailleurs : l’enfance ballottée, chaotique de trois frères plus ou moins livrés à eux-mêmes dans une banlieue américaine anonyme et déshéritée. Leurs parents découchent à tour de rôle, le père cogne, la mère boit. Rien n’est réglé dans l’existence de cette famille, ni les repas ni le sommeil, on vit la nuit et dort le jour. La vie est sauvage mais belle, hors limites. Justin Torres a cherché à extraire ce quotidien du particulier, pour atteindre la dimension, universelle, du mythe : peu d’indications précises de lieu, temporalité indéfinie, des souvenirs d’effrois, de peurs viscérales mais aussi de plaisirs et d’enthousiasmes se (sou)lèvent, au gré des réminiscences, selon une logique de la pure sensation. Jusqu’au moment où le narrateur, jamais nommé, se découvre. Et se découvre différent : non parce qu’il est le fils d’un père portoricain et d’une mère “blanche”, non parce qu’il est pauvre, mais parce que son identité, sexuelle comme littéraire, l'expulse violemment de cette famille fusionnelle dont les fragments se referment en piège : « Regardez comme je les mets mal à l’aise. Ils sentent ma différence – mon odeur forte et triste de pédé. Ils croient que je connaîtrai davantage le monde qu’eux. Ils me détestent pour mes bonnes notes et mes manières de blanc. Ils sont en même temps dégoûtés, jaloux, profondément protecteurs, et profondément fiers. »" (Retrouver ici l'article publié dans Mediapart et l'entretien vidéo avec l'écrivain).

Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit (Le Livre de Poche – 408 p., 7 € 60, en librairie le 1erfévrier). "Trop joli, trop élégant, on le pense aussi, aux premières pages de Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine De Vigan. Trop respectueux, même ? Il s'agit du suicide de sa mère, il n'y a pas si longtemps ; le texte est autobiographique. D'entrée, Delphine De Vigan hésite, l'écrit, détaille les empêchements multiples à écrire sur Lucile. Cette famille - nombreuse - blessures connues, fragilités et colères anciennes, tout ce qu'on peut provoquer en écrivant sur des êtres réels et proches. Elle convoque Lionel Duroy ou Christine Angot : les familles n'encaissent pas l'exposition, elle le redoute, elle avance avec précaution. Mais choisit-on tout à fait ce avec quoi on écrit ?" (Retrouvez ici le Bookclub de Dominique Conil)

Et on annonce :

Le 7 février :

Alexis Jenni, L’Art français de la guerre (Folio), prix Goncourt 2011, lu par Antoine Perraud

 

Jean Rolin, Le Ravissement de Britney Spears (Folio), lu par Dominique Conil


Alan Warner, Les Etoiles dans le ciel radieux, traduit de l’anglais (Écosse) par Catherine Richard (Points — 528 p., 8 € 10). Lecture ici. Et signalons la parution simultanée en Points des Sopranos (texte où l’on rencontre les personnages des Etoiles)


Irvine Welsh, Trainspotting, dans une nouvelle traduction de Jean-René Étienne (Points, 456 p., 7 € 90)

Le 14 février :

Fanny Chiarello, L’Eternité n’est pas si longue (Points, 312 p., 7 € 20). Lecture ici.


Gary Shteyngart, Super Triste histoire d’amour, traduit de l'anglais (États-Unis) par Stéphane Roques (Points – 480 p., 8 €). Retrouvez dans Mediapart deux articles et entretiens vidéo avec l'auteur, en février 2012 puis septembre 2012.

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