Sam.
11
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Des chercheurs dénoncent la tenue en Suisse du CA du CNRS

Voici le communiqué de la Coordination des Laboratoires en Lutte,rassemblement de chercheurs qui ont tenté de perturber ce matin la tenue au Cern, en Suisse, du conseil d'administration du CNRS. La fuite à Genève

Aujourd'hui, jeudi 25 juin 2009, la direction du CNRS, fuyant la
contestation récurrente et déterminée de ses personnels, a décidé de
tenir son conseil d'administration (CA) à Genève en suisse, au Centre
Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN).

La Coordination Nationale des Laboratoires en Lutte (CNLL) condamne
cette exil qui n'a pour objectif que de se cacher pour mieux faire voter
des réformes auxquelles la majorité des personnels du CNRS s'oppose et
qui mènent au démantèlement du plus grand organisme de recherche Français.

Aujourd'hui, un groupe de Chercheurs, Ingénieurs, Techniciens et
Administratifs du CNRS a déjoué les mesures de sécurité du CERN pour
venir dénoncer sur place la « fuite à Genève » du CA du CNRS et rappeler
l'opposition des personnels aux réformes en cours. Ils ont accueilli le
conseil d'administration au son des cloches à vaches, de "Le CA à
Paris", "Valérie on te voit", "Non au démantèlement du CNRS", "Vous êtes
cernés". Ils ont ensuite obtenu de lire une déclaration au Conseil
d'Administration.

Quelque soit le lieu de son exil, les personnels du CNRS, ulcérés et
outragés par le mépris dont la direction et le gouvernement font preuve
à leur encontre, continueront inlassablement à poursuivre le CA du CNRS
expatrié et à alerter l'opinion publique sur les attaques inacceptables
qui sont menées contre la recherche Française.


---------------------------------
Déclaration lue au conseil d'administration du CNRS



Le CNRS et les projets concernant son évolution sont au coeur d'un
désaccord profond entre le gouvernement français et la communauté
scientifique. Cela se traduit depuis plus d'un an par une mobilisation
sans précédent d'une très large partie de la communauté scientifique
française dont des personnalités internationalement reconnues.


Au coeur des désaccords et au-delà des problèmes de postes et de moyens
qui entament la capacité du CNRS de mener à bien les projets dans
lesquels il s'engage, il y a la volonté, de la part de la direction du
CNRS et du ministère de la recherche, de transformer le CNRS, opérateur
structurant la recherche fondamentale en France en simple agence de
moyens, c'est-à-dire privé de sa mission d'élaboration et de
programmation de sa politique scientifique. Le découpage de l'organisme
en instituts, dont le maintien au sein du CNRS est très incertain,
préfigure le rétrécissement des champs disciplinaires couverts par le
CNRS et menace sa capacité à assurer pleinement son rôle d'opérateur
scientifique.


Les représentants de la communauté dans les différents conseils ont voté
des motions et recommandations prenant position contre ces réformes :

. Le 10 Juin 2008 le Conseil Scientifique du CNRS a voté contre le plan
stratégique 'Horizon 2020' définissant les orientations de l'organisme
pour les années à venir proposées par la direction -- à l'unanimité des
votants moins 1 abstention;

. Le 18 Novembre 2008, le Conseil Scientifique a dénoncé la
multiplication des commissions arbitraires mises en place par la
direction du CNRS -- à l'unanimité des votants moins 1 abstention;

. Le 18 Novembre 2008, le Conseil Scientifique a demandé la
transformation des chaires CNRS-Universités en postes de chercheurs
statutaires -- à l'unanimité des votants moins 1 abstention;

. Le 26 Janvier 2009, le Conseil Scientifique a voté contre la création
de l'Institut des sciences de l'informatique et de leurs interactions et
à dénoncé à nouveau le découpage du CNRS en instituts mis en place
malgré ses recommandations -- à l'unanimité des votants.


Parallèlement la coordination des responsables des trois instances du
Comité National de la Recherche Scientifique (C3N) en charge, pour le
CNRS, de la prospective scientifique et de l'évaluation de la recherche
et de ses chercheurs a publié plusieurs lettres ouvertes pour alerter la
communauté sur les menaces que font planer sur l'organisme de telles
réformes. Le C3N a engagé, au début de l'année, une consultation des
1100 laboratoires de l'organisme sur la nécessité de maintenir au sein
du CNRS l'ensemble des disciplines fondamentales. 671 unités ont répondu
dont 653 (représentant un effectif d'environ 65000 personnes) ont
approuvé la défense de la continuité thématique portée par le C3N.


Durant la même période les directeurs d'unité ont également massivement
manifesté leur opposition à ces réformes. En mars dernier ils se sont
majoritairement prononcés pour une action de grève administrative afin
de se faire entendre. Aujourd'hui ils ne constatent aucune avancée sur
deux points qu'ils considèrent comme essentiels, le rôle d'opérateur de
recherche du CNRS et la nécessité d'un plan pluri-annuel d'emplois
scientifiques, et vont se réunir pour définir de nouvelles actions.


Plus récemment, le Comité national de la recherche scientifique (CoNRS),
réuni en réunion extraordinaire le 10 juin 2009, a réaffirmé « qu'un
certain nombre de principes qui doivent guider la réorganisation du CNRS
(...) ne sont pas tous compatibles avec le dernier projet connu du
Contrat d'Objectifs CNRS-Etat 2009-2013 ».

Enfin, le 18 juin dernier, les organisations syndicales ont unanimement
refusé de siéger au Comité Technique Paritaire (CTP) en signe de
protestation.


Cependant, la direction du CNRS a, depuis plus d'un an, refusé
d'entendre ces différentes alertes. Ainsi

. Le 1er Juillet 2008, la direction a porté à l'ordre du jour du Conseil
d'Administration du CNRS le vote du plan Stratégique 'Horizon 2020' pour
adoption après avoir en urgence remanié quelques points de politique
garantissant en particulier le caractère interne des futurs instituts et
avoir promis une consultation des personnels qui n'a jamais eu lieu

. Le 27 Novembre 2008, la direction a porté à l'ordre du jour du Conseil
d'Administration du CNRS la création de 9 instituts pour adoption

. Le 26 Mars 2009, la direction a porté dans un premier temps à l'ordre
du jour du Conseil d'Administration du CNRS la création du 10ème
institut dit Institut des sciences de l'informatique et de leurs
interactions. Devant le mécontentement des personnels, ce point a été
retiré au dernier moment de l'ordre du jour.


Le Conseil d'Administration du 27 Novembre, délocalisé par la direction,
s'est tenu derrière un barrage des forces de l'ordre. Celui du 26 Mars a
également été délocalisé avant d'être interrompu par l'intrusion des
personnels qui ont ensuite occupé le siège de l'organisme.


En Février 2009, la direction fait apparaître les Chaires
CNRS-Universités dans son Contrat Objectifs-Moyens amputant d'un quart
le recrutement de chercheurs statutaire s'opposant une fois de plus aux
recommandations du Conseil Scientifique.


Enfin, le 15 juin dernier, la ministre de la recherche, Mme Valérie
Pecresse, a du se rendre en personne au conseil scientifique du CNRS
pour faire pression sur ses membres et arracher un maigre soutient au
Contrat Objectifs-Moyens (COM) du CNRS (6 voies pour, 5 contre et 2
abstentions).


Aujourd'hui 25 Juin 2009, le Conseil d'Administration qui se tient au
CERN à Genève doit voter ce Contrat Objectifs-Moyens. Ce contrat
entérine les réformes dénoncées par la communauté.


Cette manoeuvre de délocalisation au CERN de son Conseil
d'Administration, hors de portée de la communauté concernée, n'est pas
digne de la direction du plus important organisme de recherche français.


La « coordination nationale des laboratoires en lutte » dénonce cette
exil qui, dans le contexte actuel particulièrement tendu apparaît au
yeux des personnels du CNRS comme une version moderne de la « fuite à
Varennes ». Vu les circonstances, elle demande instamment aux membres du
CA de ne pas voter le Contrat Objectifs-Moyens qui leur est proposé.


Newsletter
Je m'identifie