Le grand Blu censuré à L.A
C'était il y a un mois: le Museum of Contemporary Arts de Los Angeles a censuré une fresque monumentale commandée au street artist italien Blu sur la façade du Geffen Contemporary.
Il s'agit donc du premier (grand) faux pas de Jeffrey Deitch, directeur du musée qui présentera en avril la très attendue exposition Art in the Streets.
L'idée de base était saluée par le milieu: faire peindre jusqu'à l'ouverture de l'exposition la façade nord du musée par certains exposants. Blu s'est prêté au jeu. Durant quatre jours il a recouvert le mur d'une fresque monumentale représentant des rangées de cercueils drapés d'un billet d'un dollar à la place du classique drapeau américain. Une critique de la guerre qui n'était pas au goût de ce musée situé a proximité d'un hôpital de vétérans et d'un mémorial dédié aux soldats américains d'origine japonaise morts pendant la Seconde guerre mondiale. Pas de panique, le Moca a du stock de peinture: l'oeuvre «inappropiée» sera violemment recouverte le lendemain, illustration tristement exemplaire du traitement de cet art par nos sociétés qui arrêtent ses artistes et effacent systématiquement leurs oeuvres illégales. Prions au passage pour que ce musée n'expose jamais le Guernica de Picasso qui risquerait de devenir un monochrome blanc.
Blu va dénoncer fermement cette «censure qui a même failli tourner à l'autocensure quand ils m'ont demandé de soutenir publiquement leur décision d'effacer la fresque. En Union soviétique, ils appelaient ça de l'autocritique». Invité à venir peindre une nouvelle fresque «invitant le public à venir au musée» (l'idée se passe de commentaire), Blu a logiquement décliné l'offre.
Contrairement aux critiques sévères qu'on peut lire sur la Toile, les réactions publiques du milieu sont molles ou inaudibles.
Obey, dont l'oeuvre repose sur la critique du capitalisme, de la politique de Bush, et le soutien d'Obama (il est l'auteur de la magnifique affiche Hope) va légèrement décevoir en affirmant ne pas être «fan de la censure. C'est bien pour ça que moi et d'autres artistes de l'exposition avons choisi le street art, parce qu'il est démocratique et qu'il n'y a pas de bureaucratie. Toutefois, un musée est un contexte différent avec des préoccupations différentes. La situation est regrettable mais je comprends la décision du Moca».

Sur son site, Blu va dénoncer les pincettes prises par certains en montrant comment le terme «censorship» a disparu du débat. «Now you can call it a curatorial choice».
En attendant, un artiste de L.A a fait le portrait du directeur du MOCA façon ayatollah armé d'un rouleau de peinture blanche, devant une reproduction de l'oeuvre de Blu.
Le 3 janvier dernier une performance a été réalisé sur le parking du MOCA, consistant à projeter des graffitis lumineux (exécutés avec des lasers) dénonçant cette censure sur le mur du musée.
Si certains artistes qui participent à l'expo ne veulent plus peindre sur ce mur, beaucoup attendent de voir qui osera y retourner pour peindre une oeuvre policée.
