Dim.
23
Nov

MEDIAPART

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Article d'édition
Édition :

Liberté de la presse, saisies et agencements. Pourquoi ?

Cette édition est une saisie, un lieu migratoire. Suite aux deux “soirées” organisées par Médiapart et RSF dans le cadre de ce qui est appelé “États généraux de la presse” Off et In et à l’annonce de ce qui est nommé un “rassemblement citoyen”. C’est une saisie de cette annonce, un lieu où la question de la liberté de la presse pourrait être déplacée et questionnée en dehors de tout programme, de toute hiérarchie, de tout exercice de pouvoir, de toute corporation.

 

La démarche de Médiapart et de RSF, annonçait depuis le départ un débat. Il n’a toujours pas eu lieu. Plusieurs témoignages sur place, à la suite des deux soirées, certains billets et certains commentaires du Club, suite au rendez-vous au théâtre du Rond-Point, l’ont confirmé.

 

Il se pose alors la question du lieu de cette interrogation. Le risque d’un enfermement corporatiste dans le jeu même du pouvoir. Il ne s’agit pas de prêter à Médiapart et RSF de mauvaises intentions. Il faudrait en avoir et la capacité et l’intuition, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit plutôt de relever les inquiétudes à ce propos comme symptôme, non pas d’un manque, mais d’un désir de saisie de la question dans le lieu du politique, entendu ici non pas d’un programme ou d’une profession, mais le lieu-même où s’agence une question publique qui concerne l’espace de la liberté d’expression des pensées et des opinions dans celui de notre condition du vivre-ensemble, autrement appelé la cité ou la société.

 

Dans ce vivre-ensemble, sur une question précise le mettant en jeu, chaque citoyen apporte sa voix avec sa nature et sa qualité. Si une nature ou une qualité en tant que telle tend à dépasser la question en jeu et le vivre-ensemble, pour s’y substituer, on entre alors dans une pratique du jeu de pouvoir et non des agencements sur la question. Le vivre-ensemble est entendu ici comme un devenir d’une multitude préservant la multiplicité et non comme principe d’une communauté dont la multiplicité serait soustraite à celui d’une unité devant réduire sa forme multiple à un caractère unique. Multiple et unique sont ensemble dans ce devenir. Ce dernier ne conçoit pas les natures et les qualités de chaque citoyen comme principe hiérarchique, mais comme énergie dont l’intensité propre apporte une qualité certaine à l’agencement autour de la question en jeu mais pas à son appropriation, afin que chacun puisse être libre d’y agir en terme critique.

 

Une autre appréciation du programme de ces “États généraux” Off est la qualité symbolique et spectaculaire de sa mise en forme, de sa visibilité. Dans ce même esprit libre et multiple du vivre-ensemble, la symbolique de la marque du journal, la réappropriation des symboles de l’histoire sans nouvelle qualité pour les déplacer dans l’actuel, mais simplement associées au logo du journal très présent lors des soirées, cette articulation peut être considérée comme une forme d’appropriation de la question en jeu au profit de la marque. En effet, si, en réponse au In, le Off s’autorise une appropriation criant au rassemblement citoyen tout en usant de symboliques historiques et tout en associant systématiquement sa marque à cette promotion de la liberté, il est “mécaniquement” prouvé que l’idée restera liée à la marque comme promoteur de cette liberté. C’est un principe de base du marketing événementiel. On en revient ici à la problématique du dépassement sur la question en jeu, à l’appropriation de l’espace du vivre-ensemble. Une réserve de ce point de vue ne doit pas être considérée comme une entrave à la liberté, une pierre jetée aux impératifs marketing du journal, mais l’occasion d’un autre agencement afin que chacun y trouve sa place, sans pour cela s’embarrasser de symboliques dont le caractère axiomatique ne va pas de soi. Nous ne sommes pas tous obligé de nous y reconnaître. Cela peut même être pour certains une raison légitime de ne pas participer. Nous ne sommes pas égaux devant les symboles. La liberté n’appartient à personne, elle est considérée ici comme le fait d’un agir-ensemble et non l’adhésion à des symboles, à une cause, à une corporation ou à un pouvoir. Il existe toujours le risque que l’expression symbolique associée aux enjeux marketing vampirise l’agir de la question au profit du contexte de son élaboration.

 

Enfin, le soutien ou le non soutien à une question mettant en jeu une liberté ne peut rester en faveur de la démarche ou de l’initiateur de la démarche. Il ne leur revient pas le fruit du soutien ou du non soutien, c’est bien la question en jeu qu’il faut soutenir ou non, et la qualité de cette soutenance est en faveur de l’agir. La démarche et les personnes sont les passeurs et ne remplacent pas la question, afin que chacun puisse s’en saisir à nouveau et à sa manière sans jamais oublier que c’est la question de la liberté de la presse qui est en jeu ici dans le lieu du vivre-ensemble.

L’édition présente souhaite ouvrir un espace de cette saisie citoyenne, sans symbolique, sans appropriation, au-delà du raisonnement personnel du départ, que le caractère subjectif ne reste pas à la porté du “je”, que l’importance de cette question même ne se pose plus, pour dire autrement, que ça subjectivise, là, ensemble !

 

Elle n’est pas une concurrence à celle du Off. Déplacements, croisements sont possibles. Elle est une ouverture, une autre manière d’agir, de penser, d’agencer et nous espérons que les deux puissent avoir l’occasion de se retrouver dans les lieux de l’échange et du débat, sans qualités prédéterminées du type “organisateur”, “invité”, “public”.

 

Il n’est imposé aucune qualité aux personnes qui participent à cette édition, le format “coordonnateur”, “rédacteur” est la contrainte formelle du Club, l’édition est libre et ouverte, le coordonnateur peut changer si cela est proposé, coordonnateur et initiateur ne sont pas à confondre. La qualité d’initiateur n’est pas pérenne, et la faveur du faire de cette édition ne lui reviendra pas, le souhait est que le faire soit la saisie même du sujet de cette édition par l’agencement de la multiplicité des propositions.

 

L’image en tête de l’édition est un rectangle noir composé de micro-formes. Le noir est composé quant à lui à partir de plusieurs couleurs. Chacun verra une légère dominante colorée, différente suivant la qualité de son écran et sa capacité subjective à interpréter les couleurs, cette forme n’existe donc pas seulement en soi, elle est le fait aussi de sa réception. Elle évoluera au fur et à mesure des contributions comme une humeur, un espace sensible.

 

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