Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Miss Tic, la femme qui mur-murait à l'oreille des murs

MISSTIC-PREST-DB-012921-PS-3-LOGO.jpg© Harcourt Paris

 

"Mur blanc, peuple muet" dit le dicton. Si le peuple est souvent muet, la pochoiriste Miss Tic sait faire parler les murs. Et pas seulement.

Tout le monde l'appelle Miss Tic. "J'ai fais ce choix de me renommer et je tiens à ce qu'on le respecte. Si devant l'administration on n'échappe pas à son patronyme, dans ma vie artistique je me suis inventé une autre identité". Et pas besoin de s'éterniser sur sa signification : il s'agit simplement du nom de la sorcière qui cherche à voler le fameux sou fétiche de Picsou. N'ayez crainte : Miss Tic, elle, ne s'attaque qu'à votre imaginaire (et accessoirement, à votre façade).

 

Miss Tic, la femme qui mur-murait à l'oreille des murs.© Hugo Vitrani

 

 

Cela fait plus de 20 ans que ses pochoirs peints à la bombe noire s'invitent dans notre quotidien sans crier gare. C’est après un voyage aux Etats-Unis de deux ans où elle découvre la culture hip-hop, qu’elle fera ses premiers jets au sein du mouvement amorcé par les Frères Ripoulain, les VLP et Jérôme Mesnager à Paris.

 

"j'enfile l'art mur pour bombarder les mots coeur".

De la peinture a coulé depuis son premier pochoir en 1985, qui faisait suite à une rupture difficile : message personnel adressé à son ex-compagnon, il s'agissait d'une "réponse de femme, et les vengeances de femmes sont terribles", précise-t-elle avec un grand sourire, son regard amusé et une cigarette à la main.

Depuis, Miss Tic a parcouru du bitume. Elle a connu les plus belles années du mouvement désormais célèbre sous l'expression "street art" : les années 1980 où la répression n'existait (presque) pas, jusqu'aux années 1990, avec l'arrivée massive des tags qui a fait réagir les forces de police, mettant tout le monde dans le même sac (de bombes).

C'est ainsi que Miss Tic a passé des nuits au poste en GAV, avant de passer devant le juge en 1999 pour le pochoir de trop : "Egérie et j'ai pleuré", bombé sur la façade d'un immeuble. Elle sera condamné à une amende, mais surtout "à ne pas recommencer", au risque de devenir récidiviste. Dorénavant, toutes ses interventions urbaines sont faites avec l'autorisation des propriétaires des façades.

 

Cette nouvelle démarche, et son travail plus officiel pour les galeries d'art, les institutions ou les entreprises privées a fait grincer des dents. Beaucoup ont voulu mettre la sorcière au bûcher. Miss Tic se serait fait récupérer, elle aurait vendu son âme et perdu sa magie.

Des « fachos », des « jaloux », voilà comment elle les appelle, avec un sourire plein d’humour.

Miss Tic assume tout : son travail en galerie depuis 1986 ? Il s’agit non seulement d’une volonté de ne pas se «laisser enfermer dehors », mais aussi un travail indispensable pour elle : « c’est la base de tout, sans le travail en atelier il n’y aurait pas la rue ». (Il faut préciser que Miss Tic n’a pas attendu que le street art soit à la mode pour se lancer dans le marché de l’art dit « officiel »).

Son logo dessiné pour les camions de locations « Ucar » ? « Personne ne peux imaginer le plaisir que j’ai lorsque je croise l’un de mes camions avec mon dessin imprimé dessus, et ce slogan que j’assume pleinement : "Louer c’est rester libre". "Chez moi, je n’ai rien acheté, j’ai tout loué »; et ajoute-t-elle provocatrice: « si je taillais des pipes au bois de bou-bou personne ne viendrait m’emmerder sur comment je gagne ma vie».

Ces critiques l’amusent car elles sont le signe qu’ elle est aujourd’hui une véritable icône de l'art urbain : "lorsque les critiques sont toutes bonnes, c’est mauvais signe. Il faut attendre les critiques négatives pour être certain qu’on a réussi."

 

Miss.Tic_GoHomme.jpg

Exposition en cours :

Go Homme

Galerie Lelia Mordoch

(5 rue Mazarine, Paris 75006)

du 5 juin au 18 juillet 2009

Newsletter
Je m'identifie