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Article d'édition
Édition : Nihao la Chine

Tibet : autonomie mais pas séparation, rêve irréalisable?

Les délégués tibétains ont achevé samedi dernier leur rencontre à Dharamsala par choisir la "voie moyenne" de Dalaï lama, alors que la jeune génération en exil préconise des mouvements plus radicaux. Et les négociations avec le gouvernement chinois n'ont toujours pas porté fruit...

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Thupten et Lobsang étaient en train de dessiner le mandala, magnifique tableau aux sables colorés, pour la cérémonie de dissolution du lendemain. Ces deux moines tibétains sont invités à Lille pour la dixième édition de la Journée tibétaine, organisée par l'Association Tibet 59/62.
Au début ils ne voulaient pas parler de la politique. Ils étaient là pour promouvoir le bouddhisme, qui n'était pourtant pas le seul but de l'organisateur: les photos de torture étaient affichées, racontant l"'invasion de la Chine communiste". Mon amie et moi, nous ne voulions pas lâcher: c'était pour nous la première fois de pouvoir discuter avec les Tibétains. Occasion précieuse pour savoir ce que pensent vraiment ces moines mystérieux, enveloppés dans leurs longues robes cramoisies, de tout ce qui s'est passé autour de Tibet.
"Il y a un grand fossé entre les Tibétains en exil et nous, Tibétains en Chine," Thupten lama de Kangding, une zone tibétaine dans la province du Sichuan, a enfin lâché. "Ceux qui ont participé aux manifestations étaient tous les Tibétains en exil. Nous, nous ne voulons pas nous séparer de la Chine, nous sommes de la même famille." Né en 1978, Thupten se dit "grandi sous le drapeau rouge". Selon lui, le Dalaï lama veut une autonomie culturelle dans la grande zone tibétaine, couvrant le Tibet et quatre autres provinces, mais pas l'indépendance.
Si le chef spirituel ne réclame qu'une liberté de religion, pourquoi le gouvernement ne l'accepte toujours pas? "Parce que les Hans ne comprennent pas le bouddhisme. C'est une religion qui demande l'auto-contrôle, la raison, la sincérité. Les vrais bouddhistes ne provoquent jamais les conflits", Thupten essayait d'expliquer, malgré son chinois pas très courant. Une autonomie culturelle, c'est aussi ce dont il rêve. Il est en France depuis trois ans pour ses études, parce qu'en Chine il n'y pas de bonnes écoles de bouddhsime. "C'est dommage que les moines de haut niveau sont très rares là-bas. Sans études supérieures, les moines n'arrivent même pas à lire les soutras", a-t-il déploré.
Pendant la conversation avec Thupten, Lobsang lama, qui ne parle pas bien chinois, se concentrait sur le mandala. Mais à la fin, il s'est adressé à nous, en demandant à son ami de traduire:"A n'importe quel moment où je vois un Han, je me dis de mon coeur que nous sommes de la même famille. Quand vous voyez un Tibétain, allez parler avec lui! Les Hans et les Tibétains seront toujours ensemble. Nous espérons aussi qu'on connaît la vraie situation des Tibétains."
Après la cérémonie de dissolution, la distribution des sables porte-bonheur. "Je vais dire au revoir à mon ami tibétain." Ma phrase a surpris mon interlocuteur français:"Ah ben c'est bien de dire que vous êtes amis!" "Bien sûr, on est ami, on n'est jamais ennemi." Mais malheureusement, la politique n'est jamais si simple que ça.

 

 

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