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Nov

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Article d'édition

La formation des IDE, historique du changement

Or donc, à la demande générale, je m'exécute. Je vais essayer sur plusieurs articles d'éclairer ce qui est apparu à certains, et comme je le comprend, un langage bien trop spécialisé. Faites moi signe si je suis sur la bonne voie, aussi d'ailleurs si je suis sur la mauvaise.

Commençons par quelques données historiques sur la formation des Infirmières Diplômées d'Etat.

Avant 1992 il existait 2 formations et 2 diplômes distincts : IDE et ISP (Infirmier de Secteur Psychiatrique). En 1992 ces deux formations professionnelles sont "fusionnées" pour ne proposer qu'une seule formation IDE, exit la spécificité psychiatrique, certains prémisses concrétisés par la suite dans certains rapports célèbres sur la Santé Mentale, notamment le rapport Piel et Roelandt en 2002. C'est important l'histoire. La formation est alors modulaire, axée principalement sur les contenus. Elle est aussi en alternance, des périodes de 4 semaines de cours et de stage se succèdent. Le diplôme est sanctionné par une Mise en Situation Professionnelle (évaluation centrée sur la prise en soins concrète de plusieurs patients durant une demi-journée) et la réalisation d'un travail d'initiation à la recherche, le célèbre TFE (Travail de Fin d'Etude), chacun portant sur la moitié de la note.

Cette formation de 3 années 1/2 était basée sur la réalisation par l'IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers) d'un programme de formation dont le but était de former des professionnels infirmiers polyvalents, terme dont le sens nous échappe encore. Globalement, cette formation a rempli son office, elle n'était pas parfaite mais les équipes des instituts s'appliquaient à la faire évoluer autant que possible. Pour schématiser, deux tendances s'y manifestaient sur le plan pédagogique : celle qui préfère des têtes bien remplie et celle qui préfère des têtes bien faites. Les débats inter-équipes permettaient de réaliser une sorte de moyenne entre les deux. Les cours magistraux s'articulaient avec les travaux dirigés dans une recherche permanente d'une sorte d'équilibre. Cependant, il faut bien dire qu'il s'installait facilement une sorte de chronicisation des équipes pédagogiques autour de la répétition sine dié de contenus toujours reproduits à l'identique. Un besoin de changement se faisait sentir car un écart de moins en moins supportable opposaient les réalités de l'école à celles du terrain. Sur le terrain justement les évaluations en stage étaient réalisées d'une part par l'équipe soignante qui encadrait l'ESI en stage sous la forme d'un bilan de stage bien souvent perturbé par des implications affectives malencontreuses (évaluations à l'affect) et d'autre part sous la forme de MSP. La MSP était un événement que je trouvais personnellement souvent très angoissant pour l'ESI, mais il paraît que je suis une âme sensible. L'ESI s'y préparait de longue date, empoisonnant son stage et sa vie affective par un stress qui pouvait durer plusieurs semaines pour aboutir à une sorte de mise en scène d'une situation de soin préparée à l'avance le plus souvent, dans laquelle le patient se sentait lui aussi évalué ainsi que l'équipe de soins. Un soignant et un formateur appréciait les efforts de l'ESI lors de la MSP et sa résistance au stress. Là aussi un besoin de changement se faisait sentir.

Le changement de programme est donc intervenu à un moment où il était attendu par les équipes des IFSI. C'est la tendance "têtes bien faites" qui devait l'emporter, pensait-on alors, l'application en pédagogie de l'adulte des principes du constructivisme (apprendre à apprendre) ! Le changement de référentiel de formation est intervenu aussi en réponse à la demande des professionnels du soins d'être reconnu à bac+3 et à celle des élèves des ex-écoles à être reconnus réellement comme des étudiants. Il avait été répondu superficiellement à cette demande déjà en 92. Les étudiants des IFSI n'avaient alors de l'étudiant d'université qu'une partie réduite des attributs, et pas le meilleur de mon point de vue, puisqu'ils avaient réussi à rendre optionnels les cours magistraux au détriment des contenus justement. Mais ce changement de référentiel ne serait pas intervenu, pas dans les termes actuels en tout cas, s'il ne répondait pas aussi à une injonction à l'harmonisation européenne des formations en santé. La nécessité d'une flexibilité de l'emploi des ESI sur le territoire de l'Europe nécessite une harmonisation des diplômes et des formations.

Pour répondre globalement à toutes ces demandes c'est l'intégration de la formation des IDE au circuit universitaire LMD (Licence-Master-Doctorat) qui a été retenue après quelques hésitations. Donc, à ce jour, les ESI sont formés sur 3 ans et obtiennent au bout de cette formation de type universitaire (validé par l'obtention d'ECTS), un diplôme qui équivaut à un grade de Licence.

Donc, on ne peut pas dire qu'on a pas été prévenu ni qu'on l'a pas voulu ! Ce que l'on a obtenu est différent de ce à quoi l'on s'attendait semble-t-il mais surtout, il s'avère de plus en plus que d'autres intentions font leur chemin en catimini à travers ce changement qui pervertissent celui-ci. C'est une longue histoire qui mérite plusieurs épisodes, un peu de patience et quelques efforts, mais je la crois riche d'enseignement pour le formateur que je suis et que vous êtes peut-être aussi, pour le soignant que je suis et que peut-être vous êtes aussi et pour les usagers des services de soins que nous sommes et seront.

La prochaine fois je rentre dans le gras du sujet : le nouveau référentiel de formation des IDE. Il se peut que nous y voyions un peu plus clair ensuite.

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