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26
Nov

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Article d'édition

Hôpital : plaidoyer pour le travail collectif, l’autonomie professionnelle et un management intelligent

Moroses, nous sommes moroses, mais ce n’est pas que la crise, le chômage, l’hiver et la mort de Michael Jackson…non, c’est pour bon nombre d’entre nous, soignants, infirmières, médecins et autres paramédicaux le sentiment d’une perte de sens.

La logique économique a investi nos hôpitaux. Nous voilà écartelés entre notre mission traditionnelle, le soin, et les injonctions économiques : activités, production, performance (ce mot ne recouvrant actuellement que la performance économique et non médicale).  On ne peut négliger les retombées économiques de notre activité, mais notre rôle est d’être les garants de la bonne prise  en charge des malades. L’équilibre budgétaire est une nécessité mais l’organisation des soins ne peut être structurée par un management à sens unique.

Management,  l’art de conduire une organisation vers la réalisation de ses objectifs. Quel objectif : l’équilibre budgétaire ou le soin ? Les deux sont nécessaires : le juste soin au juste coût. Encore faut-il que ce soit économiquement réalisable et que les différents participants, soignants et gestionnaires, travaillent ensemble. Le travail collectif n’est pas une habitude française. Notre pays semble figé dans une organisation médiévale du travail. Le chef décide, ses « collaborateurs » exécutent.

Dès l’école, les élèves doivent, l’immense majorité du temps, passer des évaluations personnelles. Le travail collectif est suspect. De l’autre côté du Rhin, le travail en groupe est valorisé c’est un objectif pédagogique en soi. Mon fils de 13 ans, en stage de deux mois dans un collège allemand, est revenu sidéré : la professeure de latin avait demandé à sa classe de traduire 4 phrases latines pendant qu’elle s’absentait 20 minutes pour se rendre à l’administration. De façon spontanée, la classe se divisa géographiquement en quatre, chaque groupe se chargeant d’une phrase. Après cinq à dix minutes, les phrases étaient échangées entre les 4 groupes et les adolescents discutaient tranquillement entre eux ou vaquaient à leurs affaires dans la classe. Inimaginable ici, scandaleux même, de la tricherie finalement pour la majorité de ceux à qui cette scène a été racontée. Après enquête auprès de professeurs allemands, il est avéré que ce type d’exercice fait partie des objectifs d’apprentissage. Expérience enrichissante qui manquera sans doute à la plupart des collégiens français. Une part des plus brillants d’entre eux deviendront des managers, alors incapables d’imaginer que la conduite d’une organisation vers ses objectifs suppose une élaboration collective du plan de route.

Le mandarin hospitalier n’était pas non plus apte à l’échange mais à son apogée (années 60 à 80  ?), le système hospitalier tournait sans encombre, le mandarin avait une légitimité professionnelle qui lui conférait le pouvoir. Il n’est pas question de regretter ce système féodal mais de refuser que le gestionnaire remplace le mandarin. 

 

Le jacobinisme militant des élites fut une force pour construire la République. Dans de nombreuses organisations de travail, dont l’hôpital,  il semble qu’en 2013, il soit devenu un frein à l’élaboration collective. Au pire le résultat est l’émergence d’une bureaucratie et une démultiplication des contrôles, auquel aucun groupe professionnel ne peut adhérer. Les planificateurs du soin, de leurs tarifs, des contrôles, produisent des procédures toujours plus complexes et chronophages qui écoeurent une part toujours plus grande des soignants… Nous soignons chaque jour un peu plus les indicateurs et un peu moins les malades.

Alors pour le juste soin, au juste cout, si on faisait vraiment du management et qu’on demandait aux professionnels de penser collectivement leurs règles de fonctionnement et d’organisation ?

 

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