Sam.
25
Oct

MEDIAPART

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Article d'édition

Non, s’il vous plaît, ne coupez pas !

Les cheveux, il n’y aurait eu aucun problème. Ils en auraient même besoin.  Les ongles aussi, d’ailleurs.  Le gaz ou l’électricité, en ce moment,  c’est vrai que ça aurait posé problème. La parole, ce n’est pas forcément facile et tous ceux qui ont un jour ou l’autre essayé pourraient en témoigner. Faut plutôt s’accrocher. Mais non, ce n’est rien de tout cela qu’ « ils » m’ont coupé.  Comme ça, net, du jour au lendemain, sans aucun préavis.  Vous ne devinez pas de quoi il s’agit ? Je vous le donne en mille : la Sécurité sociale.

 

Je récapitule. Ce matin, descente à la pharmacie d’en bas de chez moi,  chez laquelle je suis dûment enregistrée depuis des années pour ne même pas avoir le tiers-payant à régler, mon ordonnance à la main. Et là, surprise : ma carte est bloquée.  La pharmacienne m’apprend que ma carte est rejetée et qu’il faut que je me rende à la Caisse primaire pour la faire prolonger.  Bien sûr, elle consent à me délivrer les médicaments, mais contre paiement, avec vignettes à coller… et surtout plus de 75 euros à avancer. On évoque l’idée d’un « bug » informatique, d’un changement de système depuis le début de l’année. Bref,  ma carte Vitale a été dévitalisée. Et je nage en pleine perplexité.

 

Cap sur ma Caisse primaire,  à l’autre bout du quartier, près du boulevard Masséna.  Froid de loup.  Dédales d’immeubles laids à hurler. Escaliers, terrasse, nouvel escalier. Suivre les flèches. Et là, porte fermée, rideau baissé.  Une affichette scotchée : « Votre centre sera en travaux à compter du 10 janvier et pour une durée indéterminée. »  Suit une liste des centres possiblement ouverts auprès desquels s’adresser. Foule de personnes, leur dossier à la main, qui s’agglutinent.  Traduire pour ceux qui ne lisent pas le français.  Ronchonner ensemble. Se dire que quand même, « ils » auraient pu se fendre d’un courrier. Pester. Et repartir.

 

Direction cette fois le quartier Glacière, aujourd’hui très bien nommé.  Quelques marches. Une salle comble de péquins qui attendent, leur ticket  et leur carte verte à la main. Je m’adresse à un guichet intitulé « Accueil. Renseignements ». Là, je me fais rabrouer.  Il fallait d’abord que je fasse la queue à un autre guichet.  Ça aurait pu être dit de façon plus aimable, mais bon.  Donc deuxième guichet, où je me vois délivrer un ticket. Je porte le numéro 309 et dois attendre d’être appelée.  J’attends donc. Au moins ici, c’est chauffé.  Et il y a quelques tranches de vie à observer.  Mais aucun siège disponible.

 

Enfin, le numéro 309 s’affiche en lettres lumineuses.  S’adresser guichet 4. D’accord, mais il faut d’abord trouver le guichet 4… et si possible avant que ce soit le numéro 310 qui soit appelé.  Miracle, je déniche le guichet 4, planqué derrière un pilier. Je raconte ma mésaventure à la jeune femme qui me reçoit et lui tend ma carte verte. Je m’assois. Elle passe ma carte dans un appareil et lit les informations sur son ordinateur. Et là, je tombe de l’armoire. J’apprends que je ne suis plus couverte par la Sécurité sociale depuis octobre dernier.  « Mais ce n’est pas possible, quand même ! Et je n’en ai même pas été informée ? »

 

Alors voilà. Depuis le mois d’août de cette année, je suis en fin de droits à Pôle Emploi. J’avais épuisé mes 36 mensualités d’indemnités auxquelles toutes les vacations effectuées et dûment déclarées (avec un cumul emploi partiel et chômage sur 25 mois) n’avaient permis d’être prolongées que de 7 mois, le calcul se faisant sur le salaire de référence antérieur.  Vacations qui, au passage, m’avaient interdit d’avoir le droit à l’ASS lorsque j’en ai fait la demande à la fin de mes droits.  Alors, même si je suis restée inscrite à Pôle Emploi et ai continué régulièrement d’ « actualiser ma situation », comme ils disent, c’est-à-dire de déclarer le nombre d’heures travaillées (ou pas) à la fin de chaque mois,  j’ai été sortie des statistiques… et aussi de mes droits à la Sécurité sociale.

 

Au moment de partir, sur le coup d’une inspiration, j’avais tout emporté avec moi : attestations d’actualisations de Pôle Emploi,  photocopies des feuilles de salaire de mes vacations, etc.  Bien m’en a pris.  Même si je n’avais pas tout à fait le nombre d’heures-plancher travaillées sur les trois derniers mois, mes dernières feuilles de salaire ne m’ayant pas encore été adressées (le travail effectué en décembre est déclaré et payé fin janvier, soit au mieux à 30 jours fin de mois),  la gentille personne a accepté de  « me prolonger ».  Donc j’ai récupéré mes droits pour 6 mois.  Ouf. Ça ira pour cette fois.

 

Question subsidiaire : « Et que se passera-t-il si dans les mois qui viennent, je n’arrive pas à décrocher de vacations en volume suffisant ? »  « Et bien, vous perdrez vos droits. A moins bien sûr d’être à nouveau sous statut de demandeur d’emploi… » « Mais je suis demandeur d’emploi ! »  «  Je sais bien, mais si vous ne touchez plus d’indemnités, ça ne compte pas… » La jeune femme soupire et  me sourit tristement : « Bon courage à vous. Je sais bien que c’est de la folie, on va vers toujours plus de précarité. Je sais bien tout ça. Mais vous savez,  passé un certain âge, il n’y a plus que sur les solidarités familiales qu’on peut compter… »

 

Les solidarités familiales… Me reviennent en tête des images de carrelages d’hôpital, de salles d’attente, et la lourde stèle d’ardoise du caveau familial.

 

Le savoir et le faire savoir : quand on est en fin de droits, on perd AUSSI sa couverture sociale.  Elle est pas belle, la vie ?

 

 

 

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