La dépénalisation du tag?
Le graffiti est un art né dans la rue à la fin des années 60 avec les tags d’un célèbre coursier habitant la 183e rue dans le Bronx: Taki 183. Le mouvement s’est propagé avec la conquête du métro new yorkais par les tagueurs.
Phénomène mondial, le graffiti reste cependant incompris et pourchassé par les autorités. En parallèle, des mécènes, galeristes ou collectionneurs tentent de soutenir cet art urbain.
Si l’année 2001 en France a été-pour les tagueurs- celle de la répression (une centaine d’arrestations très médiatisées), les années 2008 et 2009 inversent la tendance : la plupart des magazines d’art ouvrent leurs pages (et souvent leurs Unes) aux graffeurs ; Artcurial a réalisé une vente spécialisée sur l’art urbain, Obama a fait faire les visuels de sa campagne par Obey, la Tate Modern a fait repeindre sa façade par 5 graffeurs durant l’expo Twombly, et j’en passe…
En France, le phénomène s’est accéléré ces derniers mois grâce au Grand Palais, avec deux événements aussi importants que médiatisés : la foire Art Paris, et l’exposition T.A.G. (Tag And Graff).
Art Paris.
Du 19 au 23 mars, le Grand Palais a accueilli la 11ème édition d'Art Paris, célèbre foire d'art contemporain.
Durant ces quelques jours, 115 galeries « parmi les plus dynamiques sur le marché de l´art international» sont venues présenter 800 artistes au sein du Grand Palais. Parmi eux, quelques artistes de la rue : Crash, Jonone, Miss Tic, ou encore kehinde wiley.

Présent au vernissage (le 18 mars), j’ai pu assister à la performance de Jonone qui a réalisé devant les invités une toile recouverte de ses tags (une « punition »), aux cotés d’Ero di Rosa.

Mis à part cette performance, les quelques toiles de graffeurs qui étaient présentées se perdaient facilement dans la masse. Phénomène amusant: le graffiti qui est si présent dans la rue et qui se fait tant remarquer, peut devenir -dans certaines conditions- presque invisible...
Coté art urbain, la seule chose à retenir de cette foire est la présentation de l'artiste (très prometteur) Kehinde Wiley (la toile exposée était proposée à 135 OOO $) par le célèbre galeriste Daniel Templon.

lien vers le détail de ses dernières ventes: cliquer ici.
Quatre jours après la fermeture de la foire, les graffeurs ont à nouveau été accueillis au sein de la galerie sud-est du Grand Palais (photo).
Espace méconnu, cette galerie de 700m2 a été jusqu'au milieu de XXè siècle une salle d'exposition du Grand Palais, avant de devenir une annexe de la Sorbonne dans les années 60."Plusieurs milliers d'étudiants du département d'études slaves et germaniques de l'Université Paris IV y suivent des cours de langue", depuis leur départ en 1999 cet espace est désaffecté (selon la brochure distribuée à l'occasion par le grand Palais).

A l'occasion de l'exposition T.A.G le Grand Palais nous propose de découvrir ce lieu avant sa rénovation complète (6 millions d'euros y seront consacrés, la fin des travaux est annoncée pour 2010, sous la direction d'Alain-Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques).
L’exposition T.A.G (Tag And Graff).
http://www.tagaugrandpalais.com/
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Depuis le 27 mars, le Grand Palais accueille l’exposition T.A.G (Tag And Graff), présentant ainsi au grand public 300 toiles de graffeurs du monde entier.
« Des graffiti au Grand Palais ? Des tags dans un monument historique ? » Yves Saint-Geours, Président du Grand Palais anticipe les critiques : « Ceux qui pourraient croire à une mésalliance entre « l’art sauvage » et ce fleuron du patrimoine français se trompent et connaissent en réalité mal l’histoire du monument. Car sous son imposante et classique façade en pierre, l’édifice de verre et d’acier est depuis ses origines en 1900 le temple de l’avant-garde. »
Par essence le graffiti est un art éphémère, qui dérange car il s'attaque à la propriété, cette notion juridique considérée comme un droit absolu en France (et ailleurs).
Parmi les victimes des graffiti, on peut citer les architectes dont les constructions se font taguer chaque jour.
Si la plupart entretiennent une relation conflictuelle avec les graffeurs, l'un deux à eu le coup de foudre pour cet art suite à une rencontre au sein de l'un de ses chantiers. Le nom de cet architecte: AD Gallizia. Difficile d'ignorer son nom tant il a été présent au sein des médias ses derniers temps, de France 2 à l'Express, en passant par Le Point ou Canal +.

Qui est donc AD Gallizia?
Selon le portrait que lui dresse Propriétés de France, cet homme est un "aristocrate d’origine italienne (qui a attaqué) les études par la médecine (...) avant de finalement bifurquer vers les Beaux-Arts et l’architecture, puis d’obtenir un titre d’urbaniste des Centres Anciens. Il se félicite d’avoir reçu une double formation ; sur les chantiers d’abord, lorsqu’il aidait aux travaux chez le leader mondial des constructeurs, puis celle plus glamour, “la version milliardaire”, du G.E.A. qui construisait alors les plus belles maisons du monde."Il a même été catalogué architecte “people” le jour où l’on a su l'identité de plusieurs de ses clients...
Devenu passionné d'art urbain depuis quelques années, il affirme aujourd'hui que "pour (lui), les artistes issus du graffiti sont avant tout des peintres. Et comme tous les peintres, ils ont besoin qu'on les écoute et qu'on les conseille. Or jusqu'ici personne ne les avait vraiment pris en charge", balayant ainsi un peu rapidement tout ce qu'a pu faire Agnes B depuis1989 pour cet art...
Pour son exposition T.A.G , il a commandé à 150 artistes graffeurs deux toiles de même format sur un thème imposé: la première toile doit comporter la signature de l'artiste, la seconde doit être sur le thème de l'amour.
Si l'idée d'une exposition réunissant 150 tagueurs est attirante, celle d'un support, d'un format et d'un thème imposés n'a pas fait l'unanimité dans le milieu des tagueurs, qui par définition ne se soumettent jamais à ce genre de contraintes assez peu compatibles avec leur manière de faire.
Interrogé sur ce point par le magazine spécialisé Graffiti Art, AD Gallizia rétorque: "ce format a été déterminé par la distance qui sépare la vitre arrière de la vitre avant de ma Smart! Il s'est imposé à moi pour le transport des oeuvres." La justification vaut ce qu'elle vaut, mais on peut se demander ce que Basquiat aurait répondu à cette invitation.
Toujours est-il que 150 des plus grands graffeurs mondiaux ont accepté de répondre à la commande. C'est là le véritable coup de force de cette exposition: réunir autant de légendes du graffiti, quant on connait leur résistance à se laisser enfermer dans des réserves.
Il faut savoir que les graffeurs entretiennent une relation conflictuelle avec les expositions (encore plus quand elles sont officielles), ou avec certains de leurs collègues. Gallizia a réussi à en réunir une grande partie sous un même toit (il est vrai, très prestigieux), c'est déjà un exploit.
La seconde réussite de cette exposition est le grand nombre de pays représentés: cette exposition est donc le témoignage que le graffiti est un phénomène mondial, omniprésent dans toutes nos sociétés.
La troisième réussite -et elle mérite d'être signalée- est de fournir aux avocats des graffeurs poursuivis pour "dégradations" un bel argumentaire de défense : les "vandales urbains" bénéficient désormais - et grâce à M. Gallizia et au Grand Palais- de la complicité de l'Etat!

Photos de l'expositions, prises lors du vernissage (étrangement, il n'y avait que peu de tagueurs présents, mis à part une vingtaine qui étaient exposés):







Le public intéressé par le graffiti commence à se diversifier ;-)
Laurence Parisot (du Medef) vient d'ailleurs d'acheter une toile du graffeur américain Quik, pour l'accrocher au dessus de son bureau...


















Le graffeur Bando, "king de la old school", qui a découvert les tags en 1983 à New York et les a introduit en France.














Hommage à Basquiat par Tox, avec qui il graffait...

Toile regroupant la signature de chaque graffeur exposé...
